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«L'avenir n'est plus ce qu'il était» [Paul Valéry]



Devenir prof ? L'envie est là. C'est le système qui la broie.


On nous répète depuis des années qu'il y a une « crise des vocations » enseignantes. C'est faux. Ou plutôt : c'est le mauvais diagnostic. Et un mauvais diagnostic, ça donne un mauvais traitement.



 Le mythe de la vocation introuvable

Une revue de 39 études qualitatives menées dans 18 pays sur 60 ans et 4 700 futurs enseignants vient de trancher le débat : les gens qui veulent enseigner existent. Ils ne manquent pas. Ce qui manque, c'est tout ce qui devrait leur permettre de rester.theconversation

En France, les inscriptions au CAPES se sont effondrées de près des trois quarts en 25 ans. Plus de 3 000 postes sont restés non pourvus au concours en 2024.

Est-ce parce que plus personne ne veut transmettre, éduquer, marquer des vies ? Ou parce que le parcours pour y arriver ressemble à un chemin de croix bureaucratique suivi d'une vie professionnelle à l'usure ?
youtube

La question mérite d'être posée franchement.

 


 

Le paradoxe qui devrait nous faire rougir

Plus un pays se développe, moins l'enseignement attire. Dans les pays riches, la massification de l'enseignement supérieur a multiplié les débouchés pour les diplômés — et l'enseignement, lui, n'a pas suivi. Son prestige social stagne. Sa rémunération aussi.theconversation

Résultat : ce n'est pas que le métier soit devenu pire. C'est que tout le reste est devenu meilleur. Et dans cette compétition silencieuse pour attirer les talents, l'Éducation nationale joue avec un budget de N-2 et des règles du jeu d'avant-guerre.

 


 

Ce que les chiffres disent vraiment

Voici où ça fait vraiment mal :

→ Les départs volontaires d'enseignants ont été multipliés par dix en cinq ans, avec 2 400 professeurs qui ont claqué la porte sur l'année 2023-2024la-croix

→ Ils représentaient 2% des motifs de départ en 2012 ; ils atteignent plus de 15% en 2022lemonde

→ Ce ne sont plus seulement les débutants qui fuient — les départs concernent désormais majoritairement des enseignants en poste depuis plus de cinq anslemonde

→ Les démissions de stagiaires en formation en INSPE augmentent aussi, signe que la désillusion commence dès la case départstrategie-plan

Ce tableau ne décrit pas une crise de vocation. Il décrit une fuite organisée devant des conditions de travail dégradées, un manque de reconnaissance chronique et une institution qui semble faire de son mieux pour décourager ses propres recrues.
 


 

La France, lanterne rouge de la zone euro

Sur la rémunération, les données OCDE 2024 sont sans appel — et sans pitié.

En France, un enseignant de collège en
fin de carrière gagne 40 000 dollars PPA de moins qu'un collègue allemand, 45 000 de moins qu'un Néerlandais, et même 11 000 de moins qu'un Espagnol.

Autrement dit, la France paye ses profs
moins bien que le Portugal et la Slovénie à mi-carrière.

Et le comble ? Il faut en moyenne
35 ans pour atteindre le sommet de l'échelle salariale française, contre 25 ans dans le reste de l'OCDE — et seulement 10 ans au Royaume-Uni.

Le chiffre le plus accablant reste celui de la durée : là où un enseignant allemand ou espagnol atteint le sommet de sa grille en 25 ans, son homologue français doit attendre 35 ans.

Autrement dit, pendant une décennie entière, la France paye moins et fait attendre plus longtemps — sans que cela soit compensé par un quelconque avantage en fin de carrière.

Seulement 27% des enseignants français de collège se déclarent satisfaits de leur rémunération, contre 37% en moyenne dans l'UE, 54% en Espagne et 72% en Autriche. Voir le graphique à la fin de l'article.

C'est un signal envoyé à chaque étudiant qui hésite devant l'inscription au CAPES : "Chez nous, tu travailleras longtemps, tu attendras encore plus longtemps, et tu seras payé moins qu'ailleurs pour le même boulot." 

Dans ce contexte, la vraie surprise n'est pas que les candidats désertent — c'est qu'il en reste encore.

 


 
 

La réforme permanente, poison lent

Cerise sur le gâteau amer : la France a décidé de réformer le concours enseignant, en le déplaçant de bac+5 à bac+3. Une bonne idée ? Peut-être.

Sauf que 88 000 étudiants se sont inscrits à ce nouveau concours… et ont appris fin décembre 2025 qu'il risquait de ne pas avoir lieu, faute de budget voté.


« Ça fait chier », résumait laconiquement l'un d'eux au Monde. On ne saurait mieux dire. lemonde youtube

À la rentrée 2026, pendant ce temps, 4 000 postes d'enseignants seront supprimés — argument démographique officiel, bouclier budgétaire officieux. Et dans les classes de Normandie ou de Montpellier, des élèves de première passent leur année sans professeur de français.

 


 

Trois leviers. Pas dix. Trois.

La recherche internationale est claire sur ce qui retient les enseignants dans le métier :theconversation

→ Une formation cohérente et respectueuse — pas un obstacle course entre concours incertains, stages en responsabilité prématurés et accompagnement aléatoire

→ De l'autonomie professionnelle réelle — les réformes empilées détruisent précisément le sentiment de compétence qui motivait les candidats en premier lieu

→ Une reconnaissance sociale qui ne soit pas que verbale — les discours sur la « noblesse du métier » sonnent creux quand le salaire moyen d'un enseignant débutant reste sous le SMIC augmenté de quelques euros

 


 

La vraie question

On cherche des profs. Ils existent. Certains ont même survécu à toute la machinerie pour en devenir.

Et puis quelque chose se passe : la formation les épuise, l'affectation les envoie à 200 km de chez eux, les élèves les testent, l'institution les ignore, les médias les caricaturent, et cinq ans plus tard, ils partent.

L'enjeu n'est pas de créer des vocations. C'est d'arrêter de les détruire.

Ce n'est pas un problème de recrutement. C'est un problème de respect.

 


 

Sources :

1. Fernando Nunez-Regueiro — The Conversation (29 mars 2026)
🔗 https://theconversation.com/qui-veut-encore-devenir-prof-ce-quune-approche-internationale-nous-dit-de-la-crise-des-vocations-enseignantes-276324

2. Le Monde Décodeurs — « De la vocation à l'abandon » (9 janvier 2025)
🔗 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/01/09/de-la-vocation-a-l-abandon-les-chiffres-derriere-la-crise-du-metier-d-enseignant

⚠️ Article potentiellement derrière paywall.

3. La Croix — « On ne quitte pas l'Éducation nationale comme ça » (6 mars 2026)
🔗 https://www.la-croix.com/societe/on-ne-quitte-pas-l-education-nationale-comme-ca-le-long-chemin-des-profs-en-reconversion-20260306

4. France Stratégie — Rapport sur l'attractivité de la fonction publique (décembre 2024)
🔗 https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/HCSP-2025-DT-Enseignants-17juin20h30-FINAL-COUV.pdf
ou la page de présentation : https://www.ih2ef.gouv.fr/france-strategie-publie-un-rapport-revenant-sur-le-manque-dattractivite-du-corps-enseignant

https://dupognonpourlesprofs.fr/enseignant-comparaison-europeenne-remuneration/

 

 


   


Lundi 6 Avril 2026

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