Sans les assureurs, la folie fossile s'arrête net
Ce que personne ne dit dans les pubs larmoyantes des compagnies d'assurance, c'est qu'aucun grand projet pétrolier, gazier ou charbonnier ne voit le jour sans couverture d'assurance.
Pas d'assurance, pas de pipeline, pas de terminal gazier, pas de plateforme offshore : le risque financier serait tout simplement ingérable.
Les assureurs ne sont donc pas de simples spectateurs du dérèglement climatique, ils en sont des ingénieurs invisibles :
● Ils investissent massivement dans les entreprises fossiles.
● IIs assurent les infrastructures qui prolongent la dépendance au pétrole et au gaz.
● Ils se parent de grandes promesses « net zéro » pendant qu'ils continuent à signer des contrats qui verrouillent des décennies d'émissions.
On appelle ça comment, déjà, quand on prétend sauver une maison tout en louant sa cave à un fabricant de bidons d'essence ?
Le business de la catastrophe permanente
Le modèle de l'assurance reposait sur une idée simple : le futur ressemble grosso modo au passé, avec quelques aléas.
Avec le climat, cette hypothèse est morte : les incendies, les inondations, les sécheresses, les tempêtes deviennent plus fréquents, plus violents, et plus coûteux.
Résultat :
● Les sinistres climatiques explosent, avec des dizaines puis des centaines de milliards de pertes assurées chaque année.
● Les primes augmentent, les franchises aussi, les exclusions se multiplient.
● Et, cerise sur le gâteau, près de 75% des dommages climatiques en Europe ne sont déjà pas couverts par une assurance.
Autrement dit : le climat part en vrille, les assureurs se gavent sur ceux qui peuvent encore payer, et la majorité des gens découvrent qu'ils vivent, en fait, à découvert.
L'inassurabilité : quand les territoires deviennent jetables
Quand le risque devient trop élevé, les assureurs ne « s'adaptent » pas, ils se retirent.
C'est déjà le cas dans certaines régions du monde, où des maisons ne trouvent plus de couverture contre les incendies, les inondations ou les ouragans.
Ce qui est en train de se mettre en place, c'est un séisme silencieux :
● Des quartiers, des communes, des régions entières deviennent progressivement inassurables.
● Les biens perdent leur valeur, les investissements fuient, les banques se crispent.
● Après chaque catastrophe, la reconstruction devient un luxe réservé à ceux qui ont encore les moyens.
Là où l'assurance devait amortir les chocs, elle devient un accélérateur d'effondrement local : si votre territoire n'est plus « rentable » pour les assureurs, il est, en pratique, rayé de la carte des zones dignes d'être protégées.
Le dilemme impossible du capitalisme assurantiel
Les grandes compagnies d'assurance ont un maître : l'actionnaire, pas l'assuré.
Elles doivent, en même temps :
● Continuer à garantir des profits confortables.
● Payer des sinistres climatiques en hausse constante.
● Et, dans l'idéal, verdir leur image sans trop toucher à leur business fossile.
Évidemment, tout cela ne tient pas.
On ne peut pas, à la fois, financer les infrastructures qui détruisent le climat, encaisser la facture des catastrophes que cela provoque, et protéger durablement les populations les plus exposées.
Quand ça casse, ce n'est pas la marge de l'assureur qui s'effondre en premier, c'est la vie des gens : logements invendables, territoires abandonnés, services publics dépassés, États sommés de boucher les trous laissés par le privé.
Ce que cela révèle vraiment
L'angle mort du débat climatique, c'est ce rôle clé des assureurs comme pivot du système : sans eux, une grande partie du capitalisme fossile perd son filet de sécurité.
Les présenter comme des victimes du climat est donc une farce complète : ils sont au cœur du problème, et ils ont sciemment repoussé ses limites jusqu'à ce que leur propre modèle commence à craquer.
La vraie question n'est plus « comment rendre l'assurance plus verte ? », mais :
Jusqu'à quand va-t-on tolérer qu'un secteur privé décide, au nom de sa rentabilité, quels territoires ont le droit d'exister et lesquels peuvent être laissés à l'effondrement ?
Tant que cette question reste taboue, les assureurs pourront continuer tranquillement leur numéro de prestidigitateur : d'une main, ils alimentent la machine à réchauffer la planète ; de l'autre, ils vous expliquent, avec un sourire bienveillant, que votre maison n'est plus assurable.
Références sur l'assurance et les risques climatiques
Insurance Scorecard on Fossil Fuel and Deforestation Policies https://reclaimfinance.org/site/en/2024/11/20/2024-scorecard-insuring-our-future/
Climate Change and Insurance: The Growing Cost of Natural Disasters https://www.eea.europa.eu/en/analysis/indicators/economic-losses-from-climate-related-extremes
The Uninsurable World: Climate Risk and Insurance Market Failures https://www.nature.com/articles/s41558-023-01735-7
Global Insurance Industry Investment in Fossil Fuels https://shareaction.org/reports/insuring-disaster-ranking-the-worlds-largest-insurers-on-responsible-investment-and-underwriting
Rising Premiums and Climate Adaptation: The Insurance Protection Gap https://www.swissre.com/institute/research/sigma-research/sigma-2024-01.html
Uninsurability Zones: When Climate Risk Meets Market Withdrawal https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/14693062.2023.2241476
Insurance Companies and Net-Zero Commitments: Progress Report https://www.unepfi.org/net-zero-alliance/resources/nzia-progress-reports/
Economic Impact of Climate-Related Insurance Market Collapse https://www.oecd.org/en/publications/enhancing-financial-protection-against-disaster-risks_9789264281530-en.html
Fossil Fuel Underwriting: The Hidden Role of Insurance in Climate Change https://www.ran.org/wp-content/uploads/2023/12/RAN_Insurance_Scorecard_2023.pdf
The Future of Insurance in a Warming World https://www.mckinsey.com/industries/financial-services/our-insights/climate-change-and-p-and-c-insurance-the-threat-and-opportunity






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