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«L'avenir n'est plus ce qu'il était» [Paul Valéry]



La Terre était trop pleine, maintenant trop vide ? Le grand retournement démographique

Pendant 50 ans, on nous a répété qu'on était trop nombreux. Aujourd'hui, les mêmes institutions paniquent parce qu'on ne fait plus assez d'enfants. Qu'en est-il exactement. Une excellente vidéo de MoneyRadar.



Image : Seedream 4.5
Image : Seedream 4.5

En 1968, un biologiste américain promettait des centaines de millions de morts par famine. En 1972, un think tank réputé annonçait l’effondrement de la civilisation avant 2100. 
 

Résultat des courses ? 
 

🔷La population mondiale a doublé, 

🔷 la production alimentaire a triplé, et 

🔷 la sous-alimentation a reculé. 
 

On aurait pu crier victoire. Raté. Aujourd’hui, les mêmes qui nous parlaient de surpopulation s’inquiètent de la baisse des naissances. Qui ment ? Personne, et tout le monde. 
 

On décortique ce retournement en trois actes : 
 

🔷 la grande peur malthusienne, 

🔷 la vraie vie des berceaux, et 

🔷 le dinosaure dans la pièce – nos institutions.
 



 

 

 


 

Acte 1 – La grande peur malthusienne, ou l’art de prédire (mal) la fin du monde 

Tout commence avec Thomas Malthus, pasteur et économiste anglais. En 1798, il pose une équation simple :
 

🔷 La population croît de façon géométrique (2, 4, 8, 16…), 

tandis que les ressources alimentaires croissent de façon arithmétique (1, 2, 3, 4…). 

🔷 Donc, fatalement : famines, guerres, épidémies.
 

C’est la thèse malthusienne. Elle a la vie dure. En 1968, le biologiste Paul Ehrlich publie La Bombe P et prédit des centaines de millions de morts par famine dans les années 1970-80. On comptait alors 3,5 milliards d’humains. Aujourd’hui, on est presque 8,3 milliards, et la part de sous-alimentés est passée d’environ 2,5 personnes sur 10 à 1 sur 10.
 

Puis vient le Club de Rome. En 1972, ce groupe de réflexion publie le fameux rapport Meadows, Les limites de la croissance, qui prévoit un effondrement si on continue comme avant. 
 

Contrairement aux idées reçues, ce rapport n’était pas idiot : une analyse de 2020 montre que les cinquante dernières années suivent plutôt bien ses scénarios. Le diagnostic est bon. La conclusion, en revanche, est discutable : « il faut moins de monde sur Terre ».
 

Cette conclusion a servi de caution à des politiques violentes : stérilisations forcées en Inde, politique de l’enfant unique en Chine, contrôles démographiques autoritaires. Résultat : des populations vieillissantes, des déséquilibres hommes-femmes, et des traumatismes durables.
 

🔷 Leçon à retenir : la planète a des limites, oui. Mais vouloir régler le problème en réduisant la population, c’est soigner une fièvre en coupant la tête du patient.
 

 


 

Acte 2 – Bébés en berne : pourquoi les berceaux se vident

Depuis les années 2000, la chute de la natalité inquiète. Pourtant, ce n’est pas un nouveau complot : c’est la transition démographique, ce passage naturel d’une société à forte mortalité et forte natalité vers une société à faible mortalité et faible natalité. L’Europe l’a vécue au XIXe siècle. La Chine et l’Afrique la vivent aujourd’hui.
 

Le documentaire Birth Gap (2023) a enquêté pendant sept ans dans 24 pays. Verdict : la baisse de la natalité n’est pas qu’une affaire de choix. Il y a un phénomène appelé « childlessness » : de plus en plus de personnes traversent la vie sans enfant… sans vraiment l’avoir décidé. Dans les pays développés, une femme sur quatre née dans les années 1970 n’aura jamais d’enfant, y compris parmi celles qui en auraient voulu.
 

Pourquoi ? Plusieurs facteurs s’accumulent :
 

➤ L’éducation des femmes : depuis 1960, l’accès des filles à l’école et au marché du travail a fait chuter la fécondité. Les femmes diplômées ont en moyenne deux fois moins d’enfants, et plus tard.

➤  L’urbanisation : en 1960, 34 % de l’humanité vivait en ville. En 2024, c’était 57 %. En zone rurale, un enfant est une force de travail. En ville, c’est un coût : logement, crèche, transports.

➤  Le coût financier : en France, un enfant coûte en moyenne 9 000 € par an jusqu’à ses 18 ans. Avec les frais de scolarité et la pression académique, la facture peut dépasser 200 000 €.

➤  L’âge de la maternité : il est passé de 24 ans en 1975 à 31 ans aujourd’hui. Or la fertilité baisse naturellement avec l’âge. D’où l’explosion des cliniques de PMA.

➤  Un changement de valeurs : l’enfant n’est plus une évidence sociale, c’est un projet parmi d’autres. Et quand on hésite trop longtemps, l’absence de choix devient un choix.
 

