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« Le meilleur moyen de vivre ses rêves, c'est de se réveiller. » [Paul Valéry]




Un pigeon peut-en déplumer un autre !

Ils se sont baptisés les Pigeons, présentés comme un groupe d’entrepreneurs désireux de liberté et aigris de la politique fiscale française. A peine quelques jours après leur création, la presse s’empare de leur « mouvement » qui semble spontané. Pourtant, des doutes surgissent rapidement autour de cet évènement.

Et pour cause, le mouvement n’existe pas.



La question est : qui est le pigeon ?
La question est : qui est le pigeon ?
Nous pourrions croire à une bienheureuse aventure humaine. Un « buzz positif » d’une quelconque indignation citoyenne. C’est dans l’air du temps. Alors que le groupe facebook de ces « Angry Birds » atteignait à peine 3000 personnes, les grands médias relayent soudainement en cœur l’information : les entrepreneurs se révoltent sur la toile ! BFMtv en parle en direct. Lefigaro, l’Express, Lemonde, Euronews,… Tous s’alignent sans questionnement offrant au petit groupe une visibilité soudaine, presque magique. En moins de 24h, des milliers de citoyens envahissent leurs pages pourtant bien vides. Quelques photos de pigeons photoshopées professionnellement et des revendications.

Qui sont ces pigeons ? Apparemment, un « mouvement virtuel anonyme », non organisé, sans objectifs/moyens clairs, déclaré apolitique et qui use d’une bonne dose d’humour pour présenter son indignation face à la politique fiscale du gouvernement Hollande. Une page banale comme il en existe des millions sur facebook et dont certaines comptent plus d’un million d’utilisateurs. C’est ici qu’un premier doute s’installe. Pourquoi cette nouvelle page peu fréquentée plutôt qu’une autre ? Pourquoi relayer cette information plutôt que toutes les revendications populaires que l’on voit défiler sur nos réseaux sociaux ? Tous les médias se seraient-ils donné le mot pour commencer à promouvoir l’information alternative et les mouvements sociaux ? S’ils en parlent, c’est probablement parce qu’ils considèrent que ces pigeons valent vraiment la peine d’être entendus… Jetons donc un œil sur leurs revendications.

On constate que le groupe n’a (à ce jour) que deux revendications qui concernent la loi de Finances 2013 en France :
La première concerne la création d’une tranche supplémentaire à 45 % au barème progressif de l’impôt sur le revenu. Autrement dit, l’ajout d’une nouvelle tranche d’imposition « au-dessus », concrètement, sur les plus hauts revenus. Ce nouveau barème progressif de l’impôt doit s’appliquer sur les dividendes et les produits de placement. Nos pigeons en perdent leurs plumes. Mais pas n’importe quel pigeon. Seuls les revenus de plus de 150.000 € sont véritablement concernés (les salaires de 13 x le SMIC). C’est à dire 0,01% de la population. Pas 1%, 0,01%. Sur ce point, soit les pigeons qui revendiquent l’insurrection des oiseaux n’ont pas compris que cette disposition s’attaquait aux très riches minoritaires, soit ils sont riches eux-mêmes…

Nos columbidés déclarent pourtant représenter ici les jeunes entrepreneurs et « start-up » dont-on sait que la fiscalité n’est pas des plus favorables. Combien de jeunes indépendants sont concernés par des revenus de 200.000 € par an en début de carrière ? Dans cette éventualité, on constate que l’impôt sur le revenu d’un contribuable célibataire sans enfant dont le revenu net imposable est de 200 000 € (soit environ 17 SMIC) verrait son imposition augmenter de 2.000€. On imagine que cette augmentation dérisoire doit défriser plus d’un pigeon quand celui-ci touche 17 fois le SMIC. Mais admettons.

Si le doute s’est déjà bien infiltré, nous ne pouvons omettre leur deuxième revendication : les auto-entrepreneurs sont aussi touchés par le projet de Loi. En France, un auto-entrepreneur est un indépendant ayant un régime de fiscalité simplifié. Par exemple, si son chiffre d’affaires est nul, il ne paie rien, ce qui est bien normal. Dans le cas de la loi de Finances 2013 sujette à l’indignation de nos amis déplumés, l’auto-entrepreneur garde ce statut et privilèges mais verra ses cotisations augmenter de 3%. Ceci pour équilibrer l’impôt et « l’effort » avec les niveaux de taxation des indépendants et pour partager l’effort en situation de crise. Ces auto-entrepreneurs ont souvent une activité commerciale réduite comme les artistes, journalistes freelance ou autres. Leur indignation semble donc fondée. Dans ce cas, pourquoi les petits indépendants qui gagnent moins qu’un smicard iraient se joindre à des revendications défendant les 0,01% ? Il semble en effet étrange d’amalgamer ces deux mondes totalement différents autour d’une indignation commune. A qui profite cette approximation ?

