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Protection antivectorielle* : les dernières recommandations pour enfin se protéger des moustiques et des tiques

Selon le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), près de 80 % de la population mondiale est exposée au risque de maladies dites « à transmission vectorielle », qui comptent pour 17 % des maladies infectieuses et causent plus de 700 000 décès par an. Face à cette menace grandissante, le HCSP a édicté de nouvelles recommandations pour la protection personnelle antivectorielle (PPAV).



Image : ChatGPT
Image : ChatGPT


 

Entre le moustique tigre qui poursuit sa conquête de la France hexagonale, le nombre de cas de maladie de Lyme en augmentation, et l'arrivée de la tique invasive Hyalomma sur le littoral méditerranéen… Les raisons de se protéger des arthropodes (moustiques, tiques) potentiellement vecteurs de maladies ne manquent pas. 

Cet article vous aide à y voir clair : d’abord en comprenant pourquoi certaines personnes attirent davantage les moustiques, ensuite en détaillant les mesures de protection validées par la science, et enfin en mesurant l’urgence économique et sociale d’agir.

Pourquoi certaines personnes attirent-elles plus les moustiques ?


Contrairement à une idée reçue tenace, ce n’est pas la composition du sang ou sa teneur en sucre qui attire les moustiques. 
 

Comme le rappelle le virologue Yannick Simonin dans un article de The Conversation, les moustiques ne goûtent pas le sang avant de piquer : ils se fient à un arsenal complexe de signaux physiques et chimiques pour repérer leurs proies.
 

Le premier signal, détectable à plusieurs dizaines de mètres, est le dioxyde de carbone (CO₂) que nous expirons. Ce gaz forme un panache que les moustiques suivent. 
 

Or, ce taux de CO₂ varie selon notre activité physique, notre état physiologique (une femme enceinte en produit davantage) ou encore la consommation d’alcool. Ainsi, une même personne peut devenir plus ou moins attractive au fil de la journée.
 

À plus courte distance, les moustiques affinent leur approche grâce à la chaleur corporelle et aux couleurs sombres, qu’ils distinguent mieux que les teintes claires. C'est pourquoi le port de vêtements clairs est recommandé dans les zones à risque
 

Mais le facteur le plus discriminant est sans doute l'odeur de notre peau. Celle-ci dépend de notre microbiome cutané, c'est-à-dire la communauté de bactéries qui vit à la surface de notre épiderme. 
 

Ces bactéries transforment les acides carboxyliques présents dans notre sébum *en composés volatils que les moustiques détectent grâce à leurs récepteurs olfactifs, même à très faible concentration. Des études ont également montré que les personnes de groupe sanguin O émettent des marqueurs chimiques légèrement différents, qui les rendraient plus attractives pour certaines espèces de moustiques.
 

Enfin, la réaction à la piqûre elle-même varie d'une personne à l'autre. 
 

La salive du moustique contient des protéines anticoagulantes. Notre système immunitaire libère alors de l'histamine, responsable des démangeaisons, des rougeurs et du gonflement. Certains individus réagissent très fortement à une seule piqûre, tandis que d'autres, qui ont développé une tolérance à force d'exposition, ne ressentent presque rien. Cela peut donner l'impression trompeuse d'attirer davantage les moustiques, alors que le nombre réel de piqûres est similaire.

Les piliers de la protection personnelle antivectorielle (PPAV)


Face à ces mécanismes de détection sophistiqués, le HCSP insiste sur une approche combinée, car aucun moyen unique n'est suffisant. La PPAV repose sur trois niveaux complémentaires : la protection individuelle, celle de l'habitat intérieur et celle de l'habitat extérieur.

Priorité à la protection mécanique


Le premier principe est de privilégier la protection mécanique, en portant des vêtements couvrants, amples et de couleur claire. 
 

Cette recommandation vaut pour tous les vecteurs : moustiques, tiques, phlébotomes, simulies, etc., aussi bien en zone tropicale qu'en zone tempérée
 

Les moustiquaires aux fenêtres et autour des lits constituent une barrière physique efficace, notamment pour les personnes infectées qui doivent éviter de transmettre le virus à leur entourage. L'usage de ventilateurs ou de climatiseurs est également conseillé, car le flux d'air perturbe le vol et le repérage des insectes.

