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«L'avenir n'est plus ce qu'il était» [Paul Valéry]



La France est aujourd’hui le pays européen où la police tue le plus : au moins 29 morts en 2024 !

Affaire Nahel : derrière la requalification discrète d'un homicide, tout un système qui se protège. Un article de TheConversation.



52 morts en 2024 ! Chiffre actualisé, par Basta Media
52 morts en 2024 ! Chiffre actualisé, par Basta Media



Il y a des décisions de justice qui passent presque inaperçues, noyées dans l'actualité. Celle rendue le 5 mars 2026 par la Cour d'appel de Versailles méritait pourtant qu'on s'y arrête.

Le policier qui a tiré sur Nahel Merzouk le 27 juin 2023 à Nanterre — en plein jour, en pleine rue, devant une caméra — ne sera finalement pas jugé pour meurtre, mais pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Une pirouette sémantique qui divise presque par deux la peine maximale encourue : 15 ans au lieu de 30.
 

Vous trouvez ça choquant ? Attendez la suite.

 



 

Un système rodé pour protéger les siens

Ce n'est pas une anomalie. C'est une habitude.

Selon Olivier Cahn, professeur de droit à l'Université Paris Nanterre, les poursuites visant des policiers sont systématiquement engagées sur la qualification pénale la plus basse, quand elles sont engagées.

Les acquittements sont fréquents, les peines prononcées symboliques, et les rares condamnés évitent souvent toute inscription au casier judiciaire — ce qui leur permet de continuer à porter une arme et à patrouiller.

La raison ? Les parquets travaillent main dans la main avec la police. Même couloir, mêmes dossiers, même réseau. Un procureur trop zélé risque de voir ses indicateurs de performance se dégrader si les policiers lui font la tête. Ce n'est pas du cynisme : c'est de la sociologie institutionnelle.

À cela s'ajoute la pression politique. Depuis 2016, plusieurs gouvernements successifs ont fait une concession derrière l'autre aux syndicats policiers, jusqu'à la création d'une quasi-présomption de légitime défense. Message implicite : ne vous en faites pas, on vous couvre.

 


 

La France, championne d'Europe du tir mortel

Maintenant, les chiffres. Et ils font mal.

La France est aujourd'hui le pays européen où la police tue le plus, notamment lors de refus d'obtempérer.

Depuis la loi de 2017 — qui a élargi les conditions légales de tir sur des véhicules en mouvement —, le nombre de personnes tuées dans ces situations a été multiplié par cinq.

En 2024, on comptait au moins 29 morts. Entre 2020 et 2022, la France totalisait 107 décès lors d'interventions policières ou en garde à vue, contre 66 en Espagne et 60 en Allemagne.

Avant 2017, nos policiers étaient soumis aux mêmes règles strictes de légitime défense que la plupart de leurs homologues européens. La loi a changé la donne en alignant la police civile sur un régime militaire élargi, une exception que l'Allemagne, le Royaume-Uni ou les pays nordiques ne connaissent pas.

 


 

Des armes que personne d'autre n'utilise

Parlons matériel.

La France est le seul pays de l'Union européenne à avoir utilisé des grenades lacrymogènes instantanées (GLI-F4) — des engins explosifs ayant causé des mutilations graves pendant le mouvement des Gilets jaunes. Ces grenades ont depuis été officiellement retirées… et remplacées par d'autres, à peine moins dangereuses.

Le LBD 40, connu sous le nom de « flash-ball » de grande taille, est présenté comme une alternative à l'arme létale. Belle théorie. En pratique, il a arraché des yeux et fracassé des mâchoires par dizaines.

Son usage massif par les BRAV-M — ces brigades motorisées urbaines déployées dans les manifestations — a transformé le maintien de l'ordre en opération punitive. Aucun autre État européen ne l'utilise à cette échelle.

 


 

Et le contrôle dans tout ça ?

L'IGPN — surnommée « la police des polices » — traite aujourd'hui une affaire sur dix.

Ses effectifs ? Environ 100 enquêteurs pour 150 000 policiers. Elle est placée sous tutelle du ministère de l'Intérieur, autrement dit sous l'autorité de celui qu'elle est censée surveiller. Dans les pays nordiques ou en Allemagne, les inspections générales sont indépendantes et dotées de vrais pouvoirs.

Résultat : depuis 2017, le nombre d'affaires ouvertes pour violence policière a augmenté de 60%. Et les condamnations, elles, stagnent.

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Ce que tout ça dit de nous

L'affaire Nahel n'est pas un fait divers. C'est le révélateur d'un système qui combine :

→ une loi trop permissive,
 

→ un arsenal sans équivalent européen,
 

un contrôle institutionnel anémique et
 

une justice à deux vitesses. 

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Quand un policier tire sur un conducteur de 17 ans et qu'il risque moins qu'un braqueur à main armée, ce n'est pas la justice qui parle. C'est l'impunité qui se normalise.

Le parquet général s'est pourvu en cassation. On verra bien si la Cour suprême a le courage que la Cour d'appel n'a pas eu.


Lundi 30 Mars 2026

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