;
WEB SIDE STORIES- Site personnel de Guy DERIDET
Web Side Storie
WEB SIDE STORIES

«L'avenir n'est plus ce qu'il était» [Paul Valéry]



Le Futur de l'Education face à l'Intelligence Artificielle, par Idriss Aberkane

Un sujet d'actualité, s'il en est. Cette conférence d'Idriss Aberkane date d'il y a deux ans. Le moins qu'on puisse dire, et j'en suis persuadé personnellement depuis longtemps, c'est que, en dépit de quelques défauts, dont un égo certes surdimensionné, mais avec quelques raisons, cet homme est un génie.



Image : Seedream 4.5 via Openrouter
Image : Seedream 4.5 via Openrouter
Et, bien sûr, en France comme ailleurs et de tout temps, les génies, on n'aime pas ça. Surtout dans les milieux intellectuels, éducatifs et politiques. 

Parce que, par sa nature même, un génie ne peut pas être docile. 

Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas de la nullité actuelle de ce que d'aucuns osent appeler notre "élite intellectuelle". En tout cas, celle qui tient serrées les rênes de notre pays depuis des décennies.

Ceci étant posé, j'ai regardé avec beaucoup d'attention cette conférence donnée par Aberkane il y a deux ans. Et j'ai été franchement sidéré par la justesse de ses propos d'alors.

En effet, deux ans plus tard, cette conférence se révèle, dans l'ensemble, tout un fait prémonitoire. Comme cela sera démontré dans la suite de cet article. 

Quant à la nullité de notre élite politique, intellectuelle et éducative, on peut constater qu'elle non plus n'a pas pris une ride. 

Cette dernière critique étant parfaitement justifiée par le fait indéniable que la France, et plus particulièrement l'Éducation nationale française, est en train de prendre un retard considérable, qu'elle ne rattrapera jamais, en matière d'intelligence artificielle. 

Certes, nous aurons toujours en France des génies dans tous les domaines. 

Mais, comme c'est le cas depuis trop longtemps, ils iront,  pour la plupart, gagner leur vie, ailleurs qu'en France. 

Quand on observe la vitesse avec laquelle les intelligences artificielles se développent depuis quelques mois, on ne peut qu'être horrifié par la bêtise, et l'inaction qui en résulte, de nos autorités politiques, intellectuelles et surtout éducatives. 

En effet, les élites nullissimes et les politiques en dessous de tout disparaîtront, mais notre jeunesse, qui est désormais tout ce qu'il nous reste, ne pourra que pâtir de cette coupable inaction de leurs aînés.

La faillite de ceux qui nous gouvernent est tellement béante que j'en viens à me demander si elle ne serait pas déjà largement contaminée par la nouvelle doxa américaine, façon Trump. 

Certes, Trump, en dépit de son intelligence obtuse, est absolument pour l'intelligence artificielle, mais uniquement comme instrument de domination et certainement pas comme un instrument d'éducation.

Quant à celles et ceux de la High-tech US, ils se sont, pour les plus importants, rangés docilement derrière Trump. Il est même avéré que les plus hauts responsables ont autorisé le gouvernement américain à utiliser, sans limites, le fruit de leur travail, ce qui inclut évidemment l’utilisation par l’armée. 

Tout simplement parce qu’elle a déjà le pouvoir économique et que, pour le reste, sa seule préoccupation est l’argent. Et, du fric,  elle n'en aura jamais assez. 

Même si leurs enfants, ou leurs petits-enfants devront en souffrir.


La conférence d'Aberkane sur l'éducation face à l'IA — deux ans après.

 

Chaîne YouTube : Idriss Aberkane

https://www.youtube.com/watch?v=QaDilpBgqFk&

Présentation générale

La conférence d'Idriss Aberkane intitulée « Le Futur de l'Éducation face à l'Intelligence artificielle » est structurée en trois actes fondateurs :

→ pourquoi on éduque, 

comment on éduque, 

qu’est-ce qu’on enseigne ?

L’auteur puise dans les domaines de la géopolitique, des neurosciences, de la philosophie ancienne et de l'ingénierie pour dresser un portrait à la fois analytique et prospectif du système éducatif face à la révolution de l'intelligence artificielle. Deux ans après sa diffusion, les tendances qu'elle annonçait se sont en partie confirmées — parfois même dépassées — par les faits.
 

