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« C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches» [Victor Hugo ; L'homme qui rit (1869)]



« La grogne » : dans le bestiaire des mobilisations sociales

Un article de l'excellent site Acrimed.org, que tous les journalistes qui se respectent, et qui respectent leurs lecteurs, devraient avoir lu.



Les cochons grognent. Les manifestants manifestent leur mécontentement.
Les cochons grognent. Les manifestants manifestent leur mécontentement.

par Julien Baldassarra, Jeudi 8 Février 2018



Depuis le 1er janvier 2018, le terme de « grogne » a le vent en poupe. Certains journalistes n’hésitent pas à l’utiliser pour décrire n’importe quelle lutte sociale. Des gardiens de prison aux aides soignantes, tous « grognent » comme des bêtes. Tour d’horizon de ce petit vocable qui, tout en prétendant rendre compte d’un « mécontentement », dépolitise et ridiculise les mobilisations sociales. Julien Brygo pointait déjà quelques articles le 29 janvier dernier sur Twitter, accompagnés d’un commentaire de son cru : « Groin \ɡʁwɛ̃\ masculin – (Zoologie) Museau du cochon, du sanglier. “Des porcs assoupis enfonçaient en terre leur groins.” — (Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1867) ».

Quel est le point commun entre les personnels soignants des EHPAD qui dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail, les professeurs et les étudiants opposés au Plan Étudiants du gouvernement et les gardiens de l’administration pénitentiaire mobilisés suite aux attaques physiques que certains d’entre eux ont subies ces dernières semaines dans l’exercice de leur travail ?

De nombreux médias ont trouvé la solution : tous « grognent ». Nous posions déjà la question en 2003 : « manifestants et grévistes sont-ils des animaux » ? Nous relevions à l’époque combien l’usage à outrance du terme « grogne », et ses connotations péjoratives, contribuaient non seulement à atténuer, dans l’imaginaire des lecteurs, l’ampleur des mobilisations sociales, mais également à les dépolitiser. Nous écrivions alors :

Les manifestants font du bruit, ils ne parlent pas. La « rue » « grogne » mais est incapable de produire une pensée, une parole, une action politique. On retrouve là aussi un des ressorts de disqualification de la dimension politique les plus à l’œuvre de nos jours : l’individualisation et la psychologisation des rapports sociaux.

Quinze ans plus tard, le constat n’a pas pris une ride, pas plus que les mauvais réflexes journalistiques. La « grogne » fait toujours partie du bingo médiatique en période de mobilisations sociales et le terme circule de médias en médias, au mépris des rapports sociaux, de l’ampleur des différentes vagues de contestation et des revendications portées par les salariés.

Passage en revue de ces médias de « démobilisation sociale », usant d’une terminologie dégradante devenue pourtant banale.

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Jeudi 26 Avril 2018

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