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Le blues du baby-foot

Je vous parle d'un temps que les moins de 50-60 ans ne peuvent pas connaître. Du temps où j'étais au lycée (Oh oui , papy raconte moi les années 60 ! ) il n'y avait que deux types de jeux dans les cafés, en tous cas ceux que je fréquentais : le flipper et le baby-foot. Je n'aimais pas le flipper mais je fus un acharné du baby-foot. Après quelques mois d'entrainement intensif j'étais capable, avec une seule pièce de 20 centimes, de passer la journée entière à jouer au baby. Et je n'étais pas le seul. C'est pour cela que cet article n'a pas manqué de raviver chez moi de vieux et agréables souvenirs. En ce temps là, autour de moi en tous cas (je vivais dans le milieu dit "populaire" on ne buvait pas, on ne connaissait ni la Marie Jeanne ni encore moins la coke, réservées alors au milieu dit "aisé" ou "bourgeois" et donc absolument hors de portée de nos maigres bourses, on jouait au baby des journées entières. Un excellent article du blog Contre-Pied



Le blues du baby-foot
Les Etats-Unis sont devenus champions du monde de babyfoot la semaine dernière. Franchement, ça m’a fichu un coup. Ça m’a gâché mon week-end de Coupe de France de football, la bataille en H Cup pour savoir qui empocherait la recette des quarts en allant jouer au rugby qui à Barcelone, qui à Saint-Sébastien. Ce n’est pas tellement que je n’aime pas les Amerloques, au contraire, mais une victoire de la Hongrie contre la France en handball ne m’aurait pas autant décontenancé. Penser qu’au pays du Big Lebowski des types ont créé des centres d’entraînement off shore, importés des Bonzini, pour nous humilier chez nous, à Nantes, cela me file les jetons. Et d’ailleurs, poignées longues ou poignées courtes ?

Il n’y a pas si longtemps, quand on pouvait fumer dans les bars et rester des après-midi entiers dans le bistrot en ne consommant que du café et quelques Stella froides, en comptant nos francs déduits des allocs entre deux jobs de cadre à prendre ou à laisser, il me semblait que notre avance en souplesse du poignet et torsion de la barre d’attaque nous laisserait des décennies d’avance sur la concurrence mondiale. Puis, vous connaissez la suite, on a changé la taille de la fente, on est passé à l’Euro. Après cela, on a dévissé les cendriers qui encadraient la cage du gardien. Inévitablement, après un temps, la tasse de kawa a passé les 7 francs convertibles et la bière a moussé à 10. Beaucoup de nos champions se sont alors tournés vers leur sponsor : le patron du bar.

- Dis-donc Boulie, file nous les clés du babe… Allez ! Sinon on va perdre la main.

- Macache. Déjà vous buvez à deux à l’heure, vous laissez plus de peaux de cacahuètes par terre que de pourboire et vous gênez mes nouveaux clients qui viennent prendre leur capuccino de quatre heures et demie avec leurs enfants à la sortie de la crèche. Le bruit de la gamelle effraie les gosses.

C’était écrit. Petit à petit, faute de joueurs, les babys ont été dégagés des cafés. Et là, un beau soir, on est rentré chez Roger et à la place du baby, on a trouvé une table de mixage derrière laquelle un jeune blême, la tête sous un bonnet, mixait des CD d’électro ambiance « lounge », avec des stagiaires habillés genre prêt-à-porter sirotant des cocktails de fruit rouge drainant devant un comptoir illuminé comme un semi-remorque béatifié roulant la nuit entre Lisbonne et Séville.

