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«L'avenir n'est plus ce qu'il était» [Paul Valéry]



Qualité de l'air : pourquoi l'air des îles Canaries est beaucoup moins pur que l'on croit.

La tromperie des indices de qualité de l'air des îles Canaries en général et de celle de La Palma où j’habite désormais atteint aujourd'hui, après plus de deux mois de Calima (voir note à la fin de l'article) un seuil critique.



Image ChatGPT
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Derrière l'étiquette apaisante d'un indice IQA (Indice de Qualité de l'Air) considéré comme « acceptable » parce qu’il est inférieur ou égal à 50 se cache une exposition aux particules fines PM 2,5 qui dépasse presque le double des recommandations annuelles de l'Organisation mondiale de la Santé. 

Cette sémantique administrative, soigneusement entretenue par les organismes publics de prévision météorologique et les autorités locales, sert de paravent pour ne pas effrayer une industrie touristique vitale. Elle impose aux résidents de l'ensemble de l'île une inhalation toxique persistante, qui sévit depuis des générations et ne s'améliore certainement pas avec le temps.  

En effet, il  y a quelques décennies, il devait y avoir effectivement des particules de sable  provenant du Sahara qui s'abattaient sur les îles Canaries. Mais ces particules n'étaient pas polluées par les autres pollutions “modernes”, c'est-à-dire consécutives à l'accélération du dérèglement climatique. Ce qui augmente considérablement la gravité du phénomène.

On pouvait se protéger à l'époque, avec des vêtements, des tempêtes de sable. On ne peut pas se protéger aujourd'hui, de particules fines à moins de 10 µg ou 2,5 µg. ( µg = microgramme par m3 )

Il serait pourtant possible de s'en prémunir en utilisant les masques de protection individuelle, similaires à ceux adoptés durant la pandémie de Covid. (Les masques de type FFP2 sont efficaces pour ce genre de particules). Néanmoins, la population locale ne semble pas sensibilisée à leur usage et à leur efficacité contre les particules fines. 

En six mois de résidence à Tazacorte, et durant les récents épisodes de Calima, je n'ai vu personne portant un tel masque. Mon expérience personnelle fut révélatrice : porter un masque suscitait des regards interrogateurs et une distance prudente de la part des passants, qui l'associaient manifestement à une maladie contagieuse plutôt qu'à une démarche de prévention face aux nuisances de la Calima.

L'illusion du beau temps face au tapis roulant saharien

Le phénomène de Calima qui sévit actuellement, alimenté par des vents d’est inhabituellement persistants en ce début mars 2026, n’est pas une simple brume esthétique ou un voile de beau temps. C’est un transport massif de micro particules minérales capables de franchir la barrière pulmonaire et même lymphatique pour polluer le flux sanguin. 

Voir des enfants jouer à l'extérieur sans aucune protection pendant que les chiffres officiels restent « à l’orange » est une vision d'autant plus révoltante que cette pollution invisible provoque des inflammations systémiques immédiates. Contrairement aux particules plus grossières, les PM2,5 ne sont pas filtrées par les voies aériennes supérieures et s'accumulent durablement dans l'organisme des plus vulnérables. C'est à dire es enfants et les personnes âgées.

Le piège de l'indice « Correct » à 50

Il est impératif de comprendre que la mention « Correct » associée à un indice IQA jusqu'à 100 (!) est un leurre dangereux.

Pour beaucoup de touristes qui consultent leurs applications avant de sortir, ce score est interprété comme un certificat d'innocuité. En réalité, un IQA de 50 correspond à une concentration de particules PM2,5 qui avoisine les 12 µg/m³, soit plus du double du plafond de 5 µg/m³ préconisé par l'OMS pour la santé à long terme.

Qualifier cet air de “correct” est une complaisance sémantique qui masque une agression biologique réelle. Ce seuil de 50 a été fixé pour éviter de déclencher des alertes publiques trop fréquentes, privilégiant la tranquillité économique à la sécurité sanitaire des visiteurs et des résidents.

