La caste des 133 000
Bercy le sait, l’Assemblée nationale le dénonce, et pourtant, ces privilégiés continuent de glisser entre les mailles du filet. Comment font-ils ? Non, ce ne sont pas tous des Bernard Arnault. Mais ils ont compris un secret : la loi est un terrain de jeu pour ceux qui savent en lire les modes d’emploi.
Les holdings à tiroirs
Prenons d’abord le cas des très très riches, ceux dont le patrimoine dépasse les 100 millions. Leur technique est presque élégante : ils ne touchent jamais personnellement leurs dividendes.
Bernard Arnault, par exemple, a reçu 3 milliards d’euros de dividendes de LVMH l’an dernier.
Théoriquement, il aurait dû en payer 30 % d’impôt, soit 900 millions. Mais en pratique, ces dividendes atterrissent dans sa holding personnelle, qui circule de filiale en filiale jusqu’à une société en Belgique.
Résultat : il déclare quelques millions de revenus, paie quelques millions d’euros d’impôt – une broutille rapportée à ses vrais gains – et le reste est réinvesti, protégé, jamais taxé. Simple comme un tour de passe-passe.
Mais les millionnaires, ceux qui ont entre 2 et 100 millions, doivent ruser davantage. Eux ne peuvent pas se contenter de laisser filer l’argent dans une holding lointaine : ils ont besoin de liquidités pour leurs dépenses. Or, déclarer 500 000 euros de revenus en France, c’est se faire tailler à 30 ou 40 %. Inacceptable pour eux, forcément.
La location meublée
Alors ils ont une arme secrète : la location meublée. Ah, ne souriez pas, c’est du sérieux. Grâce à elle, ils peuvent amortir leurs appartements chaque année.
Concrètement, si vous possédez 10 millions d’euros d’immobilier et que vous amortissez vos biens de 5 % par an, vous déduisez 500 000 euros de votre revenu fiscal.
Si votre revenu réel était de 500 000 euros, il tombe à zéro ou presque. Et hop, vous voilà imposé à moins de 10 %.
Le tout parfaitement légal. Charles de Courson, le rapporteur de la commission d’enquête, veut limiter cette niche, mais pour l’instant, le patronat s’y oppose énergiquement.
L’apport-cession
Autre astuce, plus opaque : le mécanisme de l’apport-cession.
Vous voulez vendre votre entreprise ? La plus-value est normalement taxée à 30 % (plus quelques contributions). Mais si vous réinvestissez au moins 70 % du produit dans d’autres sociétés, l’impôt est suspendu.
Ensuite, vous transmettez ces nouveaux placements à vos héritiers, et la plus-value s’efface définitivement. Jamais taxée. C’est comme un passe-muraille fiscal.
La pacte Dutreil
Et pour la transmission, cerise sur le gâteau, il y a le pacte Dutreil. Normalement, les droits de donation grimpent à 45 %.
Mais si vous signez ce pacte – qui permet de garder l’entreprise familiale – l’impôt tombe à 5,6 %.
Mieux, les biens immobiliers ou placements divers peuvent être inclus dans la donation, assortis de la même réduction.
Le patronat veille au grain : chaque tentative de réforme est repoussée par une tribune enflammée.Mais le patronat ne siège pas au Parlement ? Si, si !IL a ses truchements et croyez-moi, ils savent se faire entendre. Surtout quand le président s'appelle Macron, issu de chez Rothschild, comme tout le monde devrait le savoir.
Alors, qui a dit que les riches étaient écrasés par l’impôt en France ?
La vérité, c’est que 133 000 ménages déclarent moins de 10 000 euros de revenus annuels tout en possédant plus de 2 millions de patrimoines. Ils paient donc moins de 1 000 euros d’impôt sur le revenu.
Pas de fraude, juste une optimisation savante, à la limite du génie et de l’indécence.
Et tant que le lobby patronal et la complexité juridique bloqueront les réformes, ces 133 000 chanceux continueront à danser, les impôts légers, la vie douce.
Évaluation du manque à gagner annuel pour le Trésor public
Prenons les 133 000 ménages qui possèdent plus de 2 millions d’euros de patrimoine et déclarent moins de 10 000 euros de revenus.
Si leur patrimoine moyen tournait autour de 5 millions d’euros (une hypothèse basse, la plupart étant bien au‑delà), un rendement normal de 5 % rapporterait 250 000 euros par an. Avec un taux d’imposition de 30 % (flat tax incluse), ils devraient verser environ 75 000 euros chacun. À la place, ils en donnent à peine 1 000. Soit une perte de 74 000 euros par ménage, multipliée par 133 000… cela donne près de 10 milliards d’euros par an.
Mais ce n’est qu’une partie.
➤ Ajoutez les milliardaires qui, comme Bernard Arnault, font glisser des milliards dans des holdings sans jamais les fiscaliser.
➤ Ajoutez les apports‑cession qui transforment des plus‑values de plusieurs millions en trous noirs fiscaux.
➤ Ajoutez encore les donations Dutreil qui réduisent les droits de succession de 45 % à 5,6 % sur des centaines de millions.
Le total ?
Les économistes sérieux, comme Gabriel Zucman, estiment que les 1 % les plus riches en France échappent à environ 15 à 20 milliards d’euros d’impôts par an grâce à ces optimisations légales.
Ce qui représente seulement 2 % de leur vraie fortune imposable.
Warren Buffet, un des plus gros financiers américains, a lui-même avoué que sa secrétaire payait plus d'impôts en proportion que lui. En France, que je sache, aucun super-riche n'a jamais eu le courage d'une telle affirmation.
Alors, quand on vous dit que la France a besoin de recettes, on ne vous parle pas de taxer le pain au chocolat. Quoique : en France, on n'a jamais hésité à taxer le petit peuple. Ils ne sont pas riches, mais ils sont tellement nombreux !
Mais, on vous parle de ce petit monde qui a trouvé le moyen de faire payer les autres à leur place.
C’est un manque à gagner qui pourrait financer des hôpitaux, des écoles, ou même boucher quelques trous dans le budget.
Mais c’est impossible dans un pays où les ci-devants “représentants du peuple” estiment que faire payer 2 % seulement de taxes aux super-riches pourrait gravement les handicaper ou les forcer à émigrer.
Ce qui est une hérésie, puisque pour un super-riche, émigrer et perdre ainsi tous les avantages du paradis fiscal que représente pour eux aujourd'hui la France, leur coûterait beaucoup plus cher que 2 % de leur fortune.
De toute façon, s'ils sont encore dans notre pays, leur vraie fortune a déménagé depuis très longtemps pour de lointaines et très opaques holdings. Ou reste cadenassé dans les mains de leurs héritiers.
C'est exactement la même chose que le problème du dérèglement climatique qui empire tous les jours.
On sait très exactement ce qu'il faudrait faire pour éviter ou atténuer tout cela.
Mais on ne le fait pas.
Et pour une simple raison :
Le vrai pouvoir ne réside pas dans les mains de nos parlementaires, et encore moins dans les nôtres, mais dans les mains, justement, de ces super-riches qui ne se contentent pas d'engranger la fortune, mais ont placé leurs marionnettes à tous les endroits stratégiques du pouvoir.
La preuve ?
La dette publique française s'approche des 3 500 milliards, et le Parlement français refuse toujours de créer une taxe de seulement 2 % sur les super-riches.






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