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Réforme de la SNCF (2) : débats télévisés ou guets-appends pour syndicalistes ?

Un article d'Acrimed qui remet parfaitement les pendules à l'heure. C'est fou comme les médias, dans leur ensemble et à de rares exceptions près, épousent sans discuter les thèses du pouvoir dès que des réformes envisagent de réformer profondément notre société. On l'a vu lors du référendum sur l'Europe, on le voit aujourd'hui à l'occasion des multiples réformes macronistes déjà en cours ou en chantier.



Réforme de la SNCF (2) : débats télévisés ou guets-appends pour syndicalistes ?
par Frédéric Lemaire, Pauline Perrenot, Mercredi 28 Février 2018

Dans le premier volet de notre série sur le traitement médiatique du projet de réforme de la SNCF, nous évoquions l’accueil pour le moins favorable accordé aux grandes lignes du projet de mise en concurrence du transport ferroviaire, actuellement en préparation par le gouvernement. Nous revenons ici sur le traitement de ce dossier dans les débats télévisés. L’accueil réservé à la parole des cheminots et des syndicalistes sur les plateaux médiatiques confirme le diagnostic que nous posions au moment des mobilisations contre la Loi Travail : au cours de ces « débats », qui s’avèrent de véritables « tribunaux médiatiques », chroniqueurs et animateurs sont « durs avec les faibles, et faibles avec les puissants ».


Lire l'article ici :


N.D.L.R

Le vrai débat qui devrait s'instaurer n'est pas :

Les cheminots sont ils des privilégiés ?
La SNCF coûte-t-elle trop cher à l'Etat, donc aux français ?

Le vrai débat, qui n'en doutez-pas sera constamment occulté au cours des mois de matraquage médiatique estampillé Macron qui nous attendent, est :

Les transports ferroviaires en France doivent-ils rester un service public ou doivent ils être livrés à la concurrence, c'est à dire au profit.

La concurrence aura-t-elle le souci de l'aménagement du territoire ?

Ces questions, capitales, ne vont pas manquer d'être posées par Macron à propos de la plus grande partie des services publics français : les fonctionnaires et leur statut, l'Education nationale, la Sécurité Sociale, les hôpitaux publics, la Poste, la télévision et la radio aujourd'hui publiques etc.

Le problème se pose de la façon suivante :

S'il s'agit d'un service public la question de la rentabilité du dit service est accessoire, sous réserve bien entendu de ne pas dilapider les fonds publics. La SNCF a effectivement une dette importante mais elle est le fait des gouvernements précédents et découle du fait que les investissements dans ce domaine coûtent très cher, que certaines lignes ne seront jamais rentables mais que pourtant, un service public, se doit de ne pas les supprimer. Une compagnie privée, même à capitaux publics n'aura pas de ces scrupules.

Par ailleurs, faut il rappeler que l'Etat lui même, qui se pose aujourd'hui en donneur de leçons, s'acquitte chaque année lui même d'une dette gigantesque à côté de laquelle celle de la SNCF ou de la Sécurité Sociale n'ont rien pour impressionner.

Pour parler clair, c'est de la privatisation de la SNCF dont il est question. Et pas d'autre chose. C'est effectivement demandé par l'Europe pour la raison que cela fausse le jeu de la concurrence entre les divers Etats Européens si les Etats subventionnent leurs services ferroviaires. En revanche, le fait que certains pays européens pratiquent le dumping en matière de fiscalité, ce qui a certainement pour effet de fausser grandement la concurrence, ne pose aucun problème éthique à l'U.E. Enfin, même si la concurrence, au début, sera sous capitaux publics, à partir du moment ou cela ne sera plus un service public, avec des agents disposant d'un statut d'agent public, on sait très bien ce que cela va donner.