Durant la dernière vague de Calima, l'indice IQA a atteint plus de 150 dans certaines parties est de l'île, soit plus de dix fois la norme officielle de l'OMS.

J'ai eu de la chance en choisissant de résider à Tazacorte, sur la côte ouest de l'île. En effet, la Calima arrive de l'est et se trouve bloquée en grande partie par le massif montagneux du centre de l'île, avant d'être renvoyée vers le nord-est de l'île. Mêmes choses pour les pluies qui sont beaucoup plus fréquentes dans l'est de l'île.


Le contraste est d'ailleurs saisissant lorsqu'on arrive de l'aéroport, ou du ferry,  situés au nord-est de l'île et que l'on sort du tunnel qui traverse la montagne du centre de l'île. Le soleil remplace alors la pluie et le brouillard qui règne généralement tout au long de la traversée de l'île. Même les stations de météo, situées généralement à l'est de l'île, se trompent régulièrement et affichent de la pluie, alors que, comme c'est le cas aujourd'hui, il fait un soleil radieux à Tazacorte. Radieux, c'est-à-dire sans nuages.

A cet égard c’est la même chose en ce qui concerne les observatoires officiels de qualité de l’air, qui se trouvent toutes dans l'est de l’île.En tout cas en ce qui concerne les stations officielles. Heureusementil y en a une non officielle mais relevant et validée en permanence par un organisme tout à fait reconnu dans le monde, bien que non validé par les stations officielles. Pourtant la différence d'indice est tout à fait conséquente car elle peut aller de l'indice 50 à l’est, à l'indice 3 de l'autre.

 

Des indicateurs sanitaires alarmants et passés sous silence

La réalité clinique de l'île dément catégoriquement la complaisance des indices météo. Les données épidémiologiques révèlent que la population de La Palma présente une prévalence de pathologies respiratoires et cardiovasculaires supérieure de 15 % à 20 % par rapport aux moyennes enregistrées sur le continent. 

Ce surplus de morbidité n'est pas une fatalité génétique, mais la conséquence directe d'une exposition chronique à des aérosols désertiques chargés de silicates et de métaux traces. 

Ce différentiel statistique majeur confirme que l'air insulaire, malgré son apparente clarté, porte une charge sanitaire lourde que les seuils nationaux refusent de comptabiliser comme une pollution réelle.

L'omerta médicale : un tabou local bien gardé

Le tabou médical qui entoure cette situation est la pièce maîtresse d'une machine de communication bien huilée. Malgré ces chiffres inquiétants, le silence des centres de soins et des hôpitaux demeure total.

Comme j'ai pu l'observer par le passé en Andalousie avec la Nubia ou en Thaïlande avec le Haze, le diagnostic environnemental est systématiquement évacué au profit d'un traitement symptomatique isolé. On préfère taire la corrélation directe entre les pics de Calima et l'engorgement des urgences pour préserver l'image d'un paradis climatique. Cette dissimulation volontaire laisse une population entière dans une ignorance dangereuse face à un air qui s'avère être un vecteur de contamination chronique.

Un lien biologique indiscutable

Le lien direct entre la dégradation de la qualité de l'air aux Canaries et l'augmentation des pathologies respiratoires repose sur la composition physique et chimique des aérosols désertiques.

La pénétration alvéolaire constitue le mécanisme central : ces particules de moins de 2,5 micromètres franchissent les barrières naturelles pour provoquer une inflammation systémique. La présence de silicates, de spores et de bactéries transportés depuis l'Afrique transforme chaque inspiration en une agression pour le tissu pulmonaire. 

Cette réactivité bronchique accrue explique l'augmentation immédiate des admissions pour asthme ou insuffisances cardiaques lors des épisodes de poussières, maintenant les organismes dans un état inflammatoire latent tant que les autorités se refusent à briser ce silence sanitaire.

N.D.L.R 

La Calima, aux Canaries, désigne un épisode de brume sèche composée de poussières sahariennes en suspension, transportées par des vents chauds de secteur est/sud‑est, qui réduisent fortement la visibilité et dégradent la qualité de l’air.
 

