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«L'avenir n'est plus ce qu'il était» [Paul Valéry]



Emmanuel Macron : le pouvoir du rien !

Je partage ici un excellent article de Christian Salmon, écrivain, sur Emmanuel Macron, le Bartleby du « en même temps.» C'est un des meilleurs articles sur Micron que j'ai eu l'occasion de lire. Il permet de mieux comprendre le personnage pour le moins bizarre qui tente, sans succès, c'est le moins qu'on puisse dire, de gouverner la France depuis sept ans. Comment disait Chirac : putain trois ans !



Emmanuel Macron : le pouvoir du rien !

Emmanuel Macron, le pouvoir du rien
 

On pourrait, en ce mois d'avril 2024, appliquer à Emmanuel Macron le portrait que Louis XVIII faisait en avril 1821 de son rival le duc d'Orléans, cité par François Mitterrand dans «Le coup d'État permanent» : 
 

«Depuis sa rentrée, il est chef de parti, et il n'en fait pas mine. Son nom est un drapeau de menace. Son palais, un point de ralliement. Il ne remue pas, et cependant je m'aperçois qu'il chemine. Cette activité sans mouvement m'inquiète. Comment s'y prendre pour empêcher de marcher un homme qui ne fait aucun pas? C'est un problème qu'il me reste à résoudre.»
 

En même temps, ou le grand écart du nouveau président
 

On a déjà vu un président empêché de se représenter : François Hollande, plombé par l'impopularité. Mais, un président qui n'arrive pas à finir son mandat, c'est du jamais vu. Trois ans avant la fin de son mandat, Emmanuel Macron expérimente une situation inédite sous la Vᵉ République, celle d'un président sans majorité et sans opposition de substitution.
 

Une «majorité relative» amputée du pouvoir de légiférer
 

François Mitterrand et Jacques Chirac avalent dû se résigner à partager le pouvoir, en jouant même de cette cohabitation pour se faire réélire, mais Emmanuel Macron expérimente une nouvelle forme d'exercice du pouvoir, qualifiée de «majorité relative», une majorité en trompe-l'œil, condamnée à faire illusion, amputée du pouvoir de légiférer, sinon par le subterfuge du 49,3. qui est une sorte de membre fantôme d'aveu d'impuissance de l'exécutif,
 

Arc-bouté contre la logique majoritaire qui veut qu'un président dispose d'une majorité parlementaire ou se résigne à une cohabitation avec le parti majoritaire à l'Assemblée nationale, ce Président est condamné à faire illusion, à substituer à son pouvoir d'agir un pouvoir de représentation. Sisyphe malheureux contraint de remonter jour après jour le rocher de son pouvoir vertical par diverses recettes dilatoires (annonce d'une initiative politique d'ampleur, invocation d'un an II du quinquennat, remaniement furtif, atermoiement dans le choix de ses ministres, tentative d'échappatoire par la voie référendaire, irrésolution quant au calendrier des réformes sans cesse différées, kyrielle de commémorations, hommage national aux Invalides, panthéonisation). À l'Élysée, un conseiller spécial est chargé des signes mémoriels et des cérémonies de commémoration qui se multiplient à un rythme effréné. Deuil du politique.
 

Il s'agit donc de penser le macronisme non pas comme un phénomène politique traditionnel avec ses raisons, ses stratégies et ses illusions, mais comme une figure de l'épuisement, de l'exténuation du politique qui devient de plus en plus manifeste trois ans avant la fin de son mandat. Sans équivalent dans l'histoire de la 5ᵉ République, c'est dans la littérature qu'il faut chercher un précédent à ce président empêché : le Bartleby de Herman Melville qui n'existe que par sa formule répétée jusqu'à l'absurde : “I would prefer no to”, en français : je préférerais ne pas (le faire).
 

Une forme d'exténuation, d'épuisement du politique
 

Emmanuel Macron serait une sorte de «Bartleby» politique, c'est-à-dire une forme d'exténuation, d'épuisement du politique, à l'image de ce que dit Gilles Deleuze du Bartleby de Melville. «Le personnage de Bartleby se tient dans le néant, ne survit que dans le vide et défie logique et psychologie.» Ce que la formule» de Bartleby montre, c'est son absence de positionnement, «sa suspension entre le oui et le non, entre la préférence et la non-préférence». Aussi, indique-t-elle que Bartleby «ne refuse pas, mais n'accepte pas non plus», qu'il s'avance et se retire dans cette avancée». C'est la fameuse formule du «en même temps» d'Emmanuel Macron.
 

