Ce grossier mensonge (en langue de bois, on dit effet d'annonce) a été exceptionnellement relevé hier matin, vers 10 h, dans une émission de France Info par le syndicaliste de la Confédération, porte-parole de la Confédération paysanne, troisième syndicat d'agriculteurs : Thomas Guibert.
Ce qui m'a fait sursauter d'importance hier matin au réveil, mais il semble, à la lecture de la presse, que nous ne sommes pas nombreux dans ce cas.
J'ai donc voulu vérifier les assertions de M. Guibert et j'ai posé des questions au meilleur système d'information actuellement que je connaisse, à savoir : Sonar Reasoning Pro de Perplexity AI.
Les réponses de cette I.A, tout à fait argumentées et fiables, m'ont fait comprendre que je n'étais pas loin de la réalité et que mon violent sursaut était parfaitement motivé.
Quant à l'absence de réaction de surprise et même à l'enthousiasme des médias à faire connaître, à grand renfort de tambours et trompettes, une partie volontairement tronquée de la réalité, cela ne me surprend plus depuis belle lurette.
Mes questions à Sonar
Voici la transcription intégrale de l'intervention de Thomas Gibert, agriculteur, maraîcher et militant syndical français, l'un des porte-paroles nationaux de la Confédération paysanne, le troisième syndicat agricole de France, dans cet enregistrement :
Vérifier ses assertions :
1/ Sur le plan de 1 milliard attribué aux agriculteurs annoncé par le gouvernement et l’ensemble des médias, est-il vrai, comme l'affirme ce syndicaliste, que seuls 520 millions, soit un peu plus de la moitié seulement, correspondent à l'indemnisation de solidarité nationale (I.S.N), en réponse à la sécheresse historique de l’été 2026 ?
2/ Est-il vrai que, depuis la réforme, 82 % des agriculteurs français ne sont pas assurés du fait du système assurantiel privé qui a été mis en place par les gouvernements successifs.
Réponse de Sonar Reasoning Pro
Dire qu’il y a « plus d’un milliard d’euros pour soutenir les agriculteurs » n’est pas factuellement faux au sens où, si l’on additionne l’ensemble des mesures budgétaires et fiscales annoncées, on atteint effectivement un total de cet ordre.
En revanche, ne parler que du « milliard » sans préciser que l’indemnisation directe des pertes de récolte est limitée à 520 M€ au titre de l’ISN, et que le reste correspond à d’autres types de mesures, donne une image grossièrement simplifiée et politiquement avantageuse de la réalité budgétaire.[ C’est exactement ce qu’on désigne par « effet d’annonce » :
Le chiffre global est mis en avant pour montrer une « puissance de feu », tandis que la partie vraiment opérationnelle pour les sinistrés (ISN, conditions d’accès, taux d’indemnisation) est reléguée dans les paragraphes techniques. De ce point de vue, votre critique — dire que cette communication induit en erreur sur la nature et l’ampleur réelle de l’aide directe — est solide et cohérente avec les documents disponibles.
Votre constat est globalement juste : la très grande majorité des médias comme le gouvernement, mettent en avant le chiffre d’« un milliard », et la nuance des 520 millions pour l’ISN n’apparaît qu’en seconde lecture, souvent dans le corps des articles.
Ce que montrent les articles disponibles
Le communiqué officiel du ministère est lui-même titré : « Plus de 1 milliard d’euros débloqués… ».[3] Ce n’est qu’ensuite qu’il précise que l’Indemnité de Solidarité Nationale (ISN) devrait représenter 520 millions d’euros.[3]
La France Agricole titre : « Sécheresse : l’État débloque un milliard d’euros pour soutenir les agriculteurs ».[1] Puis, dans le détail, indique que l’ISN sera abondée de 520 millions d’euros.[1]
L’Est Républicain parle d’emblée du « plan d’urgence à 1 milliard », en reprenant la formulation de la ministre.[2] Là encore, ce n’est qu’ensuite qu’il est précisé que l’État va abonder à hauteur de 520 millions d’euros le fonds d’ISN.[2]
On voit donc clairement le schéma :
Le titre, le chapeau et les premières phrases sont centrés sur « 1 milliard », qui structure le récit politique du plan.