La dictature du profit, nous la subissons depuis des décennies et les résultats, s'ils ont fait la fortune de certains, toujours les mêmes, n'ont certes pas de quoi rassurer les français. Dans le monde que Macron veut nous imposer, directement copié sur son grand modèle américain, parfaitement symbolisé par Trump, son grand ami, tout ce qui compte c'est la rentabilité, c'est à dire un maximum de tâches effectuées, sans discuter, par un minimum de salariés. Quand ça ne va pas, on dégraisse les personnels, c'est à dire on vire les gens, pour rester concurrentiel. Et quand ça va, tous les bénéfices vont non pas à l'investissement et encore moins aux salariés mais aux sacro-saints actionnaires. Lesquels n'ont aucun d’état d'âme. Contrairement aux chefs d'entreprise d'antan, ils ne connaissent même pas leurs personnels et ils ne veulent surtout pas les connaitre.

On a vu les dégâts de la la privatisation dans le système ferroviaire anglais ! Des accidents à répétition, des rails et des machines complètement à la ramasse, et des prix trois à quatre fois plus élevés que dans notre service public. Le problème de fond dans cette privatisation des services ferroviaires c'est que les rails et les machines ne sont pas, eux, privatisés, et restent à la charge des Etats. S'il fallait investir dans ce domaine, vu l'énormité des investissements, il n'y aurait pas beaucoup de candidats. Et comme l'Etat ne s'occupe plus de la gestion de ces services, le parc ferroviaire devient de plus en plus obsolète et donc de plus en plus dangereux.

Donc, si la SNCF est privatisée cela veut dire que :

les prix du train vont considérablement augmenter,
Le réseau va se développer en tenant compte uniquement des impératifs de rentabilité, ce qui signifie que l’aménagement du territoire en prendra un vieux coup. Et qu'un grand nombre de déserts ferroviaires s'ajouteront à ceux qui existent déjà.

Edouard Philippe a concédé qu'il ne toucherait pas aux lignes déficitaires, mais c'est tellement facile de faire des promesses est de confier à d'autres le soin de les réaliser. En fait,comme il va confier le bébé à la concurrence, vous pouvez compter sur eux pour faire très rapidement le ménage et se consacrer uniquement aux lignes qui rapportent.

Beaucoup d'usagers n'aiment pas la SNCF, ils vont détester la concurrence, c'est garanti. Un service public peut accepter que certaines lignes soient déficitaires et les financer en conséquence ; un service privé ne le peut pas.

Autrement dit, les cheminots en faisant grève prochainement ne vont pas chercher avant tout à protéger leur statut puisque ceux qui en bénéficient déjà le conserveront et que ceux qui ne sont pas encore là ne seront pas consultés. Ils vont faire grève pour préserver un service public capital pour notre pays. On ne peut pas d'un côté pousser les salariés à la mobilité professionnelle et géographique et en même temps massacrer un outil de transport qui s'il n'était pas parfait était tout de même bien préférable à ce qui attend les usagers avec l'ouverture à la concurrence.

Je ne parlerai même pas du chantage exercé par Macron, complètement anti-démocratique, qui consiste à sous entendre : si vous vous tenez tranquille, je passe par la loi, si vous bougez de trop, je passe par les ordonnances. Macron a déjà la majorité absolue à l'Assemblée, qui vote sans discuter tout ce qu'il propose. Mais en plus, il voudrait que tout cela se fasse sans qu'on évoque les problèmes qui fâchent, comme celui de l'utilité des services publics par rapport à une concurrence déchaînée. A côté de lui, Vals et son 49-3, c'était petit-bras !

Bien entendu, si la SNCF tombe, c'est la totalité des services publics français qui pourront s'inquiéter sérieusement pour leur avenir. Macron, et ceux qui sont derrière lui, ne s’arrêteront pas en si bon chemin, vous pouvez en être sûrs.





Réforme de la SNCF (2) : débats télévisés ou guets-appends pour syndicalistes ?

Jeudi 1 Mars 2018

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