Né du vide politique créé par l'impossibilité pour François Hollande de se représenter, il n'aurait fait que reconduire ce vide dans toutes les positions possibles, se tenir dans ce vide, survivre dans ce vide et lui donner ses formes et ses couleurs. Le macronisme n'existe ni comme parti politique ni comme pratique du pouvoir, encore moins comme idéologie. Et, si le piège du macronisme résidait justement dans sa vacuité…
 

D'où la multiplicité des personnages qu'il a incarnés, le ballet de signes et d'images qu'il n'a cessé de convoquer… Par un paradoxe apparent, le vide du pouvoir se manifeste chez Emmanuel Macron par une surabondance d'images et de récits, une surenchère d'effets spéciaux, capable de créer l'illusion « fantastique» ou spectrale du politique. Le phénomène Macron relève d'une sorte de pyrotechnie médiatique ou de magie.
 

Il fait feu de tout bois symbolique, pourrait-on dire. Il dévore un à un les matériaux du politique, assemblées et partis, corps intermédiaires, procédures de délibération, étiquette et rituels. Il les consume et en tire des effets éblouissants. Le macronisme comme éblouissement et stade spectral du politique. «C'est une erreur de penser que le programme est le cœur d'une campagne électorale, affirmait-il bravache pendant sa campagne de 2017... La politique, c'est mystique, c'est un style, c'est une magie.»
 

Le fossoyeur non seulement de la gauche, mais du politique
 

Une politique des signes donc, qui consiste à adresser à l'opinion des signes d'optimisme en pleine crise de confiance, des signes de volontarisme en situation d'insouveraineté, des signes de sérieux et de rigueur à l'intention des marchés et des agences de notation alors que se creuse le déficit public.
 

Chaque ministre est chargé non plus d'un domaine de compétences, mais d'un portefeuille de signes. À l'un, celui des signes d'autorité. À l'autre, celui des signes de rigueur. À un troisième, la valeur travail ou le port de l'uniforme à l'école. À charge pour le Premier d'entre eux d'en être l'arbitre - l'arbitre des élégances des signes -, car les signes ont une fâcheuse tendance à diverger et à se contredire, d'où la répétition des couacs, des rappels à l'ordre, des rectificatifs.
 

Le macronisme ne serait rien d'autre que la forme phénoménale que prend l'absence du pouvoir, le vide du pouvoir à l'heure de la crise des souverainetés étatiques. Il est la forme politique de l'insouveraineté néolibérale, fossoyeur non seulement de la gauche, mais du politique.
 

Christian Salmon, écrivain
 

N.D.L.R

On ne saurait mieux dire. Tout était déjà dans le titre : Emmanuel Macron, le pouvoir du rien. Mais, la démonstration est tout à fait convaincante.

Christian Salmon est un écrivain et chercheur français contemporain. Après avoir été l'assistant de Milan Kundera, il fonde, en 1993, le Parlement international des écrivains et le Réseau des villes refuges pour accueillir les écrivains persécutés dans leur pays. Wikipédia


  


L'histoire de Bartleby, la nouvelle de Herman Melville
Extrait d'un article du site La vie des idéesBartleby, le préféré des philosophesque vous trouverez ici.

Melville met en scène un avoué de Wall Street et ses deux collaborateurs. On se croirait dans un roman de Dickens jusqu’à ce qu’un personnage mystérieux fasse son entrée : il s’agit de Bartleby, un copiste consciencieux et hiératique.

Un jour, ce dernier est appelé par l’avoué pour collationner un document et là, c’est la stupeur ; le scribe rétorque à la surprise générale : « I would prefer not to », c’est-à-dire littéralement, « je préférerais ne pas (le faire) ».

À partir de ce moment, la formule constitue la réponse de Bartleby à toute demande ou suggestion. Il abandonne donc progressivement et comme inexorablement toute activité, y compris celle de copiste pour laquelle il a été engagé. L’avoué découvre même avec horreur que Bartleby dort à l’étude, et qu’il n’a pas l’intention d’en partir.

Devant cette situation intenable, c'est l’avoué qui finit par déménager puis, tenaillé par sa conscience et sa pitié, retourne le voir, d’abord dans l’immeuble où se tenait son étude, ensuite dans la prison où Bartleby a été finalement enfermé. Ce dernier, allongé au pied du mur de la cour, est mort.

Dans l’épilogue, emprunt d’une profonde tristesse, l’avoué-narrateur achève son récit par l’évocation d’une rumeur : Bartleby aurait été, par le passé, employé au bureau des lettres au rebut de Washington. Melville termine alors par ces mots : « Ah Bartleby ! Ah humanité ! ».


Jeudi 25 Avril 2024

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