Définition simple

En météorologie canarienne, la calima est un nuage de poussières et de sable très fins venant du désert du Sahara, porté par un air chaud et sec.
 

Elle se manifeste par un ciel blanchâtre ou jaune‑orangé, une atmosphère brumeuse mais sèche (ce n’est pas du brouillard d’eau) et une visibilité parfois très faible.
 

Origine et mécanisme

Des tempêtes de poussière au Sahara soulèvent des particules (quartz, argiles, etc.) qui sont prises dans des vents de sud‑est puis advectées vers l’archipel canarien.
 

Aux Canaries, on parle de Calima dès que cette poussière saharienne forme une brume atmosphérique persistante, parfois visible sur des images satellite couvrant plusieurs centaines de kilomètres.
 

Effets principaux

Températures en hausse, air très sec, ciel jaune‑orange, visibilité réduite, dépôts de poussière sur toutes les surfaces (voitures, terrasses, panneaux solaires, etc.).
 

Dégradation nette de la qualité de l’air (hausse des concentrations de particules fines, notamment PM10), avec risques d’irritation des voies respiratoires pour les personnes fragiles.
 

Période et fréquence

Les épisodes peuvent se produire toute l’année mais sont plus fréquents en hiver, en particulier entre janvier et mars.
 

Ils durent de quelques heures à plusieurs jours selon la situation météo et l’intensité de la poussière saharienne en amont.

À noter que j'ai expérimenté la même situation en ce qui concerne les nuisances de la qualité de l'air et les silences des autorités dans deux autres endroits paradisiaques où j'ai eu l'occasion d'habiter, à savoir :

→ la Thaïlande, avec ce qu'ils appellent le Haze, dans les îles de Koh Samui et Ko Phangan, où j'ai habité sept ans. Une pollution intense provenant du brûlage annuel des forêts d'Indonésie pour y planter des arbres Industriellement rentables. 

→ l'Andalousie, où j'ai habité 7 ans également, et où sévit le problème récurrent de la Nubia, brouillard très intense qui lui aussi provoque une dégradation importante de la qualité de l'air qui est largement inconnue de la population locale et des nombreux touristes et résidents étrangers qui y habitent.

→ J'ai appris récemment que les très nombreuses et "paradisiaques" îles grecques sont elles aussi affectées par ces problèmes de qualité de l'air. À quoi s'ajoutent les problèmes de pollution provoqués par les innombrables paquebots de croisière et tankers qui sillonnent en permanence les eaux de ces îles jadis enchanteresses.


Le reste du monde n'est pas épargné.

Le rapport annuel IQAir publié le 24 mars 2026 est sans appel : seulement 13 pays sur 143 étudiés respectent la valeur guide de l'OMS pour les particules fines PM2,5 (≤ 5 μg/m³). La France n’en fait pas partie. 

Autrement dit, 91% des pays du monde dépassent les seuils jugés sûrs pour la santé ( voir Citepa.org dans les sources, plus loin).

 


   
 

Sources:

Citepa.org
https://www.citepa.org/seuls-treize-pays-dans-le-monde-respirent-un-air-sain-dont-trois-en-europe/

Organisation Mondiale de la Santé - Directives sur la qualité de l'air
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/ambient-(outdoor)-air-quality-and-health

IQAir - Comprendre l'indice IQA US vs standards mondiaux

https://www.iqair.com/fr/newsroom/usa-aqi-vs-world-standards

Copernicus Atmosphere Monitoring Service - Suivi des poussières sahariennes
https://atmosphere.copernicus.eu/catalogue

Gobierno de Canarias - Surveillance de la qualité de l'air
https://www.gobiernodecanarias.org/medioambiente/temas/prevencion-y-control-de-la-contaminacion/calidad-del-aire/

Institut de Santé Globale de Barcelone - Études sur les particules fines
https://www.isglobal.org/fr/air-quality-ranking

 


Lundi 27 Avril 2026

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