Point 1 — L'IA est la nouvelle « machine à vapeur »

La thèse d'Aberkane

Aberkane pose une analogie centrale et puissante : comme la machine à vapeur a bouleversé les rapports de puissance entre nations au XIXe siècle (écrasant la Chine malgré son génie inventif, propulsant le Japon grâce à son industrialisation forcée), l'IA est la nouvelle machine à vapeur de l'esprit. Celui qui la maîtrise domine ; celui qui la subit est colonisé intellectuellement. Vladimir Poutine avait déclaré dès 2017 que « celui qui dominera l'IA dominerait le monde » — citation qu'Aberkane reprend comme avertissement géopolitique. 

Ce qu'on observe en 2026

La thèse est plus que validée. En France, 99% des étudiants utilisent les IA génératives et 92% en font un usage régulier. En 2025, 45% des Français déclaraient utiliser l'IA régulièrement, et ce chiffre montait à 85% chez les 18-24 ans. La course aux LLM (GPT, Gemini, Claude, DeepSeek) entre les États-Unis, la Chine et l'Europe reproduit effectivement la dynamique de puissance industrielle décrite par Aberkane. Le risque d'une souveraineté éducative compromise par des IA "made in USA" ou "made in China" — qu'il pointait — a conduit le ministère de l'Éducation nationale français à lancer en 2025 un appel à projets de 20 millions d'euros pour développer une IA souveraine à destination des enseignants. 

Point 2 — L'éducation idéale : un Léonard de Vinci pour chaque élève

La thèse d'Aberkane

L'un des passages les plus forts de la conférence est la métaphore de Léonard de Vinci précepteur de François Ier : l'éducation idéale consisterait à placer face à chaque élève un mentor exceptionnel, comme Alexandre le Grand eut Aristote. Impossible économiquement, mais l'IA pourrait nous en rapprocher. Selon Aberkane, la véritable substance de l'enseignement ne réside pas dans la note, mais dans l’évaluation, et l’intelligence artificielle (IA) est capable de corriger sans porter de jugement, à une fréquence nettement supérieure à celle d'un enseignant humain (en comparant les simulateurs de vol aux jeux vidéo, qui corrigent " des dizaines de fois par seconde"). 

Ce qu'on observe en 2026

C'est précisément ce que les études empiriques confirment. Des essais contrôlés randomisés en Turquie ont montré des gains de performance de 48% avec un chatbot standard, et jusqu'à 127% avec un tuteur IA conçu pédagogiquement pour guider l'apprentissage par étapes progressives. Une étude de Harvard citée par l'OCDE confirme qu'un tuteur IA maintenant les apprenants dans leur zone proximale de développement génère une motivation et un engagement supérieurs à ceux d'une formation en salle. Les systèmes adaptatifs produisent régulièrement des gains de l'ordre d'une dizaine de points sur des mesures standardisées. La vision d'Aberkane se matérialise — mais lentement et inégalement : seuls 24% des élèves français ont accès à des outils IA en classe, contre 44% en Italie.

Point 3 — La note est un instrument fiduciaire, pas éducatif.

La thèse d'Aberkane

Aberkane distingue radicalement la correction (matière première de l'apprentissage) de la note (instrument fiduciaire, c'est-à-dire de confiance sociale). La note rassure parents et employeurs, mais peut détruire l'appétit d'apprendre en associant la correction à la souffrance. Il invoque l'effet de sur justification : des personnes récompensées financièrement pour résoudre un problème créatif performent moins bien que celles qui reçoivent une simple reconnaissance. Des pays comme Singapour et la Finlande ont éliminé les notes dans certaines parties de leur programme. 

Ce qu'on observe en 2026

La réalité est nuancée. Les expériences nordiques confirment partiellement Aberkane : en Norvège, l'introduction des notes dès la sixième fragilise la motivation et les résultats. En Finlande, l'évaluation qualitative est pratiquée jusqu'à 10-11 ans. Mais les résultats PISA 2022 tempèrent l'enthousiasme : la Finlande, autrefois modèle absolu, n'occupe plus que la 12e place mondiale. L'absence de notes crée du bien-être scolaire, mais ne garantit pas l'excellence académique — preuve que la correction bienveillante seule ne suffit pas sans un cadre pédagogique rigoureux. En France, la suppression des notes reste un débat politique sans traduction systémique. 

