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«L'avenir n'est plus ce qu'il était» [Paul Valéry]



L'I.A., cet obscur objet du dialogue social


L’intelligence artificielle débarque dans les entreprises avec le sourire de la “modernisation” et le discours envoûtant sur la fin des tâches ingrates. Mais derrière le vernis techno, ce sont vos conditions de travail, vos évaluations, vos carrières – parfois vos emplois – qui se jouent, souvent sans que personne ne vous demande votre avis. Un article d'Alternatives économiques qui nous rappelle que l'État de droit dans lequel nous sommes, n'en déplaise à un ex-ministre de l'intérieur, candidat à la prochaine présidentielle (dans quel État errons-nous ?), nous permet de nous défendre.



Images : ChatGPT
Images : ChatGPT

 

L’IA au travail : si vous ne frappez pas à la porte, personne ne vous ouvrira

La bonne nouvelle, c’est que le droit commence à se réveiller et à rappeler qu’on ne déploie pas une IA comme on installe une nouvelle machine à café.
 

Cet article n’est pas là pour vous vendre du rêve ou la grande révolution sociale par l’algorithme. Il est là pour une chose très simple : vous montrer que vous avez des marges de manœuvre, modestes, mais réelles, et que cela ne coûte rien d’essayer de s’en servir.

Quand un juge rappelle que le CSE n’est pas un décor

Le 29 janvier 2026, le tribunal judiciaire de Nanterre a calmement rappelé à une entreprise qu’on ne pouvait pas introduire une IA RH impactant l’évaluation et les parcours professionnels sans consulter le comité social et économique (CSE). La direction expliquait qu’il ne s’agissait que de moderniser des tâches déjà automatisées, les juges ont répondu : non, cette IA structure désormais la stratégie de l’entreprise et oriente les parcours des salariés.
 

Ce n’est pas un cas isolé : dès février 2025, le même tribunal avait déjà rendu une décision dans ce sens, imité en juillet 2025 par le tribunal de Créteil dans une entreprise de presse. 
 

Brique après brique, une jurisprudence “IA au travail” se construit, qui dit en substance aux employeurs : vous ne faites pas ce que vous voulez, comme vous voulez, quand cela touche à l’organisation du travail.
 

Pour les salariés et leurs représentant·es, cela ouvre une porte : 
 

→ on peut contester un déploiement d’IA décidé en douce, 
 

→ obtenir une consultation du CSE, voire, 
 

→ la suspension temporaire du projet le temps de remettre les choses à plat.

Ce que l’IA change concrètement pour vous

La communication interne raconte souvent la même histoire : l’IA va “enlever les tâches chronophages” pour vous permettre de vous consacrer à des missions plus nobles. Dans la vraie vie, plusieurs risques très concrets apparaissent :

→ Intensification du travail : si l’IA “prépare” tout, on attend de vous uniquement de la complexité, de la réactivité, de la performance, sans baisse de charge globale.

→ Dévalorisation du travail humain : votre métier se réduit à contrôler ou corriger la machine, ce qui peut être vécu comme une perte de sens et de reconnaissance.

→ Évaluations biaisées : quand un outil IA alimente les entretiens annuels, classe les profils, propose les “talents”, tout ce qui est mal conçu, mal paramétré ou opaque se répercute sur votre carrière.

→ Emplois menacés : les études sur les suppressions de postes dues à l’IA se contredisent gaiement, mais toutes convergent sur un point : certains métiers vont disparaître, d’autres vont être profondément transformés.

Ce n’est donc pas tant “un outil comme un autre” qu’un nouvel étage du management algorithmique, qui mérite mieux que trois diapositives PowerPoint et un courriel enthousiaste de la direction.

Vos leviers : ce que vous pouvez faire (ou pousser vos élu·es à faire) 

Dans une entreprise de 50 salarié·es et plus, dès lors qu’une technologie modifie les conditions de travail, la direction a l’obligation d’informer et de consulter le CSE.

Sur le papier, c’est limpide ; dans la pratique, selon le baromètre du dialogue social Ifop–Syndex, les deux tiers des représentant·es du personnel et des dirigeants déclarent
que le CSE n’a pas été consulté avant l’introduction de l’IA.

 

Concrètement, que peut-on faire ?

→ Exiger une véritable information : description précise de l’outil, de ses fournisseurs, de ses finalités, des données utilisées, des impacts attendus sur les postes, les temps et les objectifs.

→ Réclamer une consultation formelle du CSE avant déploiement : à défaut, les décisions de justice récentes montrent qu’il est possible de saisir le juge pour suspendre le projet le temps de cette consultation.

→ Poser des lignes rouges : pas d’IA pour surveiller en temps réel les performances individuelles, pas de décisions automatisées sans intervention humaine, pas de notations opaques influant sur la rémunération ou les promotions.

→ Négocier des garanties : formation des salarié·es, accompagnement aux reconversions, droit à l’erreur quand on travaille avec ces nouveaux outils, clauses de réévaluation régulière du dispositif.

Même si tout ne bouge pas du premier coup, le simple fait d’obliger l’entreprise à documenter, justifier et encadrer l’IA change déjà le rapport de force. On sort du “voici notre nouvelle IA géniale, vous allez adorer” pour entrer dans “expliquez-nous précisément ce que vous faites et ce que cela implique.

Cela ne changera rien ? Peut-être. Mais sans vous, c’est sûr. 

Les cyniques diront que tout cela n’est qu’un maigre rempart face au rouleau compresseur de l’IA, qui finira bien par s’imposer partout. Ils n’ont pas complètement tort : la vague technologique ne sera pas stoppée par un coup de tampon du CSE ou un jugement de Nanterre.
 

Mais c’est précisément là que le dialogue social, quand il est de qualité, fait la différence : il permet de poser les bonnes questions sur le travail réel, d’identifier les tâches à revaloriser, d’organiser des reconversions plutôt que des licenciements secs, de canaliser l’IA vers ce qui aide les salarié·es plutôt que vers ce qui les broie. Et surtout, il crée une habitude : celle de ne plus laisser les algorithmes décider seuls de ce que devient votre métier.
 

Peut-être que la première négociation sur l’IA dans votre entreprise ne produira qu’un accord timide ou un simple relevé de conclusions. Peut-être même que la direction fera le minimum. Mais ce qui est certain, c’est que si vous ne demandez rien, vous n’obtiendrez rigoureusement rien – sinon un courriel annonçant que, désormais, “grâce à l’IA”, votre travail ne sera plus tout à fait le vôtre.
 

La justice, elle, commence à s’adapter ; la jurisprudence suivra, parce qu’elle est déjà en train de se construire, dossier après dossier. À vous de décider si vous voulez en être spectateur… ou partie prenante.
 

Sources :

Un article de Sandrine Foulon 

https://www.alternatives-economiques.fr/sandrine-foulon/lia-cet-obscur-objet-du-dialogue-social/00117824
 

 

 

Lundi 9 Mars 2026

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