Les répulsifs cutanés autorisés en 2025


La protection mécanique peut être complétée par des répulsifs cutanés, dont l'objectif est de brouiller les capteurs olfactifs des vecteurs. Actuellement, seules trois substances actives ont été approuvées au niveau européen par l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et autorisées par l'Anses en France : 
 

le DEET, 

l'IR3535 et 

l'icaridine (KBR3023)
 

Ces produits ont fait l'objet d'une évaluation rigoureuse de leur efficacité et de leur toxicité pour l'homme et l'environnement. Ils doivent être appliqués sur la peau découverte en respectant scrupuleusement les indications de l'emballage (nombre de pulvérisations, fréquence, âge minimal).
 

L'huile d'eucalyptus citronné hydratée et cyclisée est encore en cours d'évaluation au niveau européen, mais des produits la contenant peuvent être commercialisés sous un régime transitoire. 
 

En revanche, le HCSP déconseille formellement l'usage des huiles essentielles pures, car leur composition est trop variable, leur efficacité ne dépasse généralement pas une heure, et elles présentent des risques d'allergie et de photosensibilisation. Quant aux bracelets répulsifs, ils sont jugés inefficaces et même dangereux : des fuites et des lésions cutanées ont été observées chez des enfants, et leur usage doit être proscrit.

Un changement de cap important : l'abandon des pyréthrinoïdes


Les pyréthrinoïdes, des insecticides de synthèse largement utilisés jusqu'à récemment, sont désormais déconseillés pour les femmes enceintes et les jeunes enfants. 
 

En 2021, un rapport de l'Inserm avait alerté sur des risques accrus de troubles du neurodéveloppement chez les enfants exposés in utero ou durant les premières années de vie. 
 

En 2025, l'Anses a confirmé ces risques. Par conséquent, le HCSP recommande de ne plus utiliser de produits à base de perméthrine ou d'autres pyréthrinoïdes pour l'imprégnation des vêtements, et cette position distingue la France des autres pays
 

Les seules exceptions concernent les moustiquaires imprégnées de pyréthrinoïdes dans les zones tropicales à risque de paludisme, car ces molécules ne sont pas volatiles et l'exposition est très limitée. 
 

Dans l'Hexagone, pour se protéger des moustiques diurnes comme le moustique tigre, les répulsifs cutanés (DEET, IR3535 ou icaridine) sont les seuls produits chimiques recommandés.

Comment protéger son habitat et son jardin ?

À l'intérieur des habitations

L'installation de moustiquaires aux fenêtres et aux portes est la mesure la plus efficace pour empêcher l'entrée des insectes. Elle permet de limiter le recours aux produits biocides à l'intérieur. 
 

En cas d'épidémie, des diffuseurs électriques à base de pyréthrinoïdes peuvent être utilisés, mais avec les mêmes restrictions pour les populations vulnérables
 

Les bombes aérosol insecticides sont déconseillées, car leur action est trop brève et leur dispersion incontrôlée.

À l'extérieur

Les serpentins fumigènes ne bénéficient d'aucune autorisation de mise sur le marché de l'Anses. S'ils sont tout de même utilisés, ils doivent l'être exclusivement à l'extérieur, à distance des personnes, car leur combustion libère des particules irritantes pour les voies respiratoires. 
 

Les pièges à moustiques, très populaires, ont une efficacité inégale : ils ne sont réellement utiles qu'à l'échelle communautaire (un quartier, un village). Placés à l'ombre, près de la végétation et loin des lieux de vie, ils attirent les moustiques, mais ces derniers préféreront toujours un humain à proximité.

L'action la plus importante : éliminer les eaux stagnantes
La mesure la plus fondamentale reste l'élimination des gîtes larvaires. Les femelles moustiques pondent dans toute collection d'eau, même minime : coupelles de pots de fleurs, arrosoirs, bâches, gouttières bouchées, pneus usagés. Il est impératif de vider, couvrir ou rendre étanches tous ces récipients. Pour les points d'eau non réductibles (mares, réserves d'eau de pluie), des larvicides biologiques sont désormais autorisés pour le grand public et peuvent être utilisés.

Le cas particulier des tiques : nouvelles menaces, mêmes gestes


Les tiques sont de plus en plus présentes autour des habitations et dans la nature. Deux espèces retiennent particulièrement l'attention en France. 
 

Ixodes ricinus, la tique forestière, est présente partout et vectrice de la maladie de Lyme. Elle chasse à l'affût, perchée sur les herbes hautes. 
 

La tique Hyalomma, arrivée récemment sur le littoral méditerranéen via les oiseaux migrateurs, est plus agressive : elle court activement vers son hôte et peut transmettre le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo.
 

Pour s'en protéger, le port de vêtements couvrants et de chaussures fermées est indispensable, même par forte chaleur. Après une promenade en zone boisée ou en garrigue, un examen corporel minutieux s'impose. 
 

