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«L'avenir n'est plus ce qu'il était» [Paul Valéry]



Quand l’humour devient le dernier refuge de la critique politique


En France, la politique se meurt en éléments de langage, mais on nous explique que le vrai problème, ce serait les blagues des humoristes. Pendant que Vanhoenecker, Meurice, Barré et quelques autres assurent le service minimum de la contestation, Bolloré, Stérin et consorts, eux, travaillent très sérieusement à préparer l’opinion à l’arrivée de l’extrême droite. Certes, rire nous fait du bien, mais il ne doit pas nous empêcher de voir qui écrit vraiment le scénario.



Image : Gpt 2 images
Image : Gpt 2 images

 

On nous répète que « trop d’humour tue la politique ». C’est possible. 

Mais, dans la France d’Emmanuel Macron, sans l’humour, il ne resterait plus rien à enterrer : le corps de la critique politique est déjà froid, et ce sont les humoristes qui assurent les derniers massages cardiaques.

L’excellent article de Laélia Véron sur The Conversation décrit très bien cette dérive : les frontières entre information, divertissement et politique se sont dissoutes, l’« infotainment » s’est imposé, et le rire occupe désormais le centre du jeu.

Des émissions comme «
Quotidien » mélangent journalistes, ministres, experts et comiques sur le même plateau, pendant que les réseaux sociaux transforment chaque avant même que les partis aient trouvé leurs éléments de langage.

On peut le regretter. 

Mais si l’humour prend autant de place, c’est aussi parce que la parole politique officielle a déserté le terrain. 

Langue de bois, promesses en kit, éléments de langage recyclés : le discours des gouvernants ressemble à un mauvais copier‑coller de communiqués de presse, et celui des partis d’opposition à un post Twitter de 2018 qui tournerait en boucle. 

Dans ce vide, le public va chercher ailleurs ce que les partis ne savent plus fournir : une mise en cause claire, directe, parfois brutale, du pouvoir.

Résultat : ce sont des humoristes comme Charline Vanhoenacker, Guillaume Meurice, Pierre‑Emmanuel Barré et quelques autres qui se retrouvent en première ligne, à la fois comme boucs émissaires et comme derniers aiguillons. 

On les traîne devant la justice pour une blague sur Netanyahou, on les menace pour une chronique sur les violences policières, on les accuse d’islamisme ou de racisme pour un sketch mal coiffé, pendant que, de leur côté, les responsables politiques continuent à parler de « pédagogie des réformes » et de « résilience » devant des scandales bien réels.

Parce qu’en parallèle, que disent les partis – tous bords confondus – sur les sujets qui devraient mettre le pays en ébullition ? 

→ L’écologie concrète, pas celle des slogans verdâtres. 

→ L’empoisonnement silencieux au cadmium, aux PFAS, et à tout ce que l’on découvre après coup dans nos assiettes, nos rivières et notre sang. 

→ Les déserts médicaux, où l’on meurt à une heure de route du premier service d’urgence. 

À part quelques envolées ponctuelles et vite oubliées, on n’entend plus grand‑chose qui atteigne réellement l’oreille du grand public.

Et pendant que les humoristes assurent tant bien que mal le service minimum de la critique, une autre politique, elle, avance sans rire. 

Sous l’influence de Bolloré et de quelques autres milliardaires, dont Pierre‑Édouard Stérin, ce qui se met en place, méthodiquement, c’est une préparation idéologique minutieuse de l’opinion à la victoire de l’extrême droite aux prochaines élections. 

On appelle cela « liberté de ton » ou « décomplexion », mais c’est surtout une machine à rendre acceptables, familiers, presque naturels, les thèmes et réflexes de l’ultradroite, dans des médias qui pèsent infiniment plus que des partis devenus fantomatiques.

Dans ce décor, l’humour politique devient un étrange trompe‑l’œil : il donne l’illusion d’un espace critique vivant, alors même que le gros de la bataille culturelle se joue ailleurs, sur des chaînes et des sites qui travaillent, eux, très sérieusement, à cadrer le débat pour que, le moment venu, la bascule vers l’extrême droite paraisse presque logique, voire inévitable.

Et si cela devait malheureusement arriver, soyez assurés que les humoristes seront les premiers à disparaître, ainsi que tous ceux qui les soutiendront.

En attendant, les blagues sur Macron, sur les ministres, sur les lobbys et leurs ravages circulent plus que les propositions des partis sur les PFAS, les déserts médicaux ou l’effondrement écologique. 

Ce n’est pas l’humour qui a tué la politique : c’est la politique qui s’est suicidée à la novlangue, au marketing et au mépris, et l’humour s’est contenté de graver l’épitaphe.

Laélia Véron a raison de prévenir contre un autre danger : si l’on réduit la politique au rire, on finit dans un grand carnaval cynique où tout est sujet de dérision et rien n’est plus discuté sérieusement

L’ironie est un formidable outil pour dégonfler la communication officielle, mais ce n’est pas un programme, ce n’est pas un projet, et ce n’est même pas un véritable débat.

Sauf qu’en 2026, en France, la situation est presque inversée : l’humour ne vient plus parasiter un débat politique vivant, il vient occuper le terrain laissé à l’abandon. 

Là où l’on devrait trouver des partis capables de nommer les problèmes, de proposer des solutions, d’assumer des conflits, on trouve surtout des stratégies de communication et des batailles d’ego.

Là où l’on attendait des contre‑pouvoirs, on se retrouve avec des chroniqueurs qui font le travail à la place des élus.

Dans ce paysage, les humoristes ont « juste une épée en mousse pour chatouiller les orteils des puissants », comme le dit Charline Vanhoenacker, mais c’est encore mieux que rien

Le vrai scandale n’est pas qu’on en soit réduit à rire de tout, c’est qu’on n’ait plus, en face, une parole politique digne de ce nom pour répondre sérieusement à ce rire.

Le vrai risque n’est donc pas que les humoristes prennent trop de place. 

Le vrai risque, c’est le jour où eux aussi se lasseront, baisseront le micro et iront faire des spectacles sur les chats et les applications de rencontre. Si, on les laisse faire …

Ce jour‑là, nous n’aurons même plus le rire pour nous rappeler à quel point tout cela est absurde. Et il faudra bien réapprendre, sans rire cette fois, à refaire de la politique.

Ou, à se résigner au fait que, sur cette planète qui court à l'abîme, seuls ceux qui détiennent la richesse, et leurs affidés auront droit à la parole.

Quant à tous les autres, ils ne leur restera, comme aux temps jadis, que le pain, ou plutôt la malbouffe, et les jeux.

 


 

 

Mardi 19 Mai 2026

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