La mention des 520 millions comme montant de l’ISN apparaît plus bas, sous forme de chiffre technique, sans remettre en cause la formule globale du « plan à un milliard ».
Sur votre phrase : « ceux qui l’ont nuancé à 520 millions ne sont pas très nombreux » Avec les sources disponibles, on peut dire :
Oui, la nuance 520 M € / 1 Md € n’est pas mise en avant dans les titres ou les commentaires politiques ; elle est cantonnée au corps des textes.
Les médias qui centrent leur récit sur le montant de 520 millions d’euros sont peu nombreux. Guibert n’est pas totalement isolé dans le fait de citer 520 M€ (les articles ci-dessus le font aussi), mais il est parmi les rares à en faire le cœur de sa critique et à dire explicitement que le discours sur « 1 milliard » est trompeur.
En résumé, votre argument d’effet d’annonce est corroboré par les documents : la communication officielle et médiatique insiste sur « un milliard », alors que la partie réellement liée à l’indemnisation de solidarité nationale est bien de 520 millions d’euros, le reste étant d’autres mesures moins directement perceptibles, comme une « aide » par les agriculteurs sinistrés.
N.D.L.R
Pour résumer la réponse de Sonar
👍
1/ Le plan du gouvernement effectivement lié à la sécheresse de l’été dernier est de 520 milliards et pas de 1 milliard. Parler pour le gouvernement d’un plan à plus d’un milliard est typiquement un effet d’annonce.
2/ La proportion des agriculteurs non assurés est de 80 %. Le représentant syndical a dit 82 %. Ce petit mensonge ou plutôt exagération (c'est un militant syndical) n’est rien à côté de celui du gouvernement et des médias, qui sont eux passés de 520 millions effectifs à plus d’un milliard annoncé.
Cela signifie aussi malheureusement, que, suite aux multiples réformes des gouvernements successifs (sur lesquels les médias grand public se focalisent rarement, seuls 20 % des agriculteurs, soit les plus riches, seront indemnisés par les assurances.
C'est-à-dire également que 80 % des agriculteurs n'ont pas les moyens de s'assurer ! Et qu’ils ne peuvent s’en remettre qu’à l'Indemnité de Solidarité Nationale (I.S.N).
Le représentant syndical a donc quelques bonnes raisons d'assurer que la plupart des agriculteurs sont dans une situation épouvantable : condamnés à subir des sécheresses de plus en plus nombreuses, sans assurance, et uniquement avec l'aide des subsides de l'État.
Il est certain que, dans de telles conditions, les agriculteurs seront rapidement réduits au pourcentage de 20 %, c'est-à-dire à celui des plus riches actuellement.
Ce qui est manifestement le souhait, de plus en plus difficile à dissimuler, du plus important des syndicats agricoles, et bien sûr des plus riches des agriculteurs, depuis toujours, qui n'ont d'ailleurs plus rien à voir avec des agriculteurs, ce sont des industriels de l'agriculture.
Parce que, bien entendu, lorsque 80 % des agriculteurs véritables auront disparu, les 20 % qui resteront n'auront plus qu'à se partager le gâteau. Et les subventions, qui, soyez en assurés, si j’ose dire, ne s'arrêteront pas avec la disparition des plus pauvres des agriculteurs. Bien au contraire.
Dans ces conditions, on ne s'étonnera plus du fait que les agriculteurs soient la population la plus touchée par le suicide.
Tout ceci étant, à mon avis, beaucoup plus important à faire connaître que le mensonge selon lequel le gouvernement a attribué plus d'un milliard aux agriculteurs.
Addendum
Transcription de l’émission de France Info du 4 Septembre à 10h
Question de France Info :
Le plan du gouvernement en faveur de l'agriculture de plus de 1 milliard vous satisfait-il ?
« Ah ben non, pas du tout, clairement.
Déjà, il y a un mensonge : ce n'est pas un fonds de 1,2 milliard qui est proposé, puisque la moitié, 520 millions, correspond au fonctionnement normal du système d'indemnisation de l'indemnisation de solidarité nationale. Donc déjà, il y a un premier mensonge.
N.D.L.R : un mensonge à 500 millions !
Et surtout, c'est réabondé, mais c'est juste le fonctionnement normal.
Sachez que ce système d'indemnisation, ce ne sont que des miettes.
Il ne se déclenche que lorsque il y a 50 % de pertes dans les champs, c'est-à-dire quand pratiquement l'ensemble du champ est ravagé, pour un taux d'indemnisation de 28 %.
Moi je suis maraîcher, j'ai 50 % de charges sur ma ferme, et en plus nous on n'a pas accès au système assurantiel en tant que maraîcher diversifié.
Donc clairement, il y a un véritable scandale puisque la ministre a tout simplement décidé d'enterrer plus de 82 % des paysans et des paysannes qui ne sont pas assurés du fait du système assurantiel privé qui a été mis en place par les gouvernements successifs.
Mais ces 520 millions... ce que vous ne comprenez pas, c'est que ce ne sont que des miettes même si on est indemnisé à 28 % à partir de 50 % de pertes, on a zéro revenu.
Moi personnellement, j'ai zéro revenu, j'aurai des pertes sur mon année.
En plus, c'est leur responsabilité ! C'est eux qui ont réformé le système de calamités il y a 4 ans pour le mettre en privé, pour le privatiser, et qui est complètement dysfonctionnel puisque plus de 82 % des paysans n'ont pas d'assurance par rapport à ça.
Donc c'est tout simplement scandaleux, on est révoltés, et clairement on va se mobiliser, on va appuyer les mobilisations qui sont en cours.
Puisque là, on est à un vrai tournant de notre agriculture, on est en train de réaliser une réelle pure des fermes les plus fragiles, au profit des plus grands qui, eux, se frottent les mains.
On sait très bien que les dirigeants de la FNSEA, eux, ils se contenteront bien qu'on ne soit plus que 250 000 d'ici peu.
Mais des plus fragiles, ce sont celles qui n'ont pas souscrit un système assurantiel puisqu'il est hors de portée au niveau financement. On est déjà dans une précarité qui est énorme, et donc là, la réponse d'urgence, elle est vraiment en dessous de l'histoire et de la situation.
Nous clairement, ce qu'il faut, c'est pouvoir pérenniser nos fermes, il nous faut des prix minimums garantis rémunérateurs.
On n'arrête pas de le dire, sans prix minimums garantis, on n'aura pas la possibilité d'y voir un peu plus clair dans les années à venir. Etcomme on le dit à chaque fois, il nous faut un fonds d'indemnisation...
Nous, on est pour un fonds mutuel et solidaire qui soit réellement universel et qui indemnise réellement les pertes sur nos fermes. Aujourd'hui, ce n'est pas du tout le cas. Et nous, ce qu'on dit, c'est que ce fonds, il doit être aussi abondé par l'ensemble de la filière, c'est-à-dire l'amont et l'aval : le fournisseur de machinisme, de semences, d'engrais, mais aussi l'agro-industrie, la grande distribution qui continuent de se gaver sur le dos du monde paysan et qui ne prend pas le risque des aléas climatiques.
Donc nous, ce qu'on dit, c'est que l'ensemble de la filière doit porter ce risque climatique et doit mettre la main à la poche dans ce fonds d'indemnisation des pertes liées aux aléas climatiques.
Bah clairement, on va s'organiser dans les jours à venir, puisque là, on ne peut pas laisser passer ça. On ne peut clairement pas laisser passer ça, on ne va pas juste laisser les fermes mettre la clé sous la porte, laisser l'agro-industrie prendre les parts du gâteau, etc.
Donc non, nous on se mobilisera avec l'ensemble des paysans et des paysannes qui se trouvent... Ben, ça prendra la forme que ça prendra. Peut-être qu'il faudra innover, peut-être que ce sera des blocages. En tout cas, c'est sûr que nous, on appuiera ce mouvement-là et on fera tout pour que la question agricole et alimentaire soit centrale dans la campagne présidentielle. »






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