Survivre à l'effondrement grâce à la robustesse

▶ Olivier Hamant est biologiste, directeur de recherche à l'INRAE au sein de l'École normale supérieure de Lyon, où il étudie les mécanismes du vivant jusqu'à l'échelle cellulaire. Il dirige aujourd'hui l'Institut Michel Serres et consacre ses travaux à la nouvelle relation de l'humanité au vivant. Il est l'auteur de plusieurs essais importants, dont « La Troisième Voie du vivant » (Odile Jacob, 2022) et « Antidote au culte de la performance » (Tracts, Gallimard, 2023).

Dans cette interview par Olivier Berruyer pour l'excellente chaîne YouTube : Élucid, Olivier Hamant déconstruit le culte de la performance qui, sous couvert de progrès, fragilise nos sociétés et précipite l'effondrement du vivant.



Imaginez. Vous montez dans votre voiture un matin d’été, vous roulez 200 km, et à l’arrivée… votre pare-brise est immaculé. Pas une seule trace d’insecte écrasé. "Super, moins de nettoyage !" vous dites-vous.

Sauf que non. C’est le signe que quelque chose ne tourne pas rond. Et ce quelque chose, c’est la disparition massive des insectes : 80 % des insectes volants ont disparu en Europe en seulement 30 ans. Un rythme 1000 fois plus rapide que l’extinction des dinosaures. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.

 

Entre la biodiversité en PLS, le climat qui déraille, les ressources qui s’épuisent et les polluants qui persistent, on a de quoi s’inquiéter. Mais le vrai problème, selon le biologiste Olivier Hamant, c’est notre obsession de la performance qui nous mène droit dans le mur. On vous explique pourquoi – et surtout, comment — en sortir sans avoir à retourner à l’âge des cavernes.

 

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🌍 On a perdu le contrôle ! La Terre en burnout : et si on arrêtait de courir après la performance ? 

 
🔥 Partie 1 : Le constat accablant – la planète en mode "urgentiste"

 
  🐝 La biodiversité : un massacre en accéléré

Si vous pensiez que la disparition des dinosaures, c’était triste, attendez de voir ça :
 

🔶70 % des animaux vertébrés (mammifères, oiseaux, poissons…) ont disparu en 50 ans. Les scientifiques parlent d’extermination de masse – parce que c’est bien plus rapide que n’importe quelle extinction naturelle.


🔶 Les insectes ? Encore pire. 80 % des insectes volants en Europe ont disparu en 30 ans. Sans eux, il n’y aurait pas de pollinisation, ce qui entraînerait l’absence de fruits, de légumes et de café du matin. Pas de civilisation telle qu’on la connaît.
 

Les abeilles en burn-out : leur taux de mortalité est passé de 10-15 % au début des années 2000 à 40-60 % en 2024.
 

💡 Le saviez-vous ? Une plante à fleurs sur trois dépend exclusivement des insectes pour sa pollinisation. Sans eux, c’est la fin des haricots. Littéralement.
 

 
  🌡️ Le climat : ce n’est pas (que) le réchauffement

Olivier Hamant insiste : il faut parler de dérèglement climatique, pas seulement de réchauffement. Pourquoi ?
 

🔶 Parce que 1,5°C de plus en moyenne, ça veut dire des canicules à 50°C, des inondations dévastatrices, des ouragans monstrueux… Et, nous y sommes déjà. Soit, 24 ans avant ce qui était prévu pour 2050 !
 

🔶 Parce que le problème, ce n’est pas juste la température, mais les extrêmes qui deviennent la norme. Plus la peine de faire un dessin ...
 

 
  ⛽ Les ressources : le compte à rebours est lancé

Pétrole, cobalt, terres rares, cuivre, lithium… On approche du pic de production pour beaucoup de ces matériaux.
 

🔶 On devra se passer de nos smartphones ? ( Ça pourrait peut-être faire du bien à certains.)
 

🔶 Nos voitures électriques devront fonctionner sans batterie ? (Là, ça se corse.)
 

On devra inventer une économie 100 % biosourcée ? (scoop : on n’est pas prêts.)
 

 
  ☠️ Les polluants : des invités indésirables pour les 100 prochaines années

Cadmium, PFAS : ces polluants sont partout dans notre environnement. Et on va devoir apprendre à vivre avec pendant des décennies. Joyeux.
 

 
  🧠 Le piège de la dissonance temporelle

Les jeunes d’aujourd’hui n’ont jamais connu un pare-brise couvert d’insectes. Pour eux, c’est normal. Sauf que non. C’est le signe que notre cerveau s’habitue à la dégradation. Et ça, c’est le vrai danger : on normalise l’anormal.
 