Point 4 — Le système scolaire, héritier de l'industrialisme militaire

La thèse d'Aberkane

L'un des arguments les plus percutants de la conférence est historique : l'école telle que nous la connaissons est une création de la révolution industrielle et des impérialismes militaires. Jules Ferry, père de l'école laïque, était aussi ministre des Colonies et théoricien de la « mission civilisatrice ». Les trois fondateurs de l'école publique française avaient publiquement assumé en faire « l'antichambre de la caserne ». Il en résulte une structure rigide, centralisée, fondée sur la discipline, l'uniformité et la résignation — à rebours de l'épanouissement. La France, contrairement à la Suisse (sans ministère de l'Éducation, décentralisée), reproduit un modèle impérial. 

Ce qu'on observe en 2026

Ce constat structurel reste totalement d'actualité. En 2025, 80% des enseignants français n'avaient reçu aucune formation à l'IA, alors que 92% de leurs élèves l'utilisaient régulièrement. La France a publié son premier "Cadre d'usage de l'IA dans l'enseignement" seulement en juin 2025, fruit d'une consultation nationale. La rigidité administrative que dénonce Aberkane — une structure qui l'emporte toujours sur la culture, comme il le dit avec le concept d'autopoïèse sociale — se traduit concrètement de la manière suivante : les professeurs les plus aimés et les plus pédagogues restent les plus exposés à une inspection négative. L'institution punit ce qu'elle devrait récompenser. 

Point 5 — Le « neurofascisme » contre la « neurosagesse »

La thèse d'Aberkane

Aberkane forge le concept de neurofascisme pour désigner une vision de l'humain réduit à trois fonctions : jouir, produire, obéir. Il l'oppose à la neurosagesse, qui place l'épanouissement au centre. Il dénonce la tentation, déjà en cours en Chine, de recourir à des substances (amphétamines, nootropiques) pour améliorer les performances scolaires, et anticipe les dérives des interfaces cognitives (Neuralink, Apple Vision) qui risquent de rendre l'homme "augmenté" mais aussi dépendant — voire "diminué" quand il est séparé de ses outils. 

Ce qu'on observe en 2026

Cette dimension est confirmée par les neurosciences et les rapports récents. L'OCDE alerte dans son "Digital Education Outlook 2026" : performer avec l'IA ne signifie pas apprendre. L'utilisation de l'IA comme "raccourci" fragilise la plasticité cérébrale et la densification des réseaux neuronaux. Les modèles de langage modifient la façon dont les étudiants mobilisent leur raisonnement, ce qui "peut mener à une fragilisation de leur capacité analytique". Les travaux de Polytechnique Insights (2026) confirment que l'engagement cognitif actif est irremplaçable pour l'apprentissage profond. Aberkane avait raison : l'IA bien conçue libère, mal conçue elle aliène. 

Point 6 — La Bottega de Léonard comme modèle d'école idéale

La thèse d'Aberkane

Aberkane propose le modèle de la Bottega florentine — l'atelier de Verrocchio où Léonard de Vinci entra à 14 ans — comme antidote au modèle industriel. Une Bottega est interdisciplinaire, autofinancée, tourne autour de la commande réelle (pas d'examens abstraits), favorise l'émulation plutôt que la compétition administrative, et forme des "grands maîtres" capables de résoudre des problèmes ouverts. Il y associe la méthode ingénieuse (essai-erreur-correction-production), l'ancêtre de la méthode scientifique, qu'Edison et Tesla ont utilisée sans diplôme. Il plaide aussi pour enseigner la persévérance et l'anti-fragilité — ce que l'école actuelle déteste, car elle déteste l'erreur. 