Ni une ni deux, on s’est dit qu’il a fallait être propriétaire de notre bécane. On a appelé la maison mère Bonzini, sise à Bagnolet, et on a demandé les prix. De plus de 2 000 € à 3 000 selon la personnalisation de notre terrain, des joueurs, des poignées, les couleurs du coffre et vas-y ! Je ne te parle pas de la version compète ! Déception terrible. On s’est regardé dans notre studio (on vit en collocation) et je sais plus qui a dit : « Bon, de toute façon, faut se faire une raison, il ne serait pas rentré dans la pièce. »

Puis, c’est vrai, aussi parce que la vie nous a amené à bosser de droite et de gauche, on a chacun eut sa piaule, une nana aussi, des fois. Je ne me souviens plus qui a commencé mais on a découvert par dépit les avantages de la Playstation. A tous points de vue. Moins chère qu’un babyfoot, elle rentre au fond du pieux, on peut jouer seul en fumant (même des joints) et en picolant tout son saoul. On s’est mis à jouer en réseau. Vers 40 ans, l’ancienne équipe de chez Boulie avait des cales au bout des doigts à force de branler le bâton-qui-fait-jouir ( joystick ). Au boulot, certains fayots nous faisaient remarquer qu’on avait des yeux de lapins ukrainiens lors de la réunion stratégique du lundi matin. On expliquait pourquoi : refaire les matchs du week-end après « l’Equipe du Dimanche » ça mordait sur notre capital sommeil. Un autre lundi, on ne s’est pas réveillé. On a été licenciés économique. On s’est retrouvé chez Boulie pour discuter de tout ça, comme au bon vieux temps. Boulie, a vendu son bar lounge à Starbuck et fait désormais saucisson-fromage et verre de rouge pour moins cher qu’un demi-café. Faut dire qu’il a une « Licence II » à Gennevilliers maintenant. C’est moins bondé que le canal Saint-Martin.

Pourtant, on n’était pas plus tristes que ça, parce que tout d’un coup, on était tous ensemble. Comme avant. Et là, je me rappelle, Boulie nous a tendu « Le Parisien » ouvert. Les yeux rivés sur la double page on a lu presque à voix haute : « Un Français de 13 ans champion du Monde de Playstation Fifa 10. » Alors là, on a bien compris que le nouveau jeu allait consister à courir après notre retraite, ce qui allait occuper tout ou partie de nos nuits blanches. Jusqu’à ce qu’un américain brandisse le trophée mondial de babyfoot l’autre dimanche. Ce matin, on s’est appelé et nous avons décidé, presque sans nous concerter, que pour arriver à nous regarder en face, il nous fallait un nouveau challenge. Direction l’Amérique. Avec nos poignées d’amour, on va se mettre au bowling quelque part dans le Mississippi. Big Lebowki, prend garde à toi.

O.V.

Source : Blog Contre-Pied Le Monde

N.B

Ma spécialité de l'époque, avec les boules molles, car impossible à faire avec les boules dures, c'était le le duel façon Far West ( on était en plein dedans à ce moment là) c'est à dire : Avec la barre de l'avant centre lâcher la poignée, mettre la main derrière le dos ou au dessus de la poignée et décocher un tir puissant le plus rapidement possible,juste en posant le main sur la poignée et avec un très rapide mouvement de poignet.

Ah ! Qui dira le bruit merveilleux de la balle s'écrasant au fond des buts adverses.

Bien sûr, cela faisait encore plus de bruit avec les balles en bois mais cela faisait un peu "bûcheron" et on ne pouvait, avec ces balles, décocher des tirs aussi spectaculaires que le "duel Far West". De fait on était limité aux "enroulés" en avant ou en arrière ou même conjugués, et aux "coup du bûcheron" justement, qui consistait à taper comme un sourd plusieurs fois sur la balle, sans décocher de tir, pour finalement tirer quand on ne s'y attendait plus. Au final cela faisait d'ailleurs tellement de bruit que les patrons finissaient immanquablement par remplacer les boules en bois par des boules en plastique. Pour les bûcherons le fin du fin était de faire une "gamelle" c'est à dire taper tellement fort dans la balle que non seulement elle entrait dans les buts adverse, mais elle en ressortait aussi vite. Jusqu'à, parfois revenir dans les buts de celui qui avait délivré ce coup de canon. Au grand dam de celui-ci. C'était tout le problème des bûcherons ; ils ne connaissaient pas leur force.

J'ai toujours préféré les artistes aux bûcherons.

Ne voyez là aucun ostracisme à l’encontre de cette noble et très respectable profession. C'est juste une question de goût personnel.

Mercredi 26 Janvier 2011

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