 
  🏃 Partie 2 : Comment en est-on arrivés là ? Scoop : c’est (en partie) de notre faute.

 
 
 

Pendant 1 800 ans, l’humanité a fonctionné à l’énergie solaire. Pas le photovoltaïque, non : la bonne vieille biomasse (bois, plantes) et la photosynthèse.

Puis, il y a
200 ans, on a découvert le charbon, le pétrole, les métaux… Et là, ce fut le drame.

 

 
  ⚡ L’énergie de stock : le déclic qui a tout changé

Avant, on vivait avec l’énergie du moment :
 

🔷 Le soleil pour faire pousser les plantes.

🔷 Le vent pour les moulins.

🔷 La force des animaux (ou des esclaves, mais bon, on ne va pas revenir là-dessus).
 

Puis on a commencé à puiser dans des réserves accumulées pendant des millions d’années :
 

🔶Le charbon.

🔶 Le pétrole.

🔶 Le gaz naturel.
 

Résultat ? On a eu accès à une énergie bon marché et abondante. Et on en a abusé. Énormément.
 

🔥 Analogie : C’est comme si vous aviez hérité d’un compte en banque avec 1 million d’euros… et que vous aviez décidé de tout dépenser en 200 ans. Sauf que le compte, c’était celui de la Terre. Et maintenant, il est presque vide.
 

 
  🏆 La performance : ce piège doré

La performance, c’est bien, non ? 
 

Atteindre ses objectifs avec le moins de moyens possible, c’est l’idéal. Sauf que quand on met la performance au premier plan, on oublie tout le reste. Et ça, c’est le début des ennuis.
 

 
  📊 Performance = Efficacité + Efficience
 

🔷 Efficacité : Atteindre un objectif. (Exemple : produire 100 voitures.)

🔷Efficience : Atteindre un objectif avec le moins de ressources possible. (Exemple : produire 100 voitures avec 20 % de métal en moins.)

🔷 Performance : Les deux combinés.
 

Problème : Quand on optimise à outrance, on crée des systèmes fragiles.
 

🏗️ Exemple : Prenez la mondialisation. Tout est produit au meilleur endroit, au meilleur coût.
 

🔶 Les terres rares ? Raffinées en Chine.

🔶Les semi-conducteurs ? Fabriqués à Taïwan.

🔶Le cobalt ? Extrait au Congo. Résultat : un bateau qui bloque le canal de Suez, et c’est la panique mondiale. Un conflit en Ukraine, et les prix de l’énergie explosent. Un tremblement de terre à Taïwan, et plus de puces électroniques. 

 

Vous voyez le problème ?
 

 
 
  🎯 La loi de Goodhart : quand les indicateurs nous mentent


"Quand une mesure devient une cible, elle cesse d’être une bonne mesure."
 

En clair : si on se focalise uniquement sur un indicateur, on finit par tricher pour l’atteindre, et on oublie l’essentiel.
 

🎯 Exemples concrets :
 

🔶À l’école : On mesure la performance des élèves avec des notes. Résultat ? On bachote, on triche, on stresse… mais on n’apprend pas forcément mieux.
 

🔶Dans le sport : On veut battre des records. Résultat ? Dopage, blessures, burnout.
 

🔶En entreprise : On suit des indicateurs de performance).

Résultat ? On optimise pour le chiffre, mais on néglige la qualité, le bien-être des employés, ou l’impact environnemental.

 

Bref, les indicateurs, c’est comme les régimes : ça marche au début, mais à la fin, on reprend tout (et même plus).
 

 
  💥 Partie 3 : Les effets pervers de l’optimisation – quand trop d’efficacité tue l’efficacité

On pourrait croire que plus on est efficace, mieux c’est. Sauf que : non. Voici pourquoi :
 

 
  1️⃣ Les systèmes sur optimisés sont fragiles

Plus un système est optimisé, plus il est vulnérable. Pourquoi ?
 

🔶 Parce qu’il n’a aucune marge de manœuvre.

🔶Parce qu’il dépend de chaînes d’approvisionnement ultraspécialisées.

🔶Parce qu’un seul grain de sable peut tout bloquer.
 

🚢 Exemple : Le canal de Suez. Un des points de passage les plus stratégiques du commerce mondial. Ultra-optimisé.

Résultat : en 2021, un bateau (le Ever Given) s’échoue, et 12 % du commerce mondial est bloqué pendant six jours.

Perte estimée ? 10 milliards de dollars par jour !

 

 
  2️⃣ L’effet rebond : l’art de consommer plus en voulant consommer moins


Les avions sont plus économes en kérosène qu’avant. Super, non ?
 