Ce qu'on observe en 2026

Ce modèle reste marginalisé dans les systèmes publics, mais gagne du terrain dans la formation professionnelle et les filières d'excellence. Les filières CAP artisanales françaises, fonctionnant sur le mentorat, sont devenues attractives internationalement. Des pédagogies de type project-based learning et des écoles comme 42 (sans cours magistraux ni professeurs, basées sur la méthode par les pairs et les projets) incarnent partiellement la vision de la Bottega. L'INSERM note que la meilleure façon d'utiliser l'IA dans l'apprentissage est d'encourager l'élève à anticiper la réponse avant de la soumettre, pour apprendre de l'écart — c'est exactement la méthode ingénieuse appliquée au numérique. 

Point 7 — L'IA va pousser vers Diogène, pas vers Platon

La thèse d'Aberkane

La conclusion philosophique de la conférence est saisissante : si l'IA excelle dans la dimension académique (mémorisation, synthèse, argumentation), elle est radicalement incompétente en sagesse. Aberkane oppose le modèle de Platon (académique, théorique, structuré) à celui de Diogène (introspection, expérience directe, connaissance de soi). Confucius, transformé par sa rencontre avec Lao Tseu, accéda aux "sphères célestes où personne ne peut capturer un dragon" — et c'est là que l'IA ne peut pas aller. L'éducation de demain devra favoriser ce que l'IA ne peut pas remplacer : la sagesse, la conscience de soi et la pensée critique.

Ce qu'on observe en 2026

C'est la tension la plus vive de notre époque. La recherche de l'OCDE le confirme : l'IA peut performer sans que l'élève apprenne vraiment. Elle peut atteindre ses limites face à une motivation faible ou à un manque d'interaction humaine. Les neurosciences confirment l'irréductibilité de l'engagement cognitif actif et de l'émotion dans la construction mémorielle profonde. Socrate disait que sa sagesse ne se transmettait "que d'humain à humain" — Aberkane s'en fait l'écho. Deux ans plus tard, aucun outil d'IA n'a réussi à simuler la Maïeutique. 

Bilan : ce qu'Aberkane avait juste, ce qui mérite d'être nuancé

Thèse d'Aberkane    Validation 2026    Nuance

L'IA = nouvelle machine à vapeur géopolitique    
✅ Confirmé    La propagation est plus rapide et plus ouverte qu'il ne le craignait.

L'IA peut personnaliser comme un précepteur    
✅ Confirmé par Harvard, OCDE    Uniquement si conçue pédagogiquement ; sinon effet inverse.

La note n'est pas un outil éducatif    
✅ Partiellement confirmé    L'absence de notes seule ne garantit pas l'excellence (PISA)

L'école héritière de l'industrialisme militaire    
✅ Structure toujours rigide    Légères évolutions : cadre national IA, MIA Seconde

Risque de neurofascisme technologique    
✅ Alertes OCDE et neurosciences    Risque réel, mais évitable avec une IA pédagogiquement intentionnelle

Modèle Bottega + méthode ingénieuse    
⚡ Marginal, mais croissant    Les filières CAP, l’école 42 et les pédagogies actives en pleine croissance

L'IA ne peut pas remplacer la sagesse    
✅ Unanimement confirmé    C'est le consensus des chercheurs en cognition.


Conclusion : une conférence en avance sur son temps

La conférence d'Aberkane souffre de quelques défauts de forme — un récit parfois hagiographique de lui-même, des généralisations historiques audacieuses, et une controverse persistante sur certaines de ses affirmations. 

Mais sur le fond, deux ans après, elle se révèle remarquablement prémonitoire. 

L'urgence qu'elle signalait — intégrer l'IA dans l'éducation non pour produire des esclaves dociles, mais pour créer les conditions de l'épanouissement humain — est devenue l'enjeu central des politiques éducatives mondiales. 

La question n'est plus "faut-il intégrer l'IA à l'école ?" mais "comment le faire sans sacrifier ce que l'humain a d'irréductible ?" C'est précisément la question qu'Aberkane posait.


 


Mardi 19 Mai 2026

Lu 41 fois

Nouveau commentaire :
Twitter

Mode d'emploi de ce site | Edito | Humour | Santé | Intelligence Artificielle | Covid-19 | Informatique | Sexualités | Politique | Coup de gueule | Coup de coeur | Voyages | Divers | Télécoms | Smartphones | Musique | Archives | Dernières nouvelles | Bons plans | Belles annonces | Environnement | Partenaires