VIH en France : Le mirage de la fin de l’épidémie

On aimerait croire que le combat est derrière nous. On aimerait se dire que le virus de l'immunodéficience humaine, plus connu sous l'acronyme VIH, n'est plus qu'un mauvais souvenir des années 80 et 90. Pourtant, la réalité est glaciale : la lutte contre le sida est en train de stagner, et le terrain regagné sur la maladie pourrait bien nous échapper à nouveau.



Image : Gemini 3.0

 

Les chiffres publiés récemment par Santé Publique France sont un signal d’alarme que nous ne pouvons plus ignorer : près de 10 000 personnes vivent actuellement en France avec le virus sans même le savoir.

Cette épidémie invisible est le moteur le plus dangereux de la propagation. Ces milliers d'individus ignorent leur séropositivité, c'est-à-dire la présence du virus dans leur sang. Parce qu'ils ne se savent pas porteurs, ils ne bénéficient d'aucun traitement et peuvent, bien malgré eux, transmettre le virus à leurs partenaires. C’est une bombe à retardement sanitaire qui menace d’annuler des décennies de progrès.

Il faut être clair sur les termes : le VIH est le virus, tandis que le Sida, le syndrome d'immunodéficience acquise, est le stade ultime de l'infection. C’est le moment où le système immunitaire est si affaibli que des maladies opportunistes, normalement bénignes, deviennent mortelles. Aujourd'hui encore, trop de diagnostics sont posés à un stade avancé, là où la médecine doit se battre pour sauver une vie qui aurait pu être préservée par un simple test de dépistage précoce.

Pourtant, l'arsenal de prévention s'est considérablement musclé. On parle beaucoup de la PrEP, la prophylaxie pré-exposition, un traitement médicamenteux préventif destiné aux personnes qui ne sont pas porteuses du virus mais qui présentent un risque élevé d'exposition. C'est une révolution, tout comme le concept de TasP, pour « Treatment as Prevention » (le traitement comme outil de prévention). Ce principe médical prouve qu'une personne séropositive sous traitement efficace, ayant une charge virale indétectable, ne peut plus transmettre le virus. Mais ces outils, aussi puissants soient-ils, ne servent à rien si le dépistage ne suit pas.

Le constat est d'autant plus inquiétant chez les jeunes. Environ 15 % des nouvelles découvertes de séropositivité concernent les moins de 24 ans. Cette génération, qui n'a pas connu l'hécatombe des premières années, semble avoir baissé la garde. Les IST, ou infections sexuellement transmissibles, sont en recrudescence globale, signe que le préservatif et la vigilance reculent.

Nous sommes à un point de bascule. Si le nombre de tests de dépistage a augmenté de 13 % en un an, le nombre de nouvelles contaminations ne chute plus. Nous piétinons. Tant que nous n'irons pas chercher ces 10 000 « invisibles » pour les soigner et briser la chaîne de transmission, le rêve d'une France sans sida d'ici 2030 restera une simple vue de l'esprit. Le combat est encore loin d'être gagné, et le silence est, plus que jamais, notre plus grand ennemi.


Sources et références importantes :

VIH-Sida : où en est l’épidémie en France ? – The Conversation : https://theconversation.com/vih-sida-ou-en-est-lepidemie-en-france-270584

VIH et IST bactériennes en France : Bilan 2024 – Santé Publique France : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/infections-sexuellement-transmissibles/vih-sida/documents/bulletin-national/vih-et-ist-bacteriennes-en-france.-bilan-2024

Rapports d’activité et documents officiels – Sidaction : https://www.sidaction.org/rapports-dactivite/

VIH : stabilisation du nombre de découvertes de séropositivité en 2024 – Vie Publique : https://www.vie-publique.fr/en-bref/301154-vih-des-decouvertes-de-seropositivite-stables-en-2024

 



Vendredi 2 Janvier 2026
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