🔶 Sauf que… ça a permis de baisser les prix des billets.


🔶Résultat : on prend plus l’avion.


🔶Bilan final : On consomme plus de kérosène qu’avant.
 

C’est ça, l’effet rebond : les gains d’efficacité entraînent une augmentation de la consommation globale.
 

✈️ Autres exemples :
 

🔶Les voitures sont plus économes → on roule plus.

🔶Les ampoules LED consomment moins → on en installe plus (et on les laisse allumées).


🔶Les vêtements sont moins chers → on en achète plus (et on les jette plus vite).
 

Morale : Optimiser, c’est bien. Mais si on ne change pas nos comportements, ça ne sert à rien.
 

 
  3️⃣ La sobriété paradoxale : quand trop de contraintes mènent à plus de gaspillage


On nous dit : "Soyez sobres ! Consommez moins !"
 

Problème : Si on impose la sobriété comme une contrainte d’entrée (ex. : fabriquer des objets jetables "écolos"), ça peut avoir l’effet inverse.
 

Exemple : Un objet jetable "éco-conçu" (moins de matière) 

🔶on en achète plus 

🔶on consomme plus de ressources au final.
 

La solution ? Faire en sorte que la sobriété soit un produit de sortie.
 

🍾 Exemple : Le verre consigné.
 

🔶Il est plus lourd (donc plus de ressources pour le fabriquer).

🔷 Mais comme il est réutilisable, il génère de la sobriété.
 

Morale : Moins de contraintes, plus de bon sens.
 

 
  🌱 Partie 4 : Et maintenant, on fait quoi ?

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut changer les choses. À condition de repenser notre rapport à la performance.
 

 
  1️⃣ Mettre la performance au second plan


La performance, c’est bien. Mais ce n’est pas une fin en soi.
 

🔷 Il faut apprendre à vivre en harmonie avec le monde, et pas contre lui
 

Exemple : En agriculture, on peut produire suffisamment de nourriture sans détruire les sols et la biodiversité.
 

🌾 Le saviez-vous ? L’agriculture intensive a permis de tripler la production alimentaire… mais au prix d’une destruction massive des écosystèmes. Résultat : dégradation des sols, disparition des insectes, famines à long terme.
 

 
  2️⃣ Créer des systèmes résilients

Moins d’optimisation, plus de redondance.
 

🔷Exemple : Produire localement, même si c’est un peu plus cher.

🔷 Avantage : Si un truc cloche à l’autre bout du monde, on n’est pas dans la panade.
 

🏭 Contre-exemple : La mondialisation ultra-optimisée nous a rendus ultra-vulnérables.
 

🔶Une pénurie de puces à Taïwan → plus de voitures, plus d’ordinateurs, plus de smartphones.


🔶Une guerre en Ukraine → crise énergétique en Europe.
 

 
  3️⃣ Favoriser la durabilité

Plutôt que de fabriquer des objets jetables, même "écolos", créons des objets durables et réutilisables.
 

🔷Exemple : Le verre consigné (comme on l’a vu plus haut).

🔷 Autre exemple : Les vêtements réparables et intemporels (au lieu de la fast-fashion).
 

♻️ Le saviez-vous ? 40 % des vêtements achetés ne sont jamais portés. Et 85 % finissent en décharge ou incinérés.
 

 
  4️⃣ Repenser nos indicateurs

Et si on arrêtait de mesurer la performance avec des chiffres qui ne veulent rien dire ?
 

🔶Exemple : Le PIB ne mesure pas le bien-être ni la santé de la planète.

🔷 Solution : Utiliser des indicateurs plus holistiques (qualité de vie, santé des écosystèmes, bien-être social).
 

📊 Idée : Et si on mesurait la richesse d’un pays par :
 

🔷Le taux de bonheur de ses habitants ?

🔷La qualité de son air et de son eau ?

🔷La biodiversité de ses écosystèmes ?
 

 
 

 
🎯 Conclusion : Le choix est entre nos mains

Alors, prêt à ralentir ?
 

🔶 Non, il ne s’agit pas de retourner à l’âge des cavernes.

🔷 Oui, il s’agit de repenser notre rapport au monde.
 

La bonne nouvelle ? On a encore le choix.
 

🔶 On peut continuer à courser la performance… et finir droit dans le mur.

🔷 Ou on peut apprendre à vivre autrement… et peut-être, juste peut-être, sauver ce qui peut encore l’être.
 

Et vous, vous choisissez quoi ? 😉
 

 
  📌 Liste des termes techniques expliqués

Terme

Définition simple

Exemple/Analogie

Extermination de masse

Disparition rapide d’un grand nombre d’espèces, bien plus rapide que les extinctions naturelles.

