Selon Lemoine, le récit médiatique dominant relève d'un véritable lavage de cerveau qui occulte les réalités géopolitiques au profit d'une diabolisation systématique de Nicolas Maduro.
L'analyse de cet expert, qui, lui, est allé très souvent au Venezuela.: Nicolas Maduro n'est pas le dictateur sanguinaire que l'on nous dépeint.
Un fait majeur, généralement ignoré du public occidental, contredit cette image : Maduro a poursuivi l'œuvre de Chavez en structurant le pays autour de près de 50 000 conseils communaux et de milliers de communes. Ce système de démocratie participative (dont rêvent beaucoup de Français) permet aux citoyens de s'impliquer directement dans la vie politique et de décider des projets prioritaires pour leur communauté. C'est une organisation horizontale du pouvoir que l'on ne retrouve dans aucune dictature classique, ces dernières ayant pour habitude de verrouiller toute initiative populaire plutôt que de la financer et de l'encourager.
Sur la question du narcoterrorisme, qui est un oxymore, les trafiquants ne peuvent pas être des terroristes, car leur principale préoccupation, c'est de passer inaperçu, et pas de se faire remarquer avec des attentats. Le prétendu « Cartel des Soleils » est un mythe instrumentalisé par Washington pour justifier son intervention.
En réalité, seule une infime partie de la cocaïne transite par le Venezuela comparé aux routes passant par la côte Pacifique de la Colombie, pays pourtant allié des États-Unis. En accolant le terme de terrorisme au trafic de drogue, l'administration Trump transforme une agression militaire en une simple opération de police, contournant ainsi le droit international et l'aval du Congrès.
Il est essentiel de replacer cette offensive dans la longue lignée de la doctrine Monroe, que Donald Trump a rebaptisée avec arrogance la doctrine « Donroe » Contraction de Donald et Monroe. Ben, voyons.
A l'origine, en 1823, James Monroe, cinquième président des États-Unis, prônait simplement la non-ingérence des Européens dans les affaires américaines.
Ce principe a été radicalement détourné, notamment par Theodore Roosevelt et sa politique du Big Stick (le gros bâton), transformant la souveraineté en un droit d'intervention impérialiste. À noter que dans les livres d'histoire, Roosevelt n'est certainement pas connu pour cette partie de sa politique.
Depuis lors, on ne compte pas moins de 41 interventions des États-Unis en Amérique du Sud pour installer des régimes à leur solde. Avec Trump, cet impérialisme atteint son paroxysme : les États-Unis s'érigent en policiers du monde, ignorant superbement le droit international.
Enfin, Lemoine souligne avec amertume ce qu'il perçoit comme une démission diplomatique totale de l'Europe. Si les revirements d'Emmanuel Macron sont pointés du doigt, c'est surtout l'attitude d'Ursula von der Leyen qui est jugée alarmante. Cette dernière ne semble éprouver aucune répugnance à engager l'ensemble de l'Union européenne derrière les États-Unis, validant ainsi une stratégie inique.
En effet, cette méthode consiste à affamer délibérément le peuple vénézuélien par un embargo et un blocus rigoureux, dans l'espoir cynique que la population, poussée à bout, finisse par réclamer l'aide de ses propres agresseurs.
Cette politique de la famine est d'ailleurs encouragée par une certaine figure de l'opposition, récemment honorée par un prix international prestigieux, que les médias se gardent bien de classer à l'extrême droite.
À propos de la distinction récente reçue par l'opposante vénézuélienne María Corina Machado, il est intéressant de noter ce que rapportent certaines intelligences artificielles.
On peut y lire que María Corina Machado a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2025 pour son combat en faveur de la démocratie, après avoir fui clandestinement son pays. Elle y est dépeinte comme une figure héroïque, récompensée pour ses efforts en faveur d'une transition démocratique et des droits humains.
Pourtant, la vérité révélée par Maurice Lemoine dans son analyse est bien plus nuancée, pour ne pas dire contradictoire.
Si cette dame est effectivement une figure centrale de l'opposition, les médias évitent soigneusement de préciser qu'elle se situe à l'extrême droite de l'échiquier politique. Ce positionnement explique pourquoi elle n'a cessé de réclamer une intervention militaire des États-Unis pour « rétablir la démocratie ». Pour cette frange politique, la démocratie consiste souvent à redonner la totalité du pouvoir aux ploutocrates, ces individus dont la richesse immense dicte l'influence politique.
C’est là un point que la presse internationale, et française en particulier, passe sous silence.
Dans l’imaginaire collectif façonné par les médias, un opposant à un régime désigné comme dictatorial devient, par définition, une personne recommandable. Or, l’histoire nous apprend qu’on peut s’opposer à un dirigeant autoritaire tout en étant soi-même issu d’une droite extrême.
Dans le cas du Venezuela, cette opposition de droite souligne par contraste l’orientation de Nicolás Maduro : s’il est combattu avec une telle virulence par les cercles financiers, c’est aussi parce que son programme social conserve le soutien de millions de Vénézuéliens, un fait que la plupart des journaux omettent de mentionner.
Il ne s’agit pas ici d’angélisme. On peut être de gauche et exercer un pouvoir dictatorial, l’histoire de l’URSS en est la preuve irréfutable. Mais cette complexité politique semble trop ardue pour le journalisme contemporain.
En effet, même si les rédacteurs recherchaient l'honnêteté, leurs directions se chargeraient de leur rappeler qu’ils ne sont pas là pour éclairer le « vulgum pecus », mais pour simplifier les enjeux à l'extrême.
Surtout quand la réalité dessert les intérêts de leurs commanditaires.
Il ne faut voir aucune diffamation dans ce constat, mais une simple analyse structurelle. En France, comme ailleurs, les propriétaires des grands médias sont majoritairement des figures de la ploutocratie. Il est donc logique que leurs supports défendent une vision du monde qui préserve l'influence de l'argent sur le pouvoir politique.
Derrière les médailles et les prix prestigieux se cache souvent une réalité de classe que le silence médiatique ne cesse de recouvrir.
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