Par ce tour de passe passe, entrepreneurs de tous bords, indépendants, patrons de PME et créateurs d’activité qui gagnent moins de 150.000€ s’improvisent sans le savoir les défenseurs d’une toute petite minorité de la population qui bénéficient d’un train de vie hors norme alors que l’austérité frappe l’Europe entière. Les prendrait-on assez pigeons au point de défendre les 0,01% ? Ce contre quoi les indignés se battent partout dans le monde ? Mais admettons.

Ce puzzle sceptique appartiendrait peut-être au domaine du conspirationnisme si un élément factuel ne venait pas valider nos doutes. Un fait de taille qu’aucun journaliste n’aura visiblement pris la peine de constater. Le mouvement des Pigeons n’est pas l’expression d’entrepreneurs indignés mais bien une initiative privée comme le démontre l’analyse du WHOIS de leur nom de domaine. Un WHOIS détient les informations légales des personnes responsables d’un nom de domaine qui sont consultables en ligne facilement. En d’autres termes, ce sont les créateurs de « defensepigeons.org » et réseaux s’y rapportant.

Whois

Après analyse du WHOIS de nos volatiles, on constate sans possibilité d’erreur que le groupe des Pigeons est géré par YOPPS, une petite agence de communication Parisienne, spécialisée dans les réseaux sociaux (Yopps – Agence media digital, expérience utilisateur, web et mobile). Une rapide balade sur Yopps.fr et le pot aux roses est découvert. Des pages entières y sont développées sur les moyens de manipuler les utilisateurs des réseaux sociaux comme Facebook pour les rendre actifs et « rentables ». On y apprend comment faire exploser ses « j’aime » ou la manière de calculer la valeur économique d’un fan. Le réseau social devient usine. L’indignation, un motif d’activité. Les Pigeons ? Des moins pigeons qui pigeonnes des pigeons. C’est encore plus savoureux quand on y mêle la politique, l’indignation et les rancœurs sociétales.

Les Pigeons, rien d’autre qu’un « nouveau KONY 2012 » qui n’échappera heureusement pas à notre vigilance citoyenne. Une manipulation purement médiatique qui n’émane pas de l’expression des entrepreneurs mais d’un plan marketing durement ficelé. Aucun mouvement citoyen spontané. Pas de grande idée révolutionnaire. Une campagne publicitaire comme celles dont on nous gave à longueur de journée, à l’exception que celle-ci est plus pernicieuse, palpées de relents politiques nauséabonds. Demeure une question : que pourrait bien faire une société privée à but lucratif avec les coordonnées de plusieurs dizaines de milliers d’entrepreneurs ?

J’ai une pensée pour tous les citoyens dont les fins de mois sont difficiles et qui voient cette page comme une volière où virevoltent quelques camarades déplumés. Le temps d’écrire ces lignes, 4.000 pigeons voyageurs viennent de rejoindre le réseau avec le sentiment d’être libres et de faire partie d’un mouvement qui pourrait bien répondre à leur malaise en société. Pourtant, ce n’est qu’un autre perchoir vide, une nouvelle illusion du monde moderne, une « usine à fans » rentable pour reprendre les mots de l’entreprise à l’origine du buzz… Triste monde où tout est finalement résumé à un chiffre, suivi d’une devise, ou pas…

« Preuve est faite que visages dévots et pieuses actions nous servent à enrober de sucre le diable lui-même. » – V.


Source

Mr Mondialisation

N.D.L.R

A noter que ces pigeons factices ont mis peu de temps à obtenir gain de cause. En effet, bien que rien ne soit joué avant le vote du Parlement, il semblerait que M. Hollande et Mme Pellerin ne soit pas insensibles aux arguments des agences de pub, même déguisés en pigeons. Il est fortement question qu'ils mettent rapidement de l'eau dans dans leur vin.

Deuxième remarque : il s'agit d'une controverse sur les plus-values consécutives à une vente de société. En ce qui me concerne, des messieurs dames qui ne pensent qu'à revendre leur entreprise, et sont obnubilés par la plus-value qu'ils entendent en tirer, me font plutôt penser à des prédateurs de type Tapie plutôt qu'à de véritables créateurs d'entreprises.

Et voilà comment la promesse électorale de M. Hollande de taxer également le capital et le travail, est passée à la trappe. Finalement, il ne faut pas grand-chose pour faire déraper ce nouveau gouvernement, en principe de gauche. Une simple campagne de de communication, comme la publicité nous en inflige à longueur d'année, et le tour est joué. De faux pigeon ont réussi à pigeonner un vrai (?) pigeon.



Le fric a toujours raison, en dernier ressort, et c'est bien pour ça que nous sommes dans la m.

Et pour longtemps.

Un pigeon peut-en déplumer un autre !
Dernières nouvelles : le gouvernement a reculé !

Un article du Figaro

(Quand je commence à citer le Figaro c'est que vraiment que rien ne va plus du côté de la gauche française...)

PS : le recul du gouvernement sur les Pigeons sème le trouble

Par Solenn de Royer
Mis à jour   | publié   Réactions  (124)

Après la fronde des chefs d'entreprise, le ministre de l'Économie Pierre Moscovici, ici au côté de Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, a annoncé, le 4 octobre, des modifications dans la taxation des plus-values de cessions d'entreprises. Crédits photo : KENZO TRIBOUILLARD/AFP

Certains socialistes s'inquiètent de couacs à répétition au sommet de l'État.

Et si les «pigeonnés» n'étaient pas ceux qu'on croit? La question est posée par certains au PS, après le subit recul du gouvernement face à la fronde des «pigeons » ces créateurs d'entreprises qui redoutaient de devoir verser 60 % de leurs plus-values à l'État en revendant leur affaire. Après trois jours de guérilla, notamment sur les réseaux sociaux, le gouvernement a fait machine arrière. «Quand les mesures sont mal calibrées, il faut avoir un dialogue et éventuellement une correction», a reconnu le ministre de l'Économie, Pierre Moscovici.  Lundi sur France 2, le ministre de Budget, Jérôme Cahuzac, n'a pas exclu de nouvelles concessions. Selon lui, la correction de la mesure coûtera «plusieurs centaines de millions d'euros» à l'État.
Sans surprise, ce recul a été vivement critiqué par la gauche de la gauche, le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon ironisant sur «un mauvais signe pour les salariés et un bon signe pour le Medef». Plus inquiétante pour le gouvernement, cette décision a été tout aussi mal vécue au PS, où certains jugent sévèrement un exécutif semblant naviguer à vue, y compris sur les dossiers lourds. Rapporteur du budget à l'Assemblée, Christian Eckert a posté ce week-end sur son blog un billet incendiaire, intituté« Bientôt on écrira la loi sur Internet…» «Des jeunes patrons habiles en communication et ayant des carnets d'adresses bien fournis ont réussi à se faire passer comme des pauvres victimes, écrit-il. Avant même que l'Assemblée n'ait tenu la moindre séance de travail (…), le gouvernement a donné l'image de reculer.» Le député, qui redoute que ce recul n'ouvre la boîte de Pandore, poursuit: «La loi doit-elle se faire sous la pression de la rue, de la presse, ou des internautes?»
Un agacement partagé par la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann  (PS, aile gauche), qui critique «l'impréparation technique et politique» du gouvernement. «Cette affaire a été gérée en catimini, note-t-elle. Il n'y a aucune lisibilité de la stratégie fiscale par rapport aux entreprises. Il n'y a aucune réflexion politique en amont. Une réforme n'est pas seulement technique, elle doit être aussi politique. Sinon, le gouvernement se rend vulnérable à toutes les pressions. Là, il cède en rase campagne, alors que la solution aurait pu être trouvée au Parlement.»
Classé à droite du PS, Christophe Caresche  ne dit pas autre chose. «L'un des sujets où nous étions supposés être le plus au clair, c'était la réforme fiscale! Or, même là-dessus, il y a des hésitations. C'est un peu désespérant», soupire le député de Paris, qui juge que le budget a été élaboré «de manière confidentielle». «Leur obsession, c'était qu'il n'y ait ni fuite ni polémique, avant les annonces, analyse-t-il. Le résultat, c'est qu'on a des polémiques après…» «Il y a un vrai problème de méthode, regrette un autre député PS. On découvre ce budget à la dernière minute, on nous déconseille de déposer le moindre amendement, car cela coûte cher, et là, on cède pour des millions d'euros!»

Mouvement citoyen

Ce recul a troublé aussi les militants PS, qui redoutent les fragilités d'une politique sous le joug de la rigueur. «Les militants sont déchaînés contre ce recul! Si deux millions de chômeurs font de l'agitation sur Facebook, on leur donnera satisfaction?, s'agace un militant venu assister samedi à une réunion parisienne. Quelle faiblesse quand on a fait campagne contre le monde de l'argent!»
Au gouvernement, on fait le dos rond. Si Jérôme Cahuzac a reconnu une erreur de pédagogie, Jean-Marc Ayrault a évoqué une simple «correction». «Ce n'est pas un recul, défend un ministre du pôle Bercy. Après concertation, le gouvernement s'est aperçu que le curseur sur les plus-values de cession était mal ajusté. C'est l'une des vertus de la démocratie…» Ce qui devrait ne pas tomber dans l'oreille d'un sourd… Le mouvement des Pigeons a déjà fait des émules. Sur Twitter, un groupe baptisé «On n'est pas des buses» réclame l'application rapide du non-cumul des mandats. «Ils ont rebondi sur ce mouvement citoyen, note Christophe Rossignol, élu écologiste de la région Centre. Parce que ce fut un vrai succès!»


Vendredi 5 Octobre 2012

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