Sous le terme onctueux de « simplification administrative », Bruxelles vient de nous concocter une recette qui risque de rester sur l'estomac de 450 millions de consommateurs.
Le principe est simple : pour alléger le fardeau des entreprises, on allège la protection des citoyens.
La formule choc circule déjà dans les couloirs du Parlement et sur les réseaux des observateurs les plus lucides : « Ce n'est plus de la réglementation, c'est de la déréglementation. » Ce cri du cœur, porté notamment par l'eurodéputé Benoît Biteau et soutenu par des organisations comme foodwatch et la Confédération Paysanne, résume parfaitement l'arnaque sémantique en cours. On nous vend un élagage de paperasse, on nous sert un démantèlement en règle des garde-fous sanitaires acquis après des décennies de crises alimentaires.
Le menu de cet « Omnibus » a de quoi couper l'appétit. On y trouve notamment :
⌦ la proposition d'accorder des autorisations illimitées pour certains pesticides, supprimant ainsi l'obligation de réévaluation décennale. En somme, une fois qu'un produit chimique a mis un pied dans la porte de nos champs, il y reste pour l'éternité, ou presque.
⌦ La Commission suggère également de doubler les « périodes de grâce » pour les substances interdites, permettant à des produits jugés dangereux de continuer à empoisonner nos sols pendant trois ans supplémentaires après leur bannissement officiel.
⌦ Plus subtil encore, le projet prévoit de réduire la marge de manœuvre des États membres. Ces derniers ne pourraient plus s'appuyer sur les données scientifiques indépendantes les plus récentes pour contester une autorisation au niveau national, mais devraient se plier aux avis parfois vieillissants de l'EFSA. C'est un véritable bâillon scientifique imposé aux capitales européennes.
Cette offensive s'inscrit dans un plan plus large baptisé « choc de simplification », piloté par Ursula von der Leyen. L'objectif affiché est de réduire de 25 % la charge administrative pour booster la compétitivité. Mais à quel prix ? Si la compétitivité signifie manger des résidus de pesticides non testés depuis quinze ans au nom de la fluidité des affaires, alors nous avons changé de civilisation sans que personne ne nous demande notre avis.
L'ironie du sort veut que cette déréglementation massive soit présentée comme un soutien aux agriculteurs en colère. Certes, ils demandent moins de bureaucratie, mais pas forcément l'autorisation de s'empoisonner eux-mêmes et leurs clients. En voulant vider le moteur réglementaire de ses composants essentiels, la Commission ne simplifie pas le véhicule européen : elle lui enlève ses freins en pleine descente.
Il ne reste plus qu'à espérer que le Parlement et le Conseil sauront identifier ce cheval de Troie législatif avant qu'il ne s'installe définitivement dans nos garde-manger. Car si la simplification est une vertu, la démission sanitaire est une faute.
Références pour vérification :
https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_25_3081
https://www.foodwatch.org/fr/communiques-de-presse/2025/lomnibus-europeen-sur-la-securite-alimentaire-cette-dangereuse-simplification-dont-on-ne-veut-pas-alerte-foodwatch
https://www.veblen-institute.org/European-Commission-confirms-weakening-of-pesticide-legislation.html
https://www.pan-europe.info/resources/briefings/2025/12/%E2%80%98food-and-feed-safety-omnibus%E2%80%99-threatens-pesticide-rules
https://www.etuc.org/fr/document/strategie-de-la-ces-pour-contrer-la-dereglementation
https://www.amnesty.fr/actualites/la-loi-omnibus-ou-le-brutal-demantelement-de-norme/
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/r2255.asp
https://food.ec.europa.eu/horizontal-topics/simplification-legislation_en
https://croplifeeurope.eu/food-and-feed-safety-omnibus-modernising-eu-rules-so-innovation-reaches-farmers-faster/
https://notreaffaireatous.org/directive-omnibus-vers-un-affaiblissement-historique-des-normes-environnementales-et-sociales-en-europe/






Aldous Huxley l'avait prédit, Macron l'a fait !