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«L'avenir n'est plus ce qu'il était» [Paul Valéry]



La Calima aux Canaries : un problème de santé publique méconnu


Ce matin, comme le mois dernier, les prévisions météo signalent l'arrivée d'un nouvel épisode de Calima cet après-midi. L'indice de qualité de l'air (AQI) devrait dépasser 160, frôlant 170. Un chiffre qui, sur le papier, clignote en rouge. Mais ce que peu de gens savent, c'est ce que ce chiffre signifie concrètement pour nos poumons.



Image ChatGPT
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La Calima est un phénomène météorologique propre à l'archipel des Canaries et, plus largement, à toute la façade atlantique de l'Afrique du Nord-Ouest.
 

Il s'agit d'un vent chaud et sec venant du Sahara qui transporte des millions de tonnes de poussière désertique sur des milliers de kilomètres jusqu'aux îles. Elle peut survenir à n'importe quelle période de l'année, mais elle est particulièrement fréquente en hiver et au printemps. 
 

Visuellement, le ciel prend une teinte jaune ou orangée caractéristique, la visibilité chute parfois à quelques kilomètres, et une fine pellicule de sable rougeâtre recouvre voitures, terrasses et végétation. 
 

Beaucoup de résidents étrangers, notamment les nombreux Allemands, Britanniques et Nordiques installés sur l'île, la perçoivent comme un simple désagrément esthétique ou climatique. J'ai même vu beaucoup de ces touristes se prélasser toute la journée au soleil en période de Calima !

C'est une grave erreur : la Calima est avant tout un événement de pollution atmosphérique majeur, avec des conséquences sanitaires réelles et documentées.

 




Un indice fait pour rassurer plutôt qu'alerter

L'indice AQI, qui va de 0 à 500 (souvent tronqué à 200 dans les applications grand public), a été conçu dans les années 1970 par l'agence américaine de protection de l'environnement (EPA).

Le problème ? Ses seuils n'ont jamais été recalibrés pour tenir compte des recommandations de l'Organisation mondiale de la santé, qui a abaissé en 2021 sa norme pour les particules fines PM2.5 à
5 µg/m³ par an.(
µg =microgramme)

Toutes les applications de météo reprennent cette classification trompeuse. Résultat, le décalage est saisissant :

AQI affiché

Concentration réelle (PM2.5)

Ce que ça représente

50 — "Bon" 🟢

jusqu'à 12 µg/m³

2,4× la norme OMS

100 — "Modéré" 🟡

jusqu'à 35 µg/m³

7× la norme OMS

160–170 — "Mauvais" 🔴

environ 60–70 µg/m³

12 à 14× la norme OMS

Autrement dit : lorsque votre application affiche 99 en jaune et vous dit que tout va bien, vous respirez un air qui contient 7 fois plus de particules fines que ce que l'OMS considère comme acceptable. L'indice AQI, dans sa conception même, normalise une pollution qui ne devrait pas l'être.

Sources :

→ Suie et brume saharienne sur la santé cardiaque des Canariens (CSIC) : https://www.ipna.csic.es/en/blog/soot-and-haze-are-taking-their-toll-hearts-canary-islanders

→ Carte qualité de l'air en temps réel aux Canaries : https://aqicn.org/map/canarias/fr/

→ Arrivée de masses d'air africain en 2026 (Science Media Centre) : https://sciencemediacentre.es/en/iberian-peninsula-and-canary-islands-register-arrival-african-air-masses-dust-concentrations

 


 

La Calima : bien plus que du sable dans l'air

Beaucoup de résidents et de touristes perçoivent la Calima comme un phénomène pittoresque — le ciel qui jaunit, la visibilité qui baisse, une fine couche de poussière sur les voitures. La réalité est plus sérieuse.

La Calima transporte depuis le Sahara :

→ Des particules PM2.5, suffisamment petites pour traverser les bronches et atteindre directement les alvéoles pulmonaires, puis le sang

→ Des métaux lourds : fer, aluminium, manganèse

→ Des spores de champignons et bactéries qui survivent au voyage de plusieurs milliers de kilomètres

→ Des polluants chimiques captés au passage

Des études scientifiques espagnoles ont documenté une augmentation de près de 30% des hospitalisations d'urgence pour pathologies respiratoires (asthme, BPCO) lors des épisodes de Calima intenses dans les îles Canaries. L'effet s'aggrave à partir du cinquième jour consécutif d'exposition.

Sources :

→ Suie et brume saharienne sur la santé cardiaque des Canariens (CSIC) : https://www.ipna.csic.es/en/blog/soot-and-haze-are-taking-their-toll-hearts-canary-islanders

→ Carte qualité de l'air en temps réel aux Canaries : https://aqicn.org/map/canarias/fr/

→ Arrivée de masses d'air africain en 2026 (Science Media Centre) : https://sciencemediacentre.es/en/iberian-peninsula-and-canary-islands-register-arrival-african-air-masses-dust-concentrations

 


 

Une pollution qui n'est pas "accidentelle"

Ce qui est moins connu, et pourtant documenté scientifiquement, c'est que la pollution aux particules fines aux Canaries n'est pas limitée aux épisodes de Calima. Les îles se trouvent en permanence sur la route des masses d'air saharien.

En dehors de toute Calima spectaculaire, les relevés quotidiens affichent régulièrement un AQI de 40 à 60, ce qui correspond à des concentrations de
10 à 16 µg/m³ — soit 2 à 3 fois la norme OMS en exposition permanente, 365 jours par an.

Le Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol (CSIC) a établi que cette exposition chronique à la poussière saharienne et aux polluants locaux a un impact mesurable sur la santé cardiovasculaire et respiratoire des Canariens. Les maladies respiratoires chroniques sont effectivement plus fréquentes dans l'archipel (jusqu'à 30%) qu'on ne pourrait s'y attendre au vu de la douceur du climat.

Sources :

→ Norme OMS PM2.5 (2021) : https://www.who.int/publications/i/item/9789240034228

→ Tableau de conversion AQI ↔ µg/m³ (EPA) : https://www.epa.gov/sites/default/files/2016-04/documents/2012_aqi_factsheet.pdf

→ Décalage entre standard AQI et norme OMS 2021 : https://pubs.acs.org/doi/10.1021/acs.estlett.2c00203

 


 

Que faire concrètement ?

Il ne s'agit pas de céder à la panique, mais simplement d'adopter quelques réflexes de bon sens, en particulier lors des épisodes annoncés :

→ Porter un masque FFP2 lors des déplacements extérieurs pendant la Calima (et non un simple masque chirurgical, insuffisant pour filtrer les PM2.5)

→ Limiter les activités physiques intenses en extérieur les jours à risque

→ Aérer son logement tôt le matin, avant l'arrivée du pic de pollution, et fermer les fenêtres en journée lors des épisodes

→ Consulter quotidiennement la qualité de l'air en µg/m³ réels — pas seulement l'indice AQI coloré — sur aqicn.org ou IQAir

 


 

Un paradoxe insulaire

Les Canaries bénéficient d'un des meilleurs climats du monde. C'est précisément ce qui attire chaque année des milliers de nouveaux résidents européens, souvent en quête d'un air bénéfique pour leur santé. Il serait dommage de prendre une décision excellente à bien des égards sans tenir compte d'un paramètre aussi important que la qualité réelle de l’air.

Être informé, c'est déjà se protéger.

 


 

Article rédigé à partir de sources scientifiques et institutionnelles publiques, listées dans chaque section ci-dessus.


Mardi 31 Mars 2026

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