Les sacrifiés de l'intelligence artificielle


Il y a des vérités que la Silicon Valley préfère garder sous le tapis. L'intelligence artificielle, cette merveille qui fait rêver les uns et trembler les autres, repose sur les épaules d'une armée invisible de précaires, d'exploités, de sous-payés. Bienvenue dans le sale boulot du futur. Une superbe vidéo de Cash Investigation de 2019, ressortie en 2026. Ne pas rater, à la fin de l'article, une superbe vidéo de NotebookLM version 2006 qui, en quelques minutes, nous fait parfaitement comprendre une vidéo beaucoup plus longue.



Image ; ChatGPT


Le Turc mécanique d'Amazon : vieille arnaque, nouvelle sauce

Tout commence avec Amazon et son « Mechanical Turk », lancé en 2005. Le nom n'est pas anodin : au XVIIIe siècle, le baron von Kempelen avait présenté à la cour de Marie-Thérèse d'Autriche un automate capable de jouer aux échecs. Le secret ? Un vrai joueur humain caché dans la machine.

Amazon a recyclé l'arnaque à grande échelle. Derrière ses algorithmes, des centaines de milliers de « Turkers » — des humains en chair et en os — réalisent à la chaîne des tâches microscopiques : identifier des images, transcrire des sons, étiqueter des données. Rémunération ? Quelques centimes de dollar par tâche. Parfois moins. La grande innovation de l'IA, c'est d'abord ça : faire passer du travail humain pour de la magie algorithmique.


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  Les micro-travailleurs : une main-d'œuvre mondiale et fantôme

Henri Poulain, dans son documentaire « Les sacrifiés de l'IA » (France 2, 2025, 73 minutes), a poussé la porte de cet univers avec une caméra et pas mal de courage. Ce qu'il y a trouvé ? Des gens au Kenya, aux Philippines, au Venezuela, en Inde, qui annotent des données, entraînent des modèles de langage, filtrent des contenus toxiques — pour que nos ChatGPT et autres Gemini paraissent « intelligents ». Ces travailleurs du clic sont rémunérés en dessous du salaire minimum de leur propre pays, sans contrat, sans protection sociale, sans recours.

Le chercheur Antonio Casilli, co-auteur du film et auteur de En attendant les robots, a une formule qui claque : l'IA n'est pas artificielle, elle est artificiellement artificielle. Sous le capot, il y a des humains. Beaucoup d'humains. Mal payés. Invisibles.

 
  Uber, Deliveroo : même combat, autre uniforme

Ce modèle d'exploitation n'est pas l'apanage de la Silicon Valley des algorithmes. Uber et Deliveroo ont industrialisé la même logique, avec un vélo ou une voiture en plus. Le livreur qui pédale sous la pluie à Barcelone, Madrid ou Paris n'est pas un employé : c'est un « partenaire indépendant ». Traduction : pas de charges sociales, pas de congés, pas d'arrêt maladie. Les plateformes encaissent la commission, l'application dicte les tarifs, et le gars qui sonne à votre porte assume tous les risques.

L'algorithme, ici, ne remplace pas l'humain : il le contrôle, le note, le punit, le désactive. C'est le taylorisme du XXIe siècle, avec une interface colorée.

 
  Les modérateurs de Facebook : voir l'horreur pour un salaire de misère

Il y a pire encore dans la chaîne alimentaire du web : les modérateurs de contenu. Ce sont eux qui regardent, toute la journée, les vidéos de décapitations, d'abus sur enfants, de propagande terroriste — pour que votre fil d'actualité reste « sûr ». Facebook, YouTube, TikTok externalisent massivement cette tâche à des prestataires installés en Afrique ou en Asie du Sud-Est.

Trauma psychologique garanti, suivi psychologique absent, salaire indigent. Une enquête de 2019 — relayée notamment dans la vidéo de deridet.com publiée sur YouTube — avait mis en lumière les conditions de travail hallucinantes de ces boucliers humains du web. Certains développent des syndromes post-traumatiques comparables à ceux des soldats de retour de guerre. Eux, ils reviennent de leur bureau tous les soirs.

 
  La grande illusion

On nous vend l'IA comme le triomphe de la machine sur la condition humaine. La réalité est plus prosaïque et bien plus sordide : l'IA est une pyramide de Ponzi technologique dont les fondations reposent sur du travail humain sous-rémunéré, dissimulé, délocalisé.

Amazon a eu au moins l'honnêteté — involontaire — de donner un nom honnête à son système. Le Turc mécanique. Un humain caché dans la machine. Rien n'a changé depuis le XVIIIe siècle. On a juste ajouté une connexion haut débit et une politique de confidentialité de 47 pages.
 

 
 

Sources principales :

Henri Poulain, Les sacrifiés de l'IA, France 2, 2025 

Antonio Casilli, En attendant les robots, Seuil, 2019 

Arte, Les travailleurs du clic / Les sacrifiés de l'IA (YouTube, 2019)
https://www.youtube.com/watch?v=PqYopgZ2_AA
 

Archives deridet.com / PDF Les sacrifiés de l'I.A. (2025) :
https://www.google.com/url?client=internal-element-cse&cx=016021337178757657355:z0g8upsnr40&q=https://www.deridet.com/attachment/2757282/&sa=U&ved=2ahUKEwj76-3zicOTAxXBUaQEHdjKB2gQFnoECAQQAQ&usg=AOvVaw3uyRCFjjEBMx378B9rIYlL&fexp=121574859,121574858,73152292,73152290



 
 
 

 


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Entièrement réalisée par NotebookLM, version mars 2026,
à partir de la vidéo d'Arte.
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Samedi 28 Mars 2026
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