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L'énigme de Toutanmacron

En marge de l’expo Toutânkhamon, on peut aussi jeter un œil à une petite galerie qui retrace la vie d’un autre pharaon parvenu jeune sur le trône. C’est l’exposition Toutanmacron.



La révolte de sujets trop longtemps écartés des terres fertiles, qui n'ont même plus de quoi se payer un pagne jaune !
La révolte de sujets trop longtemps écartés des terres fertiles, qui n'ont même plus de quoi se payer un pagne jaune !
Comme son presque homonyme, Toutanmacron est un pharaon-enfant au magistère difficile. Son intronisation, elle aussi, a eu lieu à l’ombre d’une pyramide, moins imposante que celle de Khéops, mais entourée d’un rituel également solennel. Son avènement a rompu avec les idées de son prédécesseur Hollandaton, grand prêtre d’un dieu soleil socialiste pâlissant.

Le nouveau pharaon avait pourtant été élevé à la cour de ce Hollandaton, mais il en a profité pour rallier à sa dissidence nombre de dignitaires qu’il a ensuite promus au rang de vizirs, ce qui lui assure une majorité dans l’assemblée d’Egypte. Lié aux prêtres de la finance, il a rétabli le culte traditionnel du clergé conservateur, celui des marchands et des propriétaires, entouré de jeunes vizirs formés dans les meilleurs temples de Rê, de Ptah ou de l’Enah. Il a ainsi renoué, dans un style très différent, avec la théologie du prédécesseur d’Hollandaton, Toutsarkosy, lui aussi dédié à la religion de l’échange, célèbre pour son homélie aux esclaves : «Travailler plus pour ne rien gagner.»

Alors que, souvent, les pharaons se marient avec leur sœur ou leur cousine, le jeune monarque a trouvé une épouse hors de sa lignée. Malgré ce refus de la consanguinité, beaucoup voient dans la reine Neferbrigitte une sorte de grande sœur, voire de mère, au verbe rare mais à l’influence enveloppante. Quant à ses partisans, troupe monotone, ils sont aussi interchangeables que les personnages des fresques de la Vallée des rois. Il est vrai qu’ils sont difficiles à représenter. Telles les silhouettes stylisées de la HauteEgypte, on les saisit toujours de profil : même quand ils sont assis, ils font mine d’être en marche. A l’instar de Ramsès II ou de Thoutmôsis III, Toutanmacron exerce un pouvoir vertical, quoique ses références au dieu romain Jupiter déconcertent ses sujets par leur anachronisme. On le sait : la décrue trop rapide du Nil mine la légitimité des pharaons. Il en va de même pour la décrue des sondages, qui forment un fleuve capricieux au reflux meurtrier et gouvernent en fait le destin du nouveau pharaon.

A cela s’ajoutent les écarts d’un sous-vizir trop entreprenant, prénommé Alexandre mais qu’on ne saurait comparer au fondateur d’Alexandrie. Ces écarts sont périodiquement mis en exergue par des scribes avides de vendre du papyrus, jetant une ombre persistante sur l’habileté du personnel de la cour, dont trois vizirs viennent d’être déférés à la justice.

Mais c’est la révolte de sujets trop longtemps écartés des terres fertiles, vêtus d’un pagne jaune en signe de rébellion, qui lui cause les plus grandes difficultés. Ces esclaves en colère ont été indisposés par quelques phrases du pharaon, rapportées elles aussi par des scribes malveillants. Voyant un ouvrier désœuvré sur la rive droite du Nil, le roi lui a jeté qu’il suffisait de traverser le fleuve pour trouver de l’ouvrage, ce que l’autre a pris de travers. Répondant à ses sujets mécontents, il les a traités de Nubiens réfractaires, ce qui n’a pas arrangé les choses. Il est vrai que, parlant d’un impôt sur les marchands, instauré par Hollandaton, il avait laissé tomber : «C’est Cuba sans la lumière d’Amon-Rê», ce qui a plongé l’Egypte dans un abîme de perplexité.

Depuis, Toutanmacron a beau sortir fréquemment de son palais, parfois avec la reine Neferbrigitte, pour palabrer avec ceux qu’il tient pour une peuplade turbulente, ou bien envoyer ses gardes pour réprimer leurs excès, il ne parvient pas à ramener l’harmonie dans le royaume. Certains le voient déjà comme le premier mais, en même temps, le dernier pharaon de la XVII e dynastie.

C’est aller vite en besogne. Toutânkhamon est mort dans sa vingtième année, pourtant son masque d’or fascine toujours les foules. Que dire de Toutanmacron, qui a passé la quarantaine, et dont le masque n’est toujours pas tombé ? A moins que des écoliers facétieux, comme pour Toutânkhamon, ne défigurent son nom, pour l’affubler du même patronyme dérisoire : Toutencarton.

LAURENT JOFFRIN



Vendredi 22 Mars 2019

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