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Chômage. L’art de compter...ou de ne pas compter.


L’équipe Macron a abattu ses cartes : contrôle renforcé des chômeurs et publication des chiffres tous les trimestres seulement. Depuis vingt ans, face à un chômage de masse, dont en fait ils s’accommodent, les divers gouvernements sont passés maîtres dans l’art de l’illusion statistique. Un article de l'Humanité Dimanche.



Chômage. L’art de compter...ou de ne pas compter.

DOMINIQUE SICOT
JEUDI, 18 JANVIER, 2018
HUMANITÉ DIMANCHE



C’en est bientôt fini des fameux « chiffres du chômage ». Soit le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi n’ayant pas travaillé du tout au cours du mois concerné (catégorie A), scruté de près et abondamment commenté. Dernière livraison le 24 janvier, pour les chiffres de décembre. Pôle emploi et le ministère du Travail ne publieront ensuite que des données trimestrielles, « sous un format rénové », annonce le ministère sans plus de détails. Ainsi en a décidé Muriel Pénicaud, au prétexte que les données mensuelles seraient trop volatiles, ce qui brouillerait la vue sur les tendances de fond.

Se focaliser sur les seules variations mensuelles de la catégorie A n’a certes pas beaucoup de sens. En 2008, le Conseil national de la statistique avait d’ailleurs recommandé de mieux prendre en compte l’ensemble des inscrits tenus de rechercher du travail : ceux qui n’ont pas travaillé du tout (catégorie A), ceux qui ont eu une activité réduite courte (catégorie B, moins de 78 heures dans le mois), et ceux qui ont exercé une activité réduite plus longue (catégorie C). Ce dont gouvernants et médias n’ont pas vraiment tenu compte.

Focale sur la catégorie A
Et pour cause. Un retour sur les données harmonisées des vingt dernières années montre comment le chômage a enflé (voir graphique). Le nombre des inscrits à l’ANPE puis à Pôle emploi tenus de faire des recherches d’emploi (catégories A, B et C) est passé de 3,743 millions en janvier 1996 à 5,611 millions en novembre 2017 (1). Les seules petites embellies sont liées à la mise en place des 35 heures (autour de 2000-2002), et aux pics de départs en retraite autour de 2006-2008 (génération des baby-boomeurs), puis entre 2012 et 2017 (assouplissement des conditions de départ en retraite anticipée pour les carrières longues), conjugués en 2015-2016 à une légère baisse du nombre de jeunes arrivant sur le marché du travail. Si l’on ne retient que les demandeurs de catégorie A, les statistiques ont pu faire croire au miracle : de 3,1 millions en 1996, les chiffres sont tombés à 2,4 millions en 2002, et même 2 millions en 2008, avant de remonter, mais presque avec mesure (3,557 millions en janvier 2016 ; 3,454 millions en novembre 2017).

Les résultats des politiques de « flexibilité » – vendues sur le thème : licencier plus facilement pour embaucher plus – se lisent en revanche dans l’explosion du nombre de précaires, alternant chômage et petits boulots. Soit les demandeurs de catégories B et C, le plus souvent laissés dans l’ombre. Ils étaient 620 900 en janvier 1996, soit 16,5 % du total des inscrits tenus à des recherches d’emploi (catégories A, B et C). Ils sont aujourd’hui 2,157 millions, soit 3,5 fois plus, et représentent 38 % du total. Au sein de ces précaires, le nombre de ceux ayant travaillé moins de 20 heures dans le mois précédent est passé de 50 000 à 172 300 en vingt ans, et celui de ceux ayant travaillé moins de 40 heures de 121 200 à 378 900.

Ficelles et radiations
Pour contenir « le » chiffre officiel, les gouvernements successifs ont aussi largement utilisé contrats aidés, grands plans de formation et autres ficelles. Une fois orientés dans ces dispositifs, pas toujours très efficaces, ces chômeurs, dispensés de recherche d’emploi, sont comptabilisés en catégorie D (ceux en formation, en contrat de sécurisation professionnelle après un licenciement économique, de quoi lisser les effets des plans sociaux, mais aussi les malades) et en catégorie E (en contrats aidés, en création d’entreprise). Il y a vingt ans, ces catégories comptaient respectivement un peu plus de 150 000 et de 200 000 inscrits. En janvier 2017, plus de deux fois plus chacune (335 000 et 424 400) – reflet des tentatives du gouvernement Hollande pour inverser la courbe avant les élections (plan 500 000 formations, 320 000 emplois aidés financés en 2017). Ajoutez un peu de zèle sur les radiations (7 300 en avril 1996, 46 900 en novembre 2017) et les « cessations d’inscription pour défaut d’actualisation » doublées sur la même période (de 104 600 à 224 500)… et voilà des statistiques bien propres. Nul doute qu’elles le seront tout autant en devenant trimestrielles.

N.D.L.R


Comme c'est bizarre ! Tous nos dirigeants ne cessent de prôner les mérites de la "flexibilité", tellement moderne, mais " en même temps" ils font tout ce qu'ils peuvent pour dissimuler cette même flexibilité dans les statistiques sur le chômage !

Lesquelles, quand on les regarde de près, démontrent, s'il en était encore besoin, que flexibilité et sécurité ne vont décidément pas du tout ensemble. En tout état de cause, nul besoin d'être de l'INSEE pour constater tout autour de nous qu'il y a beaucoup de flexibilité et peu de sécurité dans l'emploi en France.

Mais, voyez-vous, pour Macron et ceux qui sont derrière lui c'est encore pas assez de flexibilité et beaucoup trop de sécurité.

Quand il n'y aura plus de statut des cheminots, de statut des fonctionnaires quand le mot statut sera devenu un gros mot, quand tous les CDI seront " de chantier", ces messieurs de la finance, et ceux qui les servent, auront atteint leur but : transformer tous les salariés en variable d'ajustement.

Bienvenue dans le troisième millénaire !



Vendredi 2 Mars 2018

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