En cas de piqûre, il faut retirer la tique le plus rapidement possible à l'aide d'un tire-tique, sans la brûler ni l'enduire de produit. Le point de piqûre doit être surveillé pendant plusieurs semaines : l'apparition d'une plaque rouge qui s'étend (érythème migrant) ou de tout autre signe inhabituel nécessite une consultation médicale.
 

Autour de la maison, il est recommandé de tondre régulièrement la pelouse, de couper les broussailles, de ramasser les feuilles mortes et de créer des barrières pour tenir la faune sauvage (rongeurs, chevreuils, sangliers) à distance, car ces animaux sont les hôtes principaux des tiques.

Pourquoi la prévention est un investissement, pas une dépense


Au-delà des gestes individuels, la lutte antivectorielle est un enjeu de santé publique et économique. 
 

Une étude internationale publiée en 2024 dans Science of The Total Environment a estimé qu'entre 1975 et 2020, les coûts économiques liés aux moustiques invasifs du genre Aedes (moustique tigre et moustique de la fièvre jaune) atteignent au moins 94,7 milliards de dollars (en dollars 2022). La dengue représente à elle seule près de 80 % de ces coûts, incluant les hospitalisations, les pertes de productivité, les dépenses de surveillance et de lutte. Les estimations hautes, qui intègrent les séquelles à long terme, dépassent 300 milliards de dollars.
 

Le constat le plus préoccupant est le déséquilibre massif entre les dépenses de prévention et celles consacrées aux dommages : on dépense environ dix fois plus pour réagir aux épidémies que pour les empêcher. 
 

Les campagnes de démoustication, la surveillance entomologique, l'amélioration des infrastructures urbaines (gestion des eaux stagnantes, assainissement) et la recherche sur des méthodes innovantes comme la dissémination de moustiques porteurs de la bactérie Wolbachia restent sous-financées.
 

Ce déséquilibre a également une dimension sociale. 
 

Les populations les plus vulnérables, qui vivent dans des habitats denses, sans accès à l'eau potable ni à un assainissement performant, sont les plus exposées. Lorsqu'un membre d'un foyer tombe malade, les conséquences dépassent le coût médical : perte de revenus, endettement, déscolarisation temporaire des enfants. 
 

La mondialisation des échanges et le réchauffement climatique étendent désormais le phénomène aux zones tempérées, comme en témoignent les épisodes autochtones de dengue ou de chikungunya en Europe.

Conclusion


Se protéger des moustiques, des tiques et autres vecteurs de maladies est à la fois possible et nécessaire. 
 

La clé réside dans la combinaison de plusieurs gestes : 
 

privilégier les barrières physiques (vêtements couvrants, moustiquaires, ventilation), 

utiliser des répulsifs cutanés homologués (DEET, IR3535, icaridine) en respectant les précautions d'emploi, et surtout 

éliminer les eaux stagnantes autour de son habitat. 
 

Ces actions simples réduisent considérablement le risque de piqûre et, par conséquent, la transmission de maladies comme la dengue, le chikungunya ou la maladie de Lyme.
 

La prévention est un investissement collectif rentable à long terme. En France, les recommandations du HCSP offrent un cadre clair, fondé sur les dernières données scientifiques. Il ne tient qu'à chacun de les appliquer, pour sa santé et celle de son entourage.
 

 


 

Note

 

*Lutte antivectorielle(LAV), cette protection est désignée par les professionnels comme Protection personnelle antivectorielle (PPAV) quand elle est dirigée contre un arthropode hématophage (insecte ou tique) capable de transmettre un agent infectieux.

*Les acides carboxyliques présents dans notre sébum sont des composés organiques produits naturellement par les glandes sébacées et transformés par le microbiote cutané.  Ces molécules jouent un rôle crucial dans l'odeur corporelle humaine et varient d'une personne à l'autre, créant une signature olfactive unique.
 

 


 

Source : 

 

TheConversation
 

Se protéger efficacement des tiques, moustiques et autres vecteurs de maladies

https://theconversation.com/moustiques-tiques-et-autres-vecteurs-de-maladies-quelles-sont-les-dernieres-recommandations-pour-sen-proteger-284137
 

Les « peaux à moustiques » : mythe ou réalité ?

https://theconversation.com/les-peaux-a-moustiques-mythe-ou-realite-287323
 

Dengue, Zika, chikungunya : les moustiques invasifs coûtent des milliards, la prévention reste à la traîne

https://theconversation.com/dengue-zika-chikungunya-les-moustiques-invasifs-coutent-des-milliards-la-prevention-reste-a-la-traine-286365







 


Lundi 27 Juillet 2026

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