La Corée du Sud est le cas extrême : 0,75 enfant par femme. Logements inabordables, semaines de travail à rallonge, rapports hommes-femmes sous tension. Pourtant, le pays a dépensé des milliards pour relancer la natalité. Résultat : ça continue de baisser.
 

🔷Idée reçue : « Les gens ne font plus d’enfants parce qu’ils sont égoïstes. » Réalité : beaucoup aimeraient en avoir, mais butent sur des obstacles structurels. Ce n’est pas une crise des utérus, c’est une crise des conditions de vie.
 

 


 

Acte 3 – Le vrai problème : nos institutions sont des dinosaures

Le camp nataliste a des arguments. Une société avec moins d’enfants, c’est moins de consommation, moins d’innovation, moins de prise de risque – les moins de 40 ans portant traditionnellement ces dynamiques. Une fois qu’un pays passe sous 1,5 enfant par femme, il est historiquement très difficile de remonter. Le Japon, la Corée du Sud et l’Italie le savent.
 

Mais d’autres voix, comme le statisticien suédois Hans Rosling, rappellent un point crucial : la population mondiale devrait se stabiliser autour de 10 milliards, puis diminuer progressivement. Ce n’est pas un effondrement, c’est une transition. Et une population plus légère, c’est aussi moins de pression sur les écosystèmes, moins d’émissions, moins de déforestation.
 

Alors, pourquoi cette panique ? Parce que nos systèmes sont construits pour une population qui n’existe plus. 
 

La retraite par répartition, par exemple, repose sur un pacte : les actifs d’aujourd’hui paient les pensions d’hier. Ce pacte fonctionne quand il y a 4 cotisants pour 1 retraité. Or on est passé à 1,7 actif pour 1 retraité, et on se dirige vers 1,2 en 2050.
 

Le modèle fiscal est tout aussi daté : il taxe massivement le travail, alors que le patrimoine et la rente foncière s’en sortent mieux. Et la politique du logement transfère sans cesse la richesse des jeunes vers les plus âgés.
 

Il existe pourtant des solutions :
 

🔷 Une retraite flexible basée sur la pénibilité réelle, pas sur un âge théorique.

🔷 Une réforme fiscale qui déplace la charge du travail vers le patrimoine, la rente foncière et les revenus du capital.

🔷 Une part de capitalisation individuelle pour réduire la dépendance des retraités aux actifs de la génération suivante.

🔷 Une politique du logement qui arrête de favoriser les propriétaires anciens au détriment des jeunes actifs.
 

Pourquoi personne n’ose les appliquer ? Parce que les décideurs ont peur de fâcher 12 millions d’électeurs retraités et les classes possédantes qui ont profité de quarante ans de rente immobilière. 
 

Et avec un mandat de cinq ans, difficile de lancer des réformes impopulaires dont les bénéfices n’apparaîtront que dans vingt ans. Résultat : on bricole les paramètres, au lieu de repenser le modèle.
 

 


 

Conclusion : le problème n’est pas le nombre, c’est le logiciel

La question de la surpopulation est mal posée depuis Malthus. On a utilisé le fameux « nombre d’enfants par femme » pour justifier des positions contradictoires : trop d’enfants, puis pas assez. En réalité, le nombre d'enfants n'a jamais été le cœur du problème.
 

La vraie urgence, ce n’est pas de faire revenir la croissance démographique à tout prix.
 

C’est de réinventer des institutions capables de fonctionner avec une population stable, voire en léger déclin
 

Retraites, fiscalité, logement, urbanisme : tout doit être repensé pour une société qui vit plus longtemps et fait moins d’enfants. Ce n’est pas une histoire de berceaux. C’est une histoire de choix politiques.
 

Surpopulation ou effondrement ? Ni l’un, ni l’autre. On nous a menti, mais pas comme on le croit : on nous a raconté une histoire simple à partir d’un chiffre. La réalité est plus ennuyeuse, plus complexe… et finalement plus intéressante.
 

 


 

Termes techniques expliqués 

 

➤ Thèse malthusienne : la théorie selon laquelle la population croît plus vite que les ressources, entraînant famines, guerres et épidémies.

➤  Taux de fécondité : le nombre moyen d’enfants par femme. En dessous d’environ 2,1, une population ne se renouvelle pas sans immigration.

➤  Transition démographique : le passage d’une société à forte natalité et forte mortalité à une société à faible natalité et faible mortalité.

➤  Childlessness : le fait de ne pas avoir d’enfant, qu’il soit choisi ou subi. Le terme désigne aussi la hausse des adultes sans enfant malgré eux.

➤  Retraite par répartition : un système où les cotisations des actifs paient directement les pensions des retraités.

➤  Rapport Meadows : une étude de 1972 commandée par le Club de Rome, qui pointait les limites de la croissance dans un monde fini.

➤  Pyramide des âges : la répartition d’une population par tranches d’âge. Dans les pays vieillissants, elle ressemble de plus en plus à une bouteille de champagne.
 

 


 

Source :

Chaîne MoneyRadar


 


Mardi 18 Août 2026

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