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« La vieillesse est un naufrage, si l'on refuse d'apprendre à nager » [G.D]



Il existe chez les êtres humains non pas deux, mais cinq sexes (!)

Dixit la biologiste Anne Fausto-Sterling. Ne le répétez pas Dame Boutin ou à Mgr 23, ils vont nous refaire un manif. Un article fort intéressant du blog sexe du Monde. Comme vous le constatez, j'ai de saines lectures.



Hermaphrodite endormi. Oeuvre romaine d'époque impériale (IIe siècle après J.-C) Musée du Louvre
Hermaphrodite endormi. Oeuvre romaine d'époque impériale (IIe siècle après J.-C) Musée du Louvre
09 novembre 2012, par Frédéric JOIGNOT
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Le 8 novembre 1838 naissait Herculine Barbin, devenue l’héroïne des hermaphrodites ou « intersexués »
(Hermaphrodite endormi Oeuvre romaine d'époque impériale (IIe siècle après J.-C).)

1 – Où l'on découvre la triste histoire de l’hermaphrodite Herculine Barbin.

« Le lendemain de cette nuit trouva Sara anéantie ! Ses yeux, rougis par les larmes, portaient l’empreinte d’une insomnie cruellement tourmentée (…) Je n’avais pas la force de lever les yeux sur Madame P, pauvre femme qui ne voyait en moi que l’amie de sa fille, tandis que j’étais son amant. » Nous sommes l’été 1858, Axelina Barbin, vingt ans, institutrice, a passé la nuit avec sa jeune collègue Sara dans un pensionnat de La Rochelle. Elle raconte sa passion dans son journal intime, en proie au plus grand déchirement. Car Axelina, née Adélaïde Herculine le 8 novembre 1838 à Saint Jean d’Angély, déclarée comme fille par ses parents, présente une morphologie rare. Née avec un vagin, elle présente un court pénis, pas de sein, et doit se raser pour vivre au milieu des femmes. Elle est hermaphrodite... Longtemps, elle s’est considérée comme une adolescente laide et mal fichue. Et elle, si pieuse, se sent attirée par les femmes. Jusqu’à cette nuit bouleversante avec Sara. « Mon Dieu ! Ai-je été coupable ? et dois-je donc ici m’accuser d’un crime ? Non ! Non ! Cette faute ne fut pas la mienne, mais celle d’une fatalité sans exemple, à laquelle je ne pouvais résister ! » Éperdue, elle court confesser son désarroi à l’évêque de Saintes. Il lui conseille de consulter un médecin. Qui en réfère aux autorités. La jeune Herculine Barbin se retrouve aussitôt déclarée « homme » par l’État Civil. Il s’appelle désormais Abel Barbin et doit quitter le pensionnat de filles où il exerce. Huit ans plus tard, on le retrouvera dans un garnis du quartier latin, suicidé au gaz d’éclairage.

Herculine-Abel Barbin aurait été oubliée sans son journal, publié en 1874 dans une revue médicolégale. L’écrivain allemand Oscar Panizza en tire en 1893 le roman « Un scandale au couvent » (La Différence, 2002), René Feret son film « Le mystère Alexina » (1984). En 1978, Michel Foucault l’exhume (Herculine Barbin. Gallimard). Le philosophe voit dans la décision de l’État-civil d’en faire un homme malgré son vagin la volonté nouvelle de diviser le monde en deux « vrais sexes » : le « fort » et le « faible ». Chaque personne est nécessairement d’un sexe, pas d’un autre. Ce serait une donnée naturelle, associé à des spécificités physiques et psychiques irréductibles. Le vrai sexe impliquerait les parties génitales, l’appareil de procréation, la morphologie, mais encore formaterait profondément l’individu, le ferait viril ou féminisé, actif ou passif, intelligent ou intuitif, et déterminerait son genre : il lui ferait mériter un gros salaire, avoir le droit de vote, être chef de famille, etc.

Que faire alors des hermaphrodites ? Il faut, comme Herculine Barbin, identifier leur « vrai sexe » sous leur ambiguïté contre nature. Si les opérer à la naissance pour en faire des femmes ou des hommes. Cette conception manichéenne perdure aujourd’hui, même si elle est battue en brèche par les associations de défense des minorités. Ainsi en France, les transsexuels étaient encore catalogués comme des « malades mentaux » jusqu’en février 2010. Quant aux hermaphrodites beaucoup sont encore opérés à deux ans. Voilà pourquoi le 23 octobre 2010, quelques centaines d’entre eux manifestaient ensemble à Paris à l’appel des associations LGBT (Lesbienne-gay-bi-trans-et-intersexuels) pour que leur liberté de choix soit reconnue. Herculine Barbin est leur héroïne : voilà pourquoi la journée mondiale de solidarité envers les hermaphrodites maltraités a été arrêtée 8 novembre, date de sa naissance.

2 - Où Laurence nous parle de Laurent, et réciproquement

C’est une jeune femme blonde, ronde, la chevelure bouclée, de beaux yeux clairs, à peine maquillée. Jeans, baskets, casual, la trentaine. Appelons la Laurence. Elle a accepté de témoigner - et pas de se montrer : « Je ne suis pas un freaks ». Jusque récemment, Laurence se présentait en Laurent. Cheveux plus courts, aucun fond de teint. Mais depuis deux ans, il a décidé d’opter pour une personnalité féminine. Tout commence dans la petite enfance. Reconnue comme un garçon au vu de ses organes sexuels, ses parents constatent vite une ambiguïté : ses testicules ne descendent pas, son pénis, très court, est attaché par de la chair, il présente un hyposdadias, une fente non pas dans le gland mais en bas de la verge. À six ans, les médecins décident de l’opérer. « Ils voulaient tout remettre en place. L’intervention a été très douloureuse. J’avais l’impression d’être traité comme un morceau de chair.» Se faire opérer les parties génitales est toujours une épreuve qui affecte la vision de soi, l’image de son corps, la vie affective. Laurent a l’impression d’être anormal. Ses parents, sans penser à mal, lui conseillent de cacher ses cicatrices, ce qui le complexe, et va paralyser pour des années ses relations sexuelles. Quant aux docteurs, ils ne comprennent rien à son cas. Rafistoler son sexe suffit, pensent-ils, et ne décident aucun suivi, ni hormonal, ni psychologique.

Or, le jeune Laurent est très angoissé par sa virilité, qu’il assume difficilement. «Après l’opération, le médecin m’a dit : « Tu es un vrai garçon maintenant. Je l’ai très mal pris. » À l’école, chez lui, au lycée, Laurent le premier de la classe déteste le foot, les bagarres, passe du temps avec les filles, se fait des copines, aime s’isoler. Voilà qu’à l’adolescence, soudainement, il grossit, son corps se féminise, des seins lui poussent... Son médecin généraliste ne comprend pas. Laurent non plus, même si cela ne lui déplait pas. Puis il maigrit à nouveau. Des photos de cette époque montrent un jeune lycéen blond, beau gosse, avec une mèche sur le front. «J’étais un vrai minet, non ?» En même temps, il se sent égaré, inquiet, quant à son identité sexuelle. Il ne connaît que des histoires platoniques, a peur des filles. Laurent mettra des années avant de savoir qu’il présente un « hypogonadisme », une production ralentie de la testostérone et des caractères sexuels masculins, associé une « gynécomastie », un développement des glandes mammaires. Laurent est un défi au « vrai sexe ». La première fois qu’il fait l’amour avec une femme, à 24 ans, elle le prend pour une fille.

Il lui faudra attendre ses trente ans pour accepter son ambivalence, et cesser de se considérer comme un cas pathologique. Aujourd’hui, après avoir trouvé un compagnon, découvert sa sexualité, Laurent a choisi de parachever sa transformation en femme. Il considère avoir été maltraité et incompris des médecins pendant toute la première partie de sa vie, se dit toujours très étonné de « leur incompétence » et « leurs idées toutes faites » sur ces questions.

3- Où Alain raconte Aline

Allons maintenant à la rencontre d’Alain, un jeune homme né Aline en 1987. Lui aussi veut rester anonyme. À sa naissance, il présente une ambiguïté sexuelle qui n’inquiète pas les médecins. Pour eux, c’est une fille, même si, génitalement, elle semble bien virile. Mais ils ne jugent pas nécessaire de l’opérer. « J’ai eu de la chance, reconnaît Alain, car si une telle procédure avait eu lieu, elle aurait eu pour but de féminiser mes organes génitaux, ce qui aurait eu des conséquences catastrophiques pour la suite.» De fait, la plupart des gens le prennent pour un garçon, et la jeune Aline se sent plutôt « masculin » - même si elle comprend que son sexe ne l’est pas. Mais voilà qu’à six ans, voyant une petite fille nue, elle découvre n’être pas vraiment féminine non plus. «D’être ni l’un, ni l’autre, dans une sorte d’entre-deux m’a inquiété. J’ai commencé à avoir honte de mon corps, je me trouvais anormal, j’avais la hantise d’être vue nue.»

À la puberté, Aline se conçoit de plus en plus en garçon, mais son corps prend des formes, des rondeurs, des seins. Au lycée, beaucoup d’élèves se moquent d’elle, l’agressent. «Trois élèves m’ont déshabillée de force, ils voulaient vérifier si j’étais une fille ou un garçon. Ils m’ont traité de monstre.» Aline a onze ans. Elle fuit toute compagnie, malheureuse. L’âge avançant, elle se virilise, grandit vite, sa voix devient rauque. Les insultes, les railleries n’arrêtent plus. «Je me sentais extrêmement seul. Je n’imaginais pas que quelqu’un puisse être aussi étrange que moi.» À quinze ans, elle découvre « Middlesex » (Seuil, 2004) le roman de Jeffrey Eugenides sur l’hermaphrodite Calliope.

C’est une révélation. Aline n’est plus seule au monde. Elle demande à voir un endocrinologue. Il découvre un important déséquilibre entre oestrogènes et testostérone. Il comprend aussi qu’Aline se considère un homme. Il décide de l’aider à changer de sexe, en suivant les procédures légales. Elle y décidée. Aline, qui voit dans les transsexuels « des personnes proches», suit alors un traitement à base de testostérone pour se viriliser. À dix-sept ans, elle fait « corriger » sa poitrine de femme. À dix-huit ans, une équipe chirurgicale pratique une hystérectomie - l’ablation du vagin - associée à une reconstruction génitale. Des opérations lourdes - de sens aussi. Pour son entrée en faculté, Aline est devenue Alain. Il a changé d’identité, et dit avoir retrouvé enfin «un peu de sérénité». Aujourd’hui, il vit depuis sept ans en couple avec sa compagne, et se consacre à l’Association Orféo qui vient en aide aux personnes intersexuées.

4 - Où un hermaphrodite est devenu un « intersexué » puis une « anomalie »

Hermaphrodite… Fils d’Hermès et d’Aphrodite, il refuse l’amour passionné de la naïade Salmacis, fille de Poséidon. Alors, pour l’allier à lui pour toujours, le dieu les mêle en un seul corps. Depuis, l’hermaprodisme désigne l’association des deux sexes en une même créature. S’il reste rare dans la nature, il est courant parmi les plantes à fleurs et se manifeste en zoologie chez les cochenilles, les coquilles Saint-Jacques, les escargots, les lombrics, sans oublier les hermaphrodites successifs que sont le mérou, le poisson clown - le fameux « Nemo » des studios Pixar - certaines grenouilles et plusieurs serpents. On le rencontre aussi chez les humains - souvenez-vous du Chevalier d’Eon, le troublant espion de Louis XV. Selon la biologiste Anne Fausto-Sterling, il faudrait plutôt dire qu’il existe chez les humains non pas 2 mais 5 sexes : les femmes, les hommes, les hermaphrodites vrais, les hermaphrodites féminins et les masculins.

La suite ici

En Thaïlande lorsqu'on voit une très belle femme, c'est souvent un homme...
En Thaïlande lorsqu'on voit une très belle femme, c'est souvent un homme...
Les katoeys: histoire d’un tabou thaïlandais. (Source http://gavroche-thailande.com )

Publié par Dreamman le 27/12/2008

En Thaïlande, il y a les femmes, les hommes… et les katoeys. Monde de transsexuels visiblement intégrés dans une société qui ne semble même plus y prêter attention, ce « troisième sexe » travaille, mange et sort comme n’importe quel autre citoyen du Pays du Sourire. Pourtant, en pratique, le chemin vers la reconnaissance semble encore long : objets d’attractions touristiques et de rejet traditionaliste, les katoeys souffrent d’une image stéréotypée qui les marginalisent dans un faux-semblant d’intégration. Rencontre avec ces femmes du second type.

Il est 10 heures pétantes lorsque Am, 16 ans, monte sur scène pour exécuter sa chorégraphie dans une gestuelle parfaite, une gestuelle qu’elle répète inlassablement depuis trois ans, depuis qu’elle a commencé à se produire sur la petite scène de Samlan Road, au marché du dimanche de Chiang Mai. Elle appelle cela un cabaret show, un des seuls moments dans la semaine où elle peut être “normale”. Car Am est, en réalité et en théorie, une femme enfermée dans un corps d’homme, une katoey dans le langage thaïlandais.

Dans l’un des pays au monde où la trans-sexualité est la plus visible et consentie par la société, il semble pourtant que les katoeys souffrent d’une sorte d’isolement dû à leur choix, ou plutôt à leur évidence. Alors que, dans la tradition thaïlandaise, les relations sexuelles pré-maritales sont mal perçues, la socialisation se faisait naturellement avec des individus du même sexe. Dans les milieux ruraux, où il était impossible de trouver une prostituée, il était alors préférable de fréquenter une katoey plutôt qu’une jeune femme, dont la réputation aurait été perdue si la liaison avait été découverte. Qu’un célibataire côtoie une katoey était toléré dès lors qu’il abandonnait ces pratiques après le ma-riage. Certains usages thaïlandais voulaient même qu’un jeune homme puisse fréquenter le “troisième sexe” avant, évidemment, qu’il ne revienne dans “le droit chemin” et se marie.

Et qu’est-ce qui a changé aujourd’hui? Rien ou presque. Am vit toujours la même situation que des milliers de katoeys avant elle. Avec quelques unes de ses amies, mi-hommes, mi-femmes elles aussi, cette jeune fille aux grands yeux noirs et à la voix si sombre, arpente également la scène pour défiler dans un déhanchement à faire jalouser les “vraies” filles, et dans sa robe pailletée de bleu et de blanc, elle fait rire. Les spectateurs qui ont pris place au premier rang pouffent car «ces hommes qui se dandinent sont décidément une bien piètre imitation de ce que sont les femmes en réalité», argumente Samnuek, vendeur de bijoux sur un stand attenant à la scène. «Je les vois tous les dimanches, je leur parle même parfois et pourtant je ne les trouve pas normaux. J’arrive à les tolérer mais pas à les accepter», explique-t-il, presque désolé. Et Dyo, 38 ans, qui écoute attentivement Samnuek de renchérir: «Je trouve ça dégoûtant, car en réalité ça n’est qu’un moyen de se faire de l’argent et rien d’autre.» Pourtant, il confesse volontiers qu’il a des amis katoeys… Et le présentateur du show ne fait rien pour arranger la situation: il se moque, incite à l’ironie, et les katoeys, toutes alignées dans une pose de mannequin, sourient et répondent le plus normalement aux moqueries. «Par habitude, répond Am, le seul moment où je peux revêtir ma peau de femme est lorsque je mets mon costume de scène, alors je peux bien accepter quelques sarcasmes. Le reste de la semaine, je vais à l’école déguisée en homme car ma famille ne tolère pas que je puisse être autre chose que cela et ne souhaite pas que le reste du village le sache.»


Elle habite au nord de Chiang Mai et là-bas, il n’y a pas de katoeys ou du moins elles ne sont pas visibles, car la religion bouddhiste les considère comme étant la réincarnation d’une femme ayant eu une mauvaise vie antérieure et punie pour ses fautes. Am descend donc toutes les semaines pour avoir quelques heures de liberté et ramener au passage de l’argent pour aider sa famille. Car être une katoey peut rapporter gros et certaines d’entre elles ont réussi à faire de ce “défaut” un atout dans leur vie.

L’identité katoey

Se faire une place au soleil lorsqu’on est une katoey n’est pas chose facile mais certaines, comme l’actrice Som-O, le mannequin Khun Mah ou encore Parinya Kiatbusaba, y sont parvenues. Cette dernière, ancienne boxeuse célèbre pour s’exhiber en soutien-gorge sur le ring, s’impose informellement comme le porte-drapeau de ces “femmes du second type”. Ter, 24 ans, garde d’ailleurs toujours une image d’elle dans son portefeuille pour se souvenir «que c’est possible». Elle s’est rendue compte qu’elle était «prisonnière de son corps» alors qu’elle n’avait que 6 ans. «Lorsque je parlais avec des garçons, j’étais toujours intimidée. J’essayais de leur plaire, alors un jour il a bien fallu que je me rende à l’évidence: je suis une femme.» Ses parents, eux, ont toujours su qu’elle était une fille. Aimée et intégrée comme telle, dans sa famille et son entourage, Ter n’a pas connu le rejet tacite d’une société qui se veut ouverte et tolérante vis-à-vis du troisième sexe, jusqu’à ce qu’elle entre dans le monde du travail. «J’ai fait des études de communication et en cherchant du travail dans le milieu, on m’a, certaines fois, refusé des emplois du fait que je suis une katoey. Un jour, une entreprise m’a même clairement expliqué que j’avais les capacités requises pour occuper le poste mais que le fait que je sois une katoey et qu’il s’agisse d’une place dans la communication – que je devais donc potentiellement être le reflet de la firme – compromettait largement mes chances», raconte-t-elle. Après avoir essuyé de nombreux échecs, Ter a finalement changé de voie et travaille aujourd’hui comme coordinatrice logistique dans une entreprise d’informatique.

Pour Sutthirat et sa sœur jumelle Nui, les choses ont été encore moins simples. Toutes deux katoeys, elles ont passé leur enfance dans un petit village au nord-est du pays. Aînées d’une fa-mille de onze en-fants, elles ont rapidement dû arrêter l’école afin d’aider leurs parents à subvenir aux besoins de cette grande fratrie et ont été envoyées à Bangkok pour soi-disant seconder un ami dans son commerce. Les deux jumelles ont terminé sur le trottoir de Patpong à Silom lorsqu’il s’est rendu compte qu’ils étaient «elles». Voici quatre ans maintenant qu’elles arpentent le bitume de ce repère connu pour ses prostituées et elles n’ont que 18 ans. «Au moins nous n’avons plus à nous cacher de ce que nous sommes et même si le soir nous travaillons, la journée nous avons une vie sociale de jeunes filles de notre âge», explique Sutthirat.

S’il ne faut pas faire d’un cas une généralité, force est de constater que les katoeys sont partout. Reconnaissables ou non, elles battent le pavé de toutes les villes thaïlandaises dans la plus grande indifférence générale et bien qu’elles soient surtout présentes dans les métiers artistiques – danse, chant, maquillage, couture -, elles courent aussi les couloirs des firmes internationales en tailleurs, opèrent les malades ou encore sont derrière un microscope à rechercher une solution pour demain pouvoir guérir du sida. Dans le fourmillement de la ville, pas de distinction entre femme, homme et katoey mais dans le cheminement de l’esprit qu’en est-il? Nourri par l’image banalisée que renvoient les émissions télévisées où le troisième sexe apparaît comme excentrique, volubile et superficiel, ou emprisonné derrière le cliché de ces personnes «sexuellement déviantes» façonné par le gouvernement, les stéréotypes ont la vie dure.

Une question d’apparence?

Bo a 23 ans et fait des études linguistiques dans une université de Bangkok. C’est sa grande fierté et sa grande bataille aussi. «Mes parents n’ont pas été spécialement ravis d’apprendre que j’étais une katoey, et même s’ils ne m’ont pas jeté à la porte, ils m’ont envoyé à la capitale pour éviter les ragots», avoue-t-elle.Ils souhaitaient l’envoyer à l’armée pour qu’elle se «déféminise» mais «même eux ne voulaient pas de moi. J’étais trop maniérée et pas assez “investie” selon eux.» Bo a donc choisi de faire des études, mais là aussi elle a dû lutter pour ne pas avoir à se déguiser. «Je pensais qu’à la capitale, cela serait plus facile pour moi mais en fin de compte, être une katoey reste un combat de tous les jours. L’université veut que je porte un uniforme masculin», s’indigne-t-elle. Le système a donc encore ses limites. Dans une société qui se targue de ne faire aucune différence entre les trois sexes et s’enorgueillit ouvertement d’une renommée internationale en ce qui concerne la chirurgie plastique, la surface s’égratigne et laisse apparaître une réalité où les katoeys ne sont pas prises au sérieux et sont même ignorées par peur.Deux heures et demi et 100,000 bahts plus tard, un homme peut physiquement être transformé en femme dans une clinique publique, et pour 50,000 bahts dans un hôpital. Avec les hormones en vente libre sur les marchés, le changement de sexe semble bien simple. Et Ter, Sutthirat et Boy songent toutes depuis près de dix ans sans jamais avoir pu réaliser leur rêve, ce qui, pour elles, pourrait changer définitivement leur vie et «mettre fin à un cauchemar», confie Bo. Elle compte d’ailleurs enfin se faire opérer le mois prochain. Tout est prêt: sa valise pour l’hôpital attend dans un coin de sa chambre et la date est déjà fixée depuis quelques mois. «Car il y a du monde sur la liste d’attente et maintenant que ma famille m’a donné son aval, je ne veux plus patienter», livre-t-elle, sourire aux lèvres. Pour pouvoir vivre sa «vraie» vie, Bo a donc préféré se faire répudier par ses proches que renoncer à devenir une femme.

Le sujet est délicat car elle souffre d’avoir dû choisir «entre deux choses qui me sont indispensables dans la vie». Sutthirat, elle, n’a même pas eu le choix: l’examen annuel effectué avant toute opération s’est révélé négatif. La commission qui a statué sur son équilibre psychologique a estimé qu’elle n’avait pas l’air sûre de son vœu et qu’elle devait réfléchir à l’éventualité de rester un homme. «Pourtant, je n’ai jamais été aussi sûre de moi. J’en rêve avec ma sœur depuis que nous sommes enfants et elle a réussi le test alors que moi non», soupire-t-elle. Mais rien n’est encore perdu et elle songe sérieusement à faire la demande dans une clinique privée. Elle sait qu’il faut payer au moins le double du prix d’une opération dans un hôpitalpublic, alors elle travaillera plus et pense même à utiliser une partie de ses économies, mises de côté pour un futur voyage à Paris avec son amoureux, Banya. Pour lui, cette opération est essentielle, elle lui permettrait enfin d’arrêter de se cacher comme il le fait tous les jours depuis quatre ans et demi. «Si son entourage le savait, cela serait très mal perçu car il serait alors qualifié d’homosexuel et considéré comme quelqu’un pour qui il faut avoir encore moins de respect qu’un animal. Cette opération est donc vitale», détaille Sutthirat.

Une longue attente
Ter, elle, continue toujours à mettre de l’argent de côté. Elle travaille six jours sur sept depuis maintenant quatre ans pour devenir une vraie femme. «Je suis une femme dans ma tête, je veux juste en avoir l’apparence», argumente-t-elle, souriant à l’idée que son opération aura lieu dans un an. Elle veut se faire opérer dans un hôpital public car dans une clinique privée cela reviendrait à attendre encore, ce qui n’est plus envisageable pour elle. Tous les mois, elle se rend à l’hôpital où elle a choisi de se faire «délivrer de son corps d’homme», plaisante-t-elle, pour s’imprégner du lieu et rêver à sa «nouvelle vie». «Après mon opération, la première chose que je ferai sera de participer à un concours de beauté. Ensuite, je voudrais changer de métier pour enfin faire de la communication.» Et quant à parler de vie sentimentale et de fonder une famille, Ter ne l’envisage pas. Elle pense simplement que les katoeys n’y ont pas le droit. «Je pense que je finirai ma vie seule car les hommes qui aiment les katoeys n’existent pas», estime Ter. «D’ailleurs, je ne pense pas avoir d’enfants non plus car même si je pouvais en adopter, je les éduquerai pour qu’ils m’appellent maman et les gens dans la rue nous regarderaient de travers. Il n’est pas possible de se faire poser un utérus pour avoir des enfants, n’est-ce pas?», demande-t-elle sérieusement. Elle réfléchit à sa future vie avec un pragmatisme déconcertant. Am, malgré son jeune âge, l’a déjà compris elle aussi. Et alors qu’elle se remaquille devant un petit miroir de poche, elle lance, comme pour se convaincre elle-même: «Les katoeys ont moins d’occasions de séduire des hommes que les vraies femmes, alors il faut que nous prenions plus soin de nous.»

L’opinion générale reste tout de même que les katoeys se sont incorporées dans la société thaïlandaise, et pour un touriste de passage, les voir marcher dans la rue, prendre le métro, faire leurs courses le plus normalement du monde est sans doute surprenant. Le troisième sexe aurait-il gagné le droit à l’intégration, mais marginale seulement? Etre assimilé à une société tout en échappant à son fonctionnement?
Le 29 septembre dernier, le gouvernement annonçait qu’il serait désormais possible pour les katoeys de voir le gendre “Mademoiselle” affiché sur leur carte d’identité. Ce grand pas vers la reconnaissance sociétale refusé durant des années, montre bien le nouvel effort du pays pour une intégration commune. Et même si elle l’annonce fièrement et avec soulagement, Ter n’y croit pas encore totalement, elle est même à la limite de penser qu’il s’agit d’une mauvaise chose. «Cela a certes des avantages, mais ça n’est pas moral, ni honnête envers les Thaïlandais et surtout les hommes, car il n’ont plus aucun moyen de connaître la vérité.» A Singapour, les katoeys ont tous les mêmes droits que n’importe quel habitant. Un endroit qui fait rêver Bo au point d’envisager sérieusement de partir y vivre. Serait-ce le prix à payer pour être “naturelle”?


Source: GAVROCHE THAïLANDE Marie Labat 01/12/2007



N.D.L.R

En Thaïlande, dans chaque Lady Bar, et il y en beaucoup, il y a un, voire plusieurs lady boys. Il se trouve que, contrairement à ce que dit une des katoeys dans l'article ci-dessus, il y a des hommes qui les apprécient.

Pour avoir discuté avec certaines d'entre eux, et après avoir entendu les confidences de certains hommes qui les fréquentent, je confirme.

Les katoeys ne sont pas des travestis, homosexuels masculins qui se déguisent en femmes, ce sont, dans leur tête et dans leur comportement de tous les instants, des femmes, avec souvent des formes féminines irréprochables et, quand elles ne sont pas opérés, un pénis, généralement petit, voire atrophié en raison des hormones femelles qu'ils prennent à haute dose. Au passage les travestis au pénis imposant, généralement brésiliens que l'on peut voir sur Internet n'ont rien à voir avec les katoeys. En revanche, celles qui s'en rapprocheraient le plus sont les "raerae" (voir Google) de Polynésie.

Ces mêmes hormones, qu'ils consomment de longue date, expliquent également la taille imposante des katoeys, souvent aux alentours d'1,80 mètre, qui tranche avec le format plutôt réduit de beaucoup de femmes thaïlandaises. D'où le dicton local : quand on voit en Thaïlande une très belle femme, c'est souvent un homme. Ce qui est tout à fait exact. La première fois que je suis entré dans un lady bar en Thaïlande je me suis jeté sur une suberbe créature, dénuée de tout attribut masculin visible, avant qu'un de mes amis ne mette à jour mes connaissances, au sujet de l'existence des katoeys.

Au lit, les katoeys sont généralement très doux, beaucoup plus extravertis en matière de sexe que la moyenne des femmes thaïlandaises, absolument dépourvus de vééllités sodomites de type actif et en revanche, tout à fait disponibles, évidemment, pour la sodomie de type passif.

Au sujet des hommes qui apprécient les katoeys il faut noter que la plupart ne sont pas homosexuels. Pour la bonne raison, je suppose, que les homosexuels sont plutôt attirés par les hommes que par les femmes.

Quant à l'existence d'un pénis sur un corps de femme, elle ne les effraie pas, mais au contraire les excite. Certainement parce que la plupart des hommes, ont une fascination certaine pour le pénis. Ce qui les fait reculer, généralement, c'est l'homme qui est derrière, si j'ose dire. Mais si, en l'occurence, c'est une très belle femme qui est pourvue de cet appendice, avec une douceur et des attentions plus que féminines, cela change tout. Faut-il rappeler ici qu'un des grands attraits du sexe c'est la transgression. Coucher avec un katoey peut constituer, pour certains hommes, un cas parfait de transgression sans risque. Par ailleurs quand on voit les photos de certains katoeys, on comprend que certains puissent succomber à leurs charmes.

En revanche, il est avéré que peu d'hommes dans ce cas, et en dépit de leur envie, se décident à passer à l'acte. A Samui, il se dit qu'à ce jeu-là les Anglais seraient les moins timides. Mais, c'est certainement une méchanceté typiquement "froggy".








Samedi 26 Janvier 2013

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1.Posté par ngoune le 24/02/2013 02:02
je suis dépassé mais je reconnais que cela existe bien...bravo à la chirurgie et aux scientifiques du monde thaïlandais...cordialement bingo bb kant

2.Posté par alouahtio le 14/04/2013 19:43
En fait c'est des femmes avec un pénis quoi? Ca doit faire bizarre au début, mais perso ça me gênerait pas plus que ça...

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