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80 à 90 % des cancers sont dus à la dégradation de notre environnement !

LE MONDE | 13.02.04 | 13h56

Ces maladies créées par l'homme, Dominique Belpomme
Albin Michel, 378 pages, 19,50 euros


"Mon approche est simple. En tant que cancérologue, je me suis aperçu que le cancer était une maladie que notre société fabriquait de toutes pièces et qu'il était en grande partie induit par la pollution de notre environnement. (...) Or le constat est évident.



80 à 90 % des cancers sont dus à la dégradation de notre environnement !

Les maladies d'aujourd'hui ne sont plus les maladies naturelles d'hier. Elles sont toutes, ou presque, artificielles." "Simple", "évident", mais tout de même iconoclaste, le propos introductif du professeur Dominique Belpomme dans Ces maladies créées par l'homme. Tout au long de ce livre, l'auteur tente de cheviller chez le lecteur cette certitude acquise après une vie passée à combattre le "crabe", en tant que cancérologue et professeur à l'université Paris-V, jusqu'à être aujourd'hui chargé de mission pour la mise en œuvre du plan cancer.

En France, chaque année, 150 000 personnes meurent d'un cancer, plus que le double de l'immédiat après-guerre. Sur ce chiffre, 30 000 sont liés au tabac. Et les autres ? Pourquoi le nombre des victimes de cette maladie quasi inconnue dans l'Antiquité ne cesse d'enfler depuis vingt ans ? Pourquoi se développe-t-elle plus dans les pays industrialisés que dans les pays pauvres ? Parce que "c'est nous qui -la- fabriquons", assène l'auteur. Parce que la pollution augmente et que "ce sont 80 % à 90 % des cancers qui sont causés par la dégradation de notre environnement". "Ecologie et santé, environnement et cancer sont liés. Si on veut couper le mal à sa racine, c'est sur l'environnement qu'il faut agir en évitant la pollution", assure le professeur.

L'homme réfute que l'augmentation soit liée au vieillissement de la population, si ce n'est que l'âge accroît la durée d'exposition aux facteurs de risque cancérigène. "L'augmentation du nombre des cancers ne concerne pas seulement les sujets âgés, mais aussi les sujets jeunes, et en particulier les enfants", argue le scientifique, avançant des chiffres éloquents sur l'accroissement des leucémies ou des lymphomes pédiatriques. Même constat pour d'autres pathologies comme les malformations congénitales ou les troubles de la reproduction.

Pollution automobile, dioxines, métaux lourds, colles, colorants, médicaments, le lugubre guide n'en finit pas d'énumérer les facteurs de cancérisation chimique. Il réserve ses propos les plus tranchés au "scandale des pesticides" qui s'insinuent dans l'eau, l'air et les aliments. Sur les rayonnements ionisants, il a également son opinion : "Il serait absurde de penser que, faute d'études épidémiologiques concluantes, les 283 explosions nucléaires, les différentes catastrophes nucléaires, dont celle de Tchernobyl, le stockage non suffisamment sécurisé des déchets nucléaires n'ont pas et n'auront pas de conséquence sur notre santé." Le scientifique se montre plus prudent sur les portables ou les antennes paraboliques, mais n'écarte pas une possible influence.

"NOTRE SURVIE EST MENACÉE"

Le scientifique brosse un bref et cinglant tour d'horizon des ravages que la pollution provoque sur la faune et la flore, s'intéresse aux centaines d'espèces animales et végétales que nous éradiquons sans vergogne. C'est avec cette conviction que le professeur s'est penché sur la lutte des apiculteurs pour sauver les abeilles, victimes, semble-t-il, des pesticides. Car il pense, avec Albert Einstein, que nous ne survivrons pas à leur disparition.

Serons-nous les prochains sur la liste ? "Il y a bien longtemps que l'homme se met en péril, et mon constat est malheureusement clair : en assassinant la vie, l'homme s'assassine lui-même", estime-t-il. Les progrès de la médecine, assure l'homme de l'art, ne permettront pas de contrecarrer cette tendance suicidaire. Le professeur Belpomme se revendique de l'écologie, pas de cette vacuité intellectuelle qu'en donnent à ses yeux les politiques, mais de cette science qui lie le vivant à son environnement.

"Aujourd'hui, notre santé est menacée, en particulier celle de nos enfants, et demain, c'est la survie même de l'espèce qui pourrait l'être", insiste l'auteur. Le scientifique prend le risque d'évoquer une possible apocalypse pour mieux convaincre de l'urgence. Le pire n'est jamais certain. Mais, pour le professeur, "ce siècle sera écologique ou nous ne serons plus".

Benoît Hopquin

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Samedi 27 Mars 2004

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