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«On a toujours tort de se faire une raison» [Pierre Richard]



Coupe du monde 2018 : La France et le triomphe du football à capacité négative

Un article intéressant de Brian Philips, journaliste au New Yorker. De deux choses l'une : ou bien il a raison et il a alors percé le secret de la méthode Deschamps, ou bien il a tort, mais c'était bien essayé, et à mon humble avis, il n'est pas loin de la vérité.



"J'ai retenu la leçon de la défaite à l'Euro 2016 !"
"J'ai retenu la leçon de la défaite à l'Euro 2016 !"
L'article du New Yorker, traduit intégralement et automatiquement par Deepl.com


Le premier but est celui dont je pense que je me souviendrai. Ce n'était pas le joli qui serait celui de Paul Pogba, qui est arrivé à la cinquante-neuvième minute, après un long passage de Pogba à Kylian Mbappé, dont la précision visionnaire a fait se lever les cheveux sur le dos de mon cou. Quelques minutes plus tard, Mbappé ne s'est pas contenté de faire trembler les filets de vingt-cinq mètres. Non, le but qui symbolisait le mieux la victoire 4:2 de la France en Coupe du Monde contre la Croatie, dimanche, et d'ailleurs la brillante, contraire, insolente et éblouissante campagne de Coupe du Monde des Bleus, était celui qui n'aurait pas dû compter. C'est celui qu'ils n'ont pas marqué.

C'était une équipe, après tout, qui a prospéré en rendant la beauté accessoire. Aucune équipe de la Coupe du Monde ne possédait plus de talents offensifs meurtriers. Aucune équipe n'a marqué plus de buts induisant des gaz. La volée hurlante de Benjamin Pavard contre l'Argentine aurait pu être le but du tournoi. La vue de Mbappé déformant le terrain sur le comptoir, se déplaçant si vite qu'il ressemblait à un truc de la lumière - comme un artefact à l'intérieur de l'objectif de la caméra - pourrait avoir été son image la plus indélébile. Mais la France a donné l'impression, match après match, qu'il s'agissait d'armes qu'elle préférait ne pas utiliser. Bien sûr, la tactique de Didier Deschamps semblait dire, nous pouvons libérer un millier de dragons ; nous pouvons transformer le monde en feu. Mais pourquoi le ferions-nous ?

Pourquoi, alors qu'il est plus facile et plus déroutant d'empaqueter l'arrière du terrain, de vous frustrer, de vous embrouiller, de vous laisser vous épuiser, puis de vous dépasser quand vous êtes trop fâché et fatigué pour vous y attendre ? Le miracle bizarre de la course de la France à la Coupe du Monde est que l'équipe a joué ce qui ressemblait à un football négatif tout en conservant visiblement l'aspect d'un groupe en attaque. Je n'ai jamais rien vu de tel. C'était comme si José Mourinho avait conçu un plan de match pour les Harlem Globetrotters. Pour apprécier ce que faisaient les joueurs français, il fallait avoir deux pensées contradictoires dans la tête en même temps. Ce n'était pas du football négatif. C'était du football à capacité négative. Et ça a marché.

Pour cette raison, il est difficile d'imaginer que cette victoire française transformera la tactique du football comme la victoire de l'Espagne en 2010 ou celle de l'Allemagne en 2014. N'importe qui peut copier un style de passe, ou une disposition à faire pression sur la défense. Comment copier un principe philosophique auto-négatif ? La tactique de la France ressemblait moins à un diagramme de mouvement qu'à la réalisation, sur le terrain, d'un livre de koans paradoxaux. Vous triompherez en surmontant ce qui vous permettrait de triompher. Ce n'est qu'en embrassant les limites que vous serez vraiment libre !

Mais, alors, c'était une Coupe du Monde paradoxale. Sur le plan politique, il s'agissait à la fois d'une distraction autoritaire massive - les plans en coupe du président de la fifa, Gianni Infantino, souriant aux côtés de Vladimir Poutine dans les tribunes - et d'une démonstration soutenue de l'unité humaine dans la joie. Esthétiquement, c'était à la fois la Coupe du Monde la plus palpitante de mémoire récente et la moins directe ; chaque match français, au moins, ressemblait à la section des commentaires d'un article que personne n'a eu le temps de lire. Narrativement, c'était une ambiguïté fascinante. Les Coupes du Monde se transforment généralement en couronnements pour une seule équipe dominante, mais la France semble avoir inversé toutes les attentes normales de domination. La Belgique était une équipe dominante. La Croatie était une équipe dominante. La France vient de remporter la Coupe du Monde.

C'est ainsi que le but qui s'est démarqué, pour moi, a été le premier. A la dix-huitième minute, Antoine Griezmann a fait un plongeon effronté, après avoir été légèrement soufflé par Marcelo Brozović. Coup franc pour la France, à trente mètres du but croate. Griezmann l'a pris. La balle s'est cognée sur la tête de Mario Mandžukić, qui ne l'a pas vu venir, et a ricoché sur Danijel Subašić et dans le filet. La Croatie a été la meilleure équipe. Mais maintenant, la France menait 1-0.

Et c'est pour cela que la France jouait depuis le début. N'est-ce pas l'idéal pour gagner sans avoir à tirer ? Ne serait-ce pas, d'une certaine façon, la victoire la plus convaincante ? Les stars françaises sont plus rapides que vous, mais avant cela, elles sont plus intelligentes que vous, et elles sont plus méchantes, et elles se fichent de ce à quoi vous pensez que le sport est censé ressembler. Et de toute façon, ce sont les champions du monde. Alors, c'est censé ressembler à quoi ? Nous sommes en 2018. Qui a dit que quelque chose aurait du sens ?

Brian Phillips est l'auteur de "Impossible Owls : Essais", qui sera publié le 2 octobre. Il est un ancien rédacteur pour Grantland et un ancien rédacteur principal pour MTV News. Il vit à Los Angeles Lire la suite "


Traduit avec www.DeepL.com/Translator


L’article original :


World Cup 2018: France and the Triumph of Negative-Capability Football

The first goal is the one I think I’ll remember. It wasn’t the pretty one—that would be Paul Pogba’s, which came in the fifty-ninth minute, after a long pass from Pogba to Kylian Mbappé, the visionary precision of which made the hair on the back of my neck stand up. And it wasn’t the jaw-dropping one—that would be Mbappé’s own, a few minutes later, when he blasted the ball almost casually into the net from twenty-five yards out. No, the goal that most neatly symbolized France’s World Cup-winning 4–2 victory over Croatia, on Sunday—and, for that matter, Les Bleus’ brilliant, contrary, insolent, dazzling World Cup campaign—was the one that shouldn’t have counted. It was the one they didn’t score.

This was a team, after all, that thrived by making beauty incidental. No team in the World Cup possessed more lethal attacking talent. No team scored more gasp-inducing goals. Benjamin Pavard’s screaming volley against Argentina might have been the goal of the tournament. The sight of Mbappé warping down the pitch on the counter, moving so fast that he looked like a trick of the light—like an artifact within the camera lens—might have been its most indelible image. But the impression France gave, in match after match, was that these were weapons it would rather not utilize. Sure, Didier Deschamps’s tactics seemed to say, we can unleash a thousand dragons; we can turn the world into fire. But why should we?

Why, when it’s easier and more confounding to pack the back of the pitch, frustrate you, confuse you, let you wear yourself out, and then tesseract past you when you’re too maddened and tired to expect it? The weird miracle of France’s run through the World Cup was that the team played what looked like negative football while visibly retaining the high-alert, supercharged-ions look of a group that’s on the attack. I’ve never seen anything like it. It was as if José Mourinho had devised a game plan for the Harlem Globetrotters. To appreciate what the French players were doing you had to hold two contradictory thoughts in your mind at the same time. It wasn’t negative football. It was negative-capability football. And it worked.

For that reason, though, it’s hard to imagine that this French victory will transform soccer tactics in the way that Spain’s victory in 2010 did, or Germany’s in 2014. Anyone can copy a style of passing, or a disposition toward pressing on defense. How do you copy a self-negating philosophical principle? France’s tactics looked less like a diagram of movement and more like the realization, on the pitch, of a book of paradoxical koans. You shall triumph when you overcome that which would allow you to triumph. Only by embracing limits will you ever truly be free!

But, then, this was a paradoxical World Cup. Politically, it was somehow both a massive authoritarian distraction—the cutaway shots of fifa’s president, Gianni Infantino, grinning beside Vladimir Putin in the stands—and a sustained demonstration of human unity in joy. Aesthetically, it was both the most thrilling World Cup in recent memory and the one with the least straightforward drama; every French match, at least, felt like the comments section to an article that no one had time to read. Narratively, it was fascinatingly ambiguous. World Cups generally turn into coronations for a single dominant team, but France seemed to invert all the normal expectations for dominance. Belgium was a dominant team. Croatia was a dominant team. France just won the World Cup.

And so the goal that stood out, for me, was the first. In the eighteenth minute, Antoine Griezmann took a cheeky dive, after being lightly breathed upon by Marcelo Brozović. Free kick to France, thirty yards from the Croatian goal. Griezmann took it. The ball clanged off the head of Mario Mandžukić, who could not have seen it coming, and ricocheted past Danijel Subašić and into the netting. Croatia had been the better team. But now France led, 1–0.

And this, you felt, was what France had been playing for all along. Isn’t the ideal to win without having to take a shot? Wouldn’t that be, in a way, the most convincing victory? The French stars are faster than you, but before that they are smarter than you, and they are meaner, and they don’t care what you think the sport is supposed to look like. And, anyway, they’re the world champions. So, what’s it supposed to look like? This is 2018. Who said anything was going to make sense?

Brian Phillips is the author of “Impossible Owls: Essays,” which will be published on October 2nd. He is a former staff writer for Grantland and a former senior writer for MTV News. He lives in Los Angeles.

The New Yorker




N.D.L.R


La France couronnée championne du football a capacité négative? Concept très intéressant. Je ne suis pas assez connaisseur du football (je déteste le football de club et je ne regarde le foot que tous les quatre ans) pour juger de la véracité de cette théorie.

En tous cas, ce que je sais c'est que depuis des décennies, la France a été la championne du très beau football à capacité nulle. A savoir que très souvent nous avons été les meilleurs sur le terrain mais nous avons souvent été battus (notamment par l'Allemagne) par manque de "réalisme". Nous dominions, mais nous ne marquions pas.

Effectivement, cette année, pour la première fois depuis...1998, bien que nous ayons les meilleurs joueurs de la compétition (la France avait l'équipe la plus chère du monde sur le "mercato" du foot), nous n'avons pas toujours dominé (c'est le moins qu'on puisse dire, surtout pendant les premières mi-temps et notamment au cours de la finale) mais nous avons toujours marqué les buts quand il le fallait, et donc gagné chaque fois que c'était nécessaire.

De plus, les auteurs des buts n'ont pas toujours été les mêmes comme ce fut le cas souvent avec les générations Kopa, Platini, et Zidane. Les buts décisifs ont été marqués par Pavard, Varane et Matuidi. Et le poumon de l'équipe, celui qui a permis à tous les autres de briller a été... Kanté, sauf à la finale où il été "éteint" complètement par Mrozic. A l'impossible, nul n'est tenu.

Il est sûr que l'on peut voir là la "patte" géniale de Deschamps qui a tout gagné en football mais qui n'était pas un pur attaquant mais un intraitable demi défensif, en dépit de son petit gabarit.

Au passage, le journaliste du New Yorker a raison : sur les quatre buts, l'un a été marqué par les Croates contre leur camp, l'autre est un penalty, justifié, mais donnant lieu à un but sans nul doute contre le le courant du jeu.

En ce qui me concerne, si désormais on prenait l'habitude de dire : le foot est un jeu qui se joue à 22...et à la fin c'est toujours la France qui gagne, je n'aurais rien redire 😏

[


Je n'ai pas été le seul à remarquer l'article du New Yorker, Slate.fr aussi.

A lire ici :

Mardi 17 Juillet 2018

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