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« Les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées des réalités des riches. » [Pierre Desproges]




Quand j'étais petit, je jouais au football.

Encore un excelent article de l'excellent site :http://standblog.org/

A savourer en ces temps où les supporters sont de moins en moins supportables.



Quand j'étais petit, je jouais au football.
Oh, je n'étais pas très assidu, mais comme tous mes copains y jouaient, j'ai bien dû m'y mettre. Je me souviens de ce terrain municipal, en bas du village. Je crois bien qu'il était un peu en pente. Mes copains les plus chanceux portaient le maillot vert de St-Etienne et se prennaient pour Platini ou Rocheteau. On était une bonne douzaine de gamins (difficile de rassembler deux fois onze garçons dans ce petit village de l'Oise) et les mercredi après-midi, on courrait dans tous les sens après un ballon en simili-cuir blanc et noir.

25 ans ont passé, et ce soir, la télé est allumée. Oh, on dirait du football ! Ca existe encore, après toutes ces années ? Je regarde de plus près, mais ça ne doit pas être ça. Au début, on pourrait s'y méprendre, ils sont bien 22 sur le terrain, plus ce type en noir qui s'époumonne dans un sifflet au lieu d'être aux chiottes, comme je le croyais. Mais pour tout le reste, c'est différent : le ballon est argenté et zébré de noir, et aux lieux de gamins, ce sont 22 millionnaires en bermuda qui courent en désordre. Enfin, je dis qu'ils courent, mais il semblerait que dans ce jeu, il faille toujours qu'il y en ai deux à terre en permanence, si possible de l'autre équipe.

C'est peut-être là la plus grande différence : il est permis (voire recommandé ?) d'attraper l'adversaire quand le type des chiottes regarde ailleurs, de lui faire un croche-pied, voire de lui labourer le tibia avec la chaussure à crampons, tout en levant les bras aux ciels en prenant un air soit innocent, soit outragé de se faire soupçonner d'absence de fair-play.

Celui qui est à terre, au contraire, mime avec une certaine conviction la douleur du contribuable à qui on a annoncé un redressement fiscal, tout en prenant des poses plastiques en se tenant une partie du corps comme si on avait tenté de lui arracher. Bien sûr, il se relèvera sans égratignure et gambadera quelques secondes plus tard, après avoir réalisé que le coup franc, voire le carton jaune tant espérés n'ont pas été accordés. On voit aussi, souvent, un joueur ceinturer fermement son adversaire, sûrement pour éviter qu'il ne tombe : comme quoi l'esprit du sport n'est pas complètement mort.


J'allais éteindre la télé, quand j'ai regardé autour du terrain. Des grandes marques de multinationales semblaient être fières de s'afficher auprès de ces décérébrés surpayés. MacDonalds, Heineken, JVC, MasterCard et Coca-Cola, tout ces entreprises qui contribuent au bonheur (voire à l'élévation) de l'être humain affichent fièrement leurs logos sur des emplacements hors de prix. Autour, 46.000 supporters vétus de blancs ou d'orangé, imbibés de bière (il semble faire très chaud), debouts à chaque action, l'écume aux lèvres quand ils braillent d'incompréhensibles borborigmes en brandissant à bout de bras des objets logotypés, autant d'emblèmes de leur passion pour ces athlètes dont le salaire mensuel suffirait à combler le trou de la sécu.

Encore autour, des cars entiers de flics venus de toute l'Europe (chaque pays envoie ses physionomistes pour reconnaître les hooligans) surveillent ces dizaines de milliers d'éponges à bière que le score final rendra sûrement aggressif.

Oui, au début, j'ai vraiment cru qu'il s'agissait de football, et quelle méprise c'était ! C'était tout simplement un mélange de la Ferme Célébrités avec des gens encore mieux payés, de tragédie grecque mâtinée de mime façon Marceau (non, pas la bimbo de La boum), saupoudrée d'une multitude de fausses douleurs façon Urgences et d'empoignades comme au catch à quatre, avec une ambiance de match de boxe, le tout sponsorisé par les entreprises qui ont inondé de monde de choses aussi indispensable que le hamburger, la télé, la carte en plastique qui permet de dépenser l'argent qu'on a pas, la bière populaire et l'eau pétillante sucrée plus chère que le pinard.

Ca n'était donc pas du football, ça s'appellait même l'Euro, comme quoi ils n'ont pas du tout cherché à dissimuler qu'il s'agit surtout d'une affaire de gros sous.

Quand j'étais petit, je jouais au football avec mes camarades sur ce terrain municipal de province, et je m'y emmerdais ferme. Mais au moins, je n'avais pas cette sensation de malaise en milieu de partie.

Ah, si seulement le bon peuple européen voulait bien se pencher d'avantage sur des sujets importants comme les élections et l'environnement ! Peut-être faudrait-il pour cela fournir de la bière bon marché dans les bureaux de vote ? C'est en tout cas une idée à creuser.


Vendredi 18 Juin 2004

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