L'idée est simple. Au lieu d'empiler vos onglets en une rangée horizontale qui finit par ne plus rien afficher — juste des petites favicons illisibles —, Chrome propose désormais de les afficher dans une barre latérale verticale, sur le côté gauche de la fenêtre.
Avantage immédiat : on voit le titre complet de chaque onglet, on peut les regrouper, les trier, les déplacer par glisser-déposer. Pour ceux qui travaillent avec vingt onglets ouverts en permanence — et ils sont légion —, c'est un confort réel.
Pour l'activer : clic droit dans Chrome → afficher les onglets verticalement. C'est tout.
Le hic ? Firefox le fait depuis longtemps avec une extension, Edge l'a intégré
nativement depuis 2021, Vivaldi et Brave depuis encore plus longtemps.
Chrome, le navigateur le plus utilisé au monde avec plus de 65% de parts de marché, vient donc de rattraper ses concurrents sur une fonction que ses utilisateurs réclamaient depuis des années.
Les utilisateurs avertis, eux, n'avaient pas attendu : une simple extension Chrome faisait déjà le travail très bien. Mieux vaut tard que jamais, dit-on.
Le mode lecture : une longue histoire de promesses non tenues
Le mode lecture n'est pas une invention de 2026 chez Google. Il était depuis des années dans les flags de Chrome — ces paramètres expérimentaux cachés accessibles via chrome://flags — sans que Google daigne jamais le mettre en avant sérieusement.
On activait le flag, on espérait que ça marche, et à la prochaine mise à jour, Chrome l'oubliait discrètement ou le laissait à moitié fonctionnel.
C'était l'innovation sans le courage de l'assumer.
Quand Google finissait par l'activer, c'était pour proposer quelque chose d'à peine utilisable : la page s'ouvrait dans une minuscule barre latérale, coincée à côté de la page originale. Autant lire un roman par le trou de la serrure.
Aujourd'hui, Google a visiblement tourné casaque.
La fonction est officielle, accessible en deux clics, et présentée comme une vraie fonctionnalité.
Le mode lecture s'ouvre désormais en plein écran. La page est débarrassée de tout : publicités, pop-ups, bandeaux de cookies, vidéos qui se lancent toutes seules, propositions d'abonnement à la newsletter, notifications push…
Il ne reste que le texte et les images utiles. On peut ajuster la police, la taille, la couleur de fond, l'interligne. Et même activer la lecture à voix haute.
Pour l'activer : clic droit sur n'importe quelle page → ouvrir en mode lecture.
C'est exactement ce que Safari propose depuis des années sur Mac et iPhone, et ce que Firefox intègre nativement depuis longtemps.
Les utilisateurs avertis avaient déjà trouvé la parade avec des extensions comme Clearly Reader, disponible sur Chrome et Firefox, qui fait la même chose en mieux
→ thèmes personnalisables,
→ export en PDF ou Markdown, et même
→ résumé automatique par IA.
Pourquoi Google a-t-il vraiment bougé ?
Soyons francs : ce revirement n'est pas un élan de générosité. C'est la pression de la concurrence et… la fuite de ses propres utilisateurs qui ont fini par faire bouger le géant.
Des millions d'utilisateurs avaient pris l'habitude de fuir Chrome dès qu'une page devenait illisible.
La manœuvre était devenue un réflexe : on ouvre Google Actualités dans Chrome, on tombe sur une page noyée sous les publicités, et on la partage vers Brave — le navigateur qui, lui, bloque tout nativement et sans demander la permission. Ce détour était devenu quasiment systématique sur Android pour quiconque avait découvert cette astuce.
C'est un aveu d'échec silencieux, mais massif.
Quand vos propres utilisateurs contournent votre navigateur à chaque article pour aller lire ailleurs, c'est que quelque chose ne va pas.
Avec un mode lecture digne de ce nom intégré dans Chrome, ce détour par Brave devient moins nécessaire. Et pour Google, récupérer ces utilisateurs fugitifs — même au prix de cacher quelques publicités — vaut mieux que de les laisser partir définitivement vers la concurrence.
Le paradoxe Google
C'est là que ça devient vraiment savoureux. Google, rappelons-le, est le plus grand vendeur de publicité en ligne au monde. Sa survie économique repose sur le fait que vous voyiez des publicités.
Et voilà que Google Chrome vous offre nativement un outil pour ne plus les voir.
La contradiction est à peine voilée. On peut y lire deux choses :
→ soit une concession forcée face à des concurrents qui respectent davantage l'expérience utilisateur.
→ Soit un calcul froid — car un utilisateur qui reste sur Chrome plutôt que de migrer vers Firefox ou Brave reste dans l'écosystème Google, où d'autres formes de traçage continuent de fonctionner tranquillement, mode lecture ou pas
Dans tous les cas, si vous utilisez Chrome et que vous ne connaissiez pas encore ces deux fonctions, testez-les. Elles changent vraiment quelque chose au quotidien.
Et si vous utilisez déjà un autre navigateur… vous les avez probablement depuis longtemps.






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