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« Il faut essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple. » [Jacques Prévert]




Nicolas Sarkozy à la télévision : décryptage

Par Juan, du blog Sarkofrance. Voila des commentaires sur la dernière prestation de Sarkozy que vous ne lirez certainement pas partout..



Nicolas Sarkozy à la télévision : décryptage
Nicolas Sarkozy à la télévision : concerné, constipé, consternant

Nicolas Sarkozy s'est donc exprimé à la télévision, mardi soir, peu après 20 heures. Le fond du propos était connu d'avance : le président est à l'écoute des inquiétudes sociales, préoccupé par l'ampleur de sa tâche au service de l'intérêt national ; dépendance et réforme fiscale seront ses grands chantiers ; et il travaillera jusqu'au bout car il a été élu pour cela. Il fallait montrer un Sarkozy sérieux, modeste et concentré.

Si concerné qu'il en fut consternant.

Les sujets évités
Interrogé par trois journalistes, Claire Chazal (TF1), David Pujadas (France 2) et Michel Denisot (Canal+), sur une belle table, dans la bibliothèque de l'Élysée, il espérait 13 à 14 millions de téléspectateurs par cette intervention simultanée qui dura près de deux heures. Le matin même, un premier sondage donnait de piètres résultats : deux tiers des sondé s ne faisaient pas confiance au nouveau gouvernement. Quelle surprise ? Il n'y eut pas un commentaire favorable dans les médias ou ailleurs, à l'exception évidente du cercle proche. Pourtant, ce remaniement, un non-évènement politique, reste une belle opération pour Nicolas Sarkozy : les centristes s'agitent un peu, mais retrouveront le droit chemin si la menace de l'alternance se fait sentir ; et François Fillon renforce son rôle de fusible et permet à Sarkozy de se tenir à l'écart de l'action quotidienne.

Mardi après-midi, François Fillon était très en verve lors des questions à l'Assemblée nationale, et annonça à l'avance le programme présidentiel du soir : « c'est un gouvernement de combat contre l'endettement, c'est un gouvernement de combat contre le chômage, c'est un gouvernement de combat contre les injustices, c'est un gouvernement de combat contre l'insécurité ! » Tout est dit. Nicolas, le soir même, n'avait qu'à répéter.

Certains sujets ne devaient pas être évoqués, comme par exemple les conflits d'intérêt, qui ont coûté son poste à Eric Woerth (viré du gouvernement) mais pas à Jean-François Copé (promu à l'UMP). A peine sorti de l'équipe, Eric Woerth est sous le coup d'une menace de poursuite : selon Europe 1, le procureur général de la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, a saisi dès mardi la Commission des requêtes de la Cour de justice de la République dans l'affaire de l'hippodrome de Compiègne, révélée en juillet dernier. En 2010, juste avant de quitter le ministère du Budget pour celui du Travail, Eric Woerth avait autorisé la vente d'un terrain de 60 hectares de forêt à la Société des courses de Compiègne, sans appel d'offre et pour 2,5 millions d'euros. En juillet, le ministre, par ailleurs maire de la ville voisine de Chantilly, avait expliqué que cette cession était tout à fait normale... avant qu'on ne retrouve la trace d'un avis défavorable du ministère de l'agriculture datant de 2003.

Parmi les nouveaux promus au gouvernement, cinq ministres mériteraient d'être particulièrement surveillés selon Rue89 : Brice Hortefeux, qui a récupéré l'immigration en plus de l'intérieur, a fait appel de sa condamnation pour injure raciale. Avant de devenir ministre de la Santé, Nora Berra a travaillé pour 3 laboratoires pharmaceutiques... jusqu'en 2009. Nouveau Garde des Sceaux, Michel Mercier bénéficie d'un heureux classement sans suite par le parquet, il y a 7 jours, dans l'affaire Rhônexpress. Frédéric Lefebvre, enfin secrétaire d'Etat (Commerce, artisanat et tourisme) est réputé pour ses activités de lobbyisme. Enfin, Jeannette Bougrab, qui traitera de la jeunesse, est toujours membre du Cora, le « conseil d'orientation et de réflexion de l'assurance » créé par le lobby des assureurs.

Autre sujet de polémique et d'intérêt citoyen, le Karachigate. La semaine dernière, le président de l'Assemblée avait refusé de transmettre au juge Marc Trividic une copie des auditions parlementaires sur l'attentat de Karachi de mai 2002. Les députés avaient pourtant reçu et entendu une soixantaine de personnes, dont Edouard Balladur, dont on soupçonne la campagne présidentielle de 1995 d'avoir été partiellement financée par des rétro-commissions. Depuis 18 mois déjà, les juges s'interrogent sur le lien éventuel entre l'attentat et l'arrêt du versement de commissions occultes à des Pakistanais. Les familles de victimes s'indignent régulièrement des obstructions subies par les juges.

Mais ce mardi soir sur nos écrans, il n'était pas question de tout cela.

Sarkozy, concerné
Costume noir, cravate bleue nuit, sur une grande table triangulaire, Sarkozy maîtrise ses intonations, se contrôle, s'affiche mesuré et exagérément poli. On attend le coup de savate verbal qui ne vient pas.Cette séquence télévisuelle s'est déroulée en deux parties : la crispation devant les critiques sur l'actualité récente, puis l'annonce sérieuse de ses prochaines réformes. Pour la première, Sarkozy a joué le malentendu (« ce n'est pas comme ça que cela se passe » ou « ce n'est pas exact. ») et le devoir quasi-gaullien. Pour la seconde, Sarkozy devait montrer qu'il se sacrifiait sur l'autel de l'intérêt national.

Pommade pour Fillon et Borloo
La première question, Michel Denisot, sur le remaniement : « est-ce que vous avez reconduit François Fillon avec enthousiasme ? » Sarkozy fait mine d'être interloqué : « Euh... attendez... euh ... si vous me permettez,... chacun des mots que vous avez prononcé est important. » La séquence démarre. Tout au long de l'heure qui suit, il expliquera et répétera que les journalistes, les commentateurs, la France toute entière n'ont rien compris : « ce n'est pas exact ! ». Et il ajoute : « les choix de personnes sont toujours des choix qui demandent d'y penser. » Quelle platitude ! Sur Fillon, « j'ai une grande confiance en lui. (...) Il est très compétent. » Aucun clash ? « nous avons pu avoir ici ou là des discussions. (...) Mais, vous me demandez ... un président ne doit pas procéder par enthousiasme. »

Pujadas embraye ensuite, sur l'humiliation de cette reconduction : un choix contraint ? « C'est un choix qui m'appartient. je l'ai fait en conscience. » Sarkozy maintient ses sourcils froncés, sa voix exagérément posée : « vous savez, je respecte les commentateurs. Le commentaire est libre. Et c'est bien ainsi en démocratie. » Une phrase succulente, émanant d'un président aux plaintes à répétitions.

« Si c'est un choix, il ne peut pas être contraint. » Sarkozy joue sur les mots. David Pujadas est coincé. Et si ce n'était pas un choix ? « j'ai pensé qu'il était la meilleure personne à la place de premier ministre. je n'en ai aucun regret. » Et il remet ça, sur son devoir de président : « A la place où je suis, mon devoir est de prendre les bonnes décisions. » Sarkozy évoque la crise « la plus grave depuis un siècle. » Il est de Gaulle et Vercingétorix. Son tempo reste calme. Il veut nous faire comprendre qu'on se trompe, que sa réalité est plus sérieuse, que les commentaires sont futiles et à côté de la plaque. Mais le sourire reste crispé, constipé.

Avec François Fillon, tout va bien dans le meilleur des mondes. « François Fillon et moi, nous sommes de la même génération. » Et Borloo ? « j'aurai souhaité qu'il resta au gouvernement. » Claire Chazal l'agace presque : « au fond, vous avez décidé de garder un premier ministre très populaire. » Suprême affront. Sarkozy tombe dans le piège et rabaisse Fillon : « il a très bien géré toutes les crises que je lui ai demandé de gérer », comme la tempête Xynthia ou la grève des carburants.

« Ce n'est pas exact.»
Et la fin de l'ouverture ? « Pardon de vous le dire, mais ce n'est pas exact.» réplique Sarkozy. Et d'évoquer le président de la Cour des Comptes Didier Migaud, le directeur de l'agence de santé en île-de-France Claude Evin, et même ... Eric Besson, « 10 ans député socialiste.» Incroyable ! Il continue sur son nouveau Garde des Sceaux, Michel Mercier, ex-Modem débauché il y a 18 mois, mais qui était « très proche de François Bayrou.» Les trois journalistes insistent presque en coeur sur la fin de l'ouverture. Sarkozy répète : « ce n'est pas exact. (...) Ce n'est pas un gouvernement partisan, c'est un gouvernement resserré.» Nathalie Kosciusko-Morizet serait-elle une ministre de l'écologie au rabais ? Mais non, elle aura la maîtrise de la fixation du prix de l'énergie. Il ne restait à Sarkozy qu'à louer ses « troupes fraîches » ou la jeunesse de son équipe, avec NKM, Wauquiez, Le Maire, ou Chatel.

David Pujadas enchaîne sur la suppression du ministère de l'identité nationale, un sujet sans intérêt : « c'était un concept destiné à grappiller quelques voix au FN ?» Sarkozy se défend, avoue le ratage de son débat identitaire de l'automne 2009 : « le débat sur l'identité national a provoqué des malentendus. » Mais, ajoute-t-il, Eric Besson n'y est pour rien (quel sens de la responsabilité !) et « le sens de l'action que je mène, il est assez simple.» Nous sommes à peine assez intelligents pour comprendre : Sarkozy veut réconcilier « cette espèce de crainte de l'avenir » avec le « besoin d'identité nationale. » Est-)ce une vocation ?