70 % des vertébrés en 50 ans vs extinction des dinosaures en 66 millions d’années.

Dérèglement climatique

Terme qui inclut les variations extrêmes (canicules, inondations) et pas seulement l’augmentation moyenne des températures.

Canicules à 50°C, ouragans dévastateurs.

Biomasse

Masse totale des organismes vivants dans un écosystème.

Plantes, animaux, micro-organismes dans une forêt.

Services écosystémiques

Bénéfices que les humains tirent des écosystèmes.

Pollinisation, purification de l’eau, régulation du climat.

Énergie de stock

Énergie accumulée sur de longues périodes (pétrole, charbon).

Opposée à l’énergie de flux (solaire, éolien).

Efficacité vs Efficience

Efficacité = atteindre un objectif. Efficience = atteindre un objectif avec le moins de ressources possible.

Performance = efficacité + efficience.

Loi de Goodhart

Quand une mesure devient une cible, elle cesse d’être fiable.

Notes à l’école → bachotage. KPI en entreprise → négligence d’autres aspects.

Effet rebond

Les gains d’efficacité entraînent une augmentation de la consommation globale.

Avions plus économes → plus de vols → plus de kérosène consommé.

Sobriété (produit de sortie)

La sobriété émerge naturellement des conditions créées (ex. : objets durables).

Verre consigné → réutilisation → sobriété.

 


N.D.L.R
 

Dans cette vidéo, Olivier Amand introduit une quantité de concepts extrêmement importants, mais relativement peu usités, en tout cas dans les médias grand public. 
 

Et, pour cause : Olivier Amand tire ces concepts de son expérience de biologiste. 
 

La biologie, je le rappelle, c’est la science qui étudie les êtres vivants et les lois de la vie. Par conséquent, un biologiste est plus apte à prévoir ou à évaluer ce qui va arriver à la vie et aux êtres vivants qu'un économiste. Cela paraît évident, mais dans toutes les tables rondes à la télévision et ailleurs, on voit pérorer beaucoup plus souvent des économistes que des biologistes.  

Pour pouvoir expliquer de façon compréhensible à un public de non-biologistes les concepts avancés par Olivier Hamant, j'ai fait appel, exceptionnellement, à une intelligence artificielle française, Mistral Medium 3.5.

Je n'ai pas été déçu par la qualité exceptionnelle de sa collaboration. 

 

Et pour cause, quoi, de mieux qu'une intelligence artificielle française et de qualité pour expliciter les concepts d'un biologiste français et de qualité également.

Avant de faire appel à Mistral, j'avais utilisé, exceptionnellement également, Gemini 3.5, en mode thinking, 
Le résultat de la recherche poussée de Gemini fut d'une qualité exceptionnelle, certes, mais très peu compréhensible pour la majorité d'entre nous. 
 

C'est la raison pour laquelle j'ai pensé tout de suite à Mistral, dont je n'ai pas l'habitude de me servir, et j'avais tort, pour expliciter effectivement, de façon extrêmement intelligible, la totalité des concepts utilisés par Olivier Hamant.

Pour tous ces passages d'une intelligence artificielle à une autre, j'utilise régulièrement l'excellente application Kiro, concoctée par Renaud Dekode et son équipe, et dont je vous ai entretenu récemment, avec un article sur ce site. 

 

Je rappelle que cette application utilise des API, c'est-à-dire des modules informatiques qui permettent d'être facturés très exactement par une intelligence artificielle payante en fonction de ce qu'on lui demande et de la longueur de sa réponse.
 

Donc, plutôt que de souscrire de nouveau un abonnement, j’ai acheté pour 5 € d'API à la plupart des grandes intelligences artificielles, du moment, aussi bien américaines que chinoises. 
 

Ce qui me permet désormais d'utiliser l'intelligence artificielle la mieux adaptée à ce que je veux faire. 
 

En l'occurrence, ce fut Mistral. Et ce le sera souvent à l’avenir, puisque ce site est Français et excellent de surcroît. Pour ceux qui ne l'auraient pas remarqué, mon site propose également et pour le même prix, à savoir : zéro euro, la traduction par Google dans trois autres langues : l'espagnol, l'anglais et l'allemand.

Pour information, la prestation de Mistral utilisa 12 000 tokens en sortie et m'a coûté la modique somme de … 9 centimes de dollars. Imaginez tout ce que l'on peut faire avec cinq dollars.

 
Source :

https://www.youtube.com/watch?v=DhhHzTqAHiI&t=6s

 

 

 

Dimanche 12 Juillet 2026
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