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«L'avenir n'est plus ce qu'il était» [Paul Valéry]



Comment les médias cassent les grèves


Les mouvements sociaux ne naissent jamais par hasard, mais leur enterrement médiatique, lui, est parfaitement organisé. Depuis trente ans, à chaque grande grève, on assiste au même scénario : le pouvoir tient la matraque, les éditorialistes tiennent le micro, et le citoyen tient… la chandelle. Une vidéo éclairante de Blast Media.



Image : GPT 5.2
Image : GPT 5.2


Comment fabriquer une grève impopulaire

Pour casser une grève, nul besoin d’envoyer les chars, il suffit d’envoyer les caméras au bon endroit.

Les grands médias ont perfectionné une recette simple et redoutablement efficace  :
 

- Parler des embouteillages plutôt que des salaires.

- Interroger les usagers exaspérés, pas les grévistes épuisés.

- Répéter en boucle que la réforme est "nécessaire" et "courageuse", comme si la souffrance sociale était un traitement médical.
 

Résultat : la grève n’apparaît plus comme un outil de rapport de force, mais comme un simple caprice corporatiste qui dérange les "vrais gens". Le conflit social est dépolitisé, réduit à un problème de "galère" dans les transports ou de "prise d’otage" des usagers.

Le langage comme arme de dissuasion sociale

La bataille commence par les mots, et là-dessus, les médias dominants sont en service commandé permanent. On ne parle pas de démantèlement des droits, mais de "réforme", pas de casse sociale, mais d’"ajustement nécessaire".
 

Quelques grands classiques du lexique anesthésiant  :
 

- Le gouvernement est toujours "réformateur" et "responsable".

- Les opposants sont "radicaux", "jusqu’au-boutistes", "bloqueurs".

- Les syndicats sont jugés non sur leurs arguments mais sur leur "sens des responsabilités"… c’est-à-dire leur capacité à se coucher.
 

Pendant ce temps, le fond des réformes – qui perd, qui gagne, qui paye – reste soigneusement hors champ. On commente la méthode, jamais le contenu, comme si l’emballage importait plus que la bombe sociale qu’il contient.

Invisibiliser les luttes, surexposer les puissants

Dans les journaux télévisés, le combat est faussé dès le casting. La parole politique institutionnelle occupe l’essentiel du temps d’antenne, tandis que celle des mouvements sociaux est traitée comme un alibi démocratique, coincé entre la météo et le foot.
 

Les études citées montrent que les responsables politiques monopolisent plus de la moitié du temps de parole, quand des mouvements majeurs comme les Gilets jaunes n’en grattent que des miettes. Les manifestants sont montrés en plan large, anonymes, indistincts, tandis que les éditorialistes sont filmés en gros plan, bien éclairés, bien peignés, et surtout bien alignés. Le message implicite est clair : ceux qui parlent "pour de vrai" sont en plateau, ceux dans la rue sont un décor bruyant.

La violence symbolique, version plateau télé

Les matraques sont parfois invisibles, mais elles claquent dans les questions. Face aux syndicalistes, certains journalistes se transforment en procureurs, interrompant, coupant la parole, exigeant des "excuses" pour les grèves, jamais pour les politiques qui les ont provoquées.

Quelques techniques bien rodées  :

 

- Exiger des comptes sur les "prises d’otage" des usagers, jamais sur la prise d’otage des vies par la précarité.

- Réduire le mouvement à ses débordements, en bouclant l’actualité sur les vitrines cassées plutôt que sur les existences brisées.

- Opposer systématiquement "bons" et "mauvais" syndicats, "manifestants pacifiques" et "casseurs", pour fragmenter toute solidarité.
 

Cette violence symbolique est une arme de classe : elle disqualifie la colère populaire en la présentant comme irrationnelle, dangereuse ou infantile.

Un système médiatique anti-grève par construction

Ce que montre le documentaire, ce n’est pas une série de dérapages, mais un système. Propriété des grandes fortunes, dépendance à la publicité, connivence politique : les grands médias sont structurellement alignés sur les intérêts de ceux qui craignent les grèves bien plus qu’ils ne les comprennent.
 

Dans ce cadre, le rôle central des grands médias n’est pas d’informer sur les conflits sociaux, mais de les désamorcer  :
 

- En rendant les grévistes illégitimes.  

- En rendant les réformes inévitables.  

- En rendant la résignation raisonnable.
 

Les mouvements sociaux ne sont alors plus racontés comme des moments de démocratie conflictuelle, mais comme des dysfonctionnements regrettables qu’il faudrait vite réparer. Les grévistes ne sont pas perçus comme des citoyens en lutte, mais comme des anomalies dans le bon fonctionnement de l’économie.

Quand l’info devient police d’assurance de l’ordre

Au final, l’écosystème médiatique décrit ressemble moins à un "contre-pouvoir" qu’à un service après-vente des politiques impopulaires. Les unes dramatisent la "paralysie du pays", jamais celle des hôpitaux, des écoles ou des vies broyées par l’austérité.
 

La question n’est donc plus seulement : "Comment les médias traitent-ils les grèves ?" mais : **au service de quel ordre social** ce traitement est-il construit ?. 
 

Tant que l’essentiel des grands médias restera dans les mains de ceux qui n’ont jamais pris un piquet de grève autrement qu’en hélicoptère, chaque mouvement social commencera avec un handicap massif : il devra d’abord se battre pour son image avant même de se battre pour ses droits.
 

Source :

https://www.youtube.com/watch?v=MAbBbVhXFGM






 


Jeudi 8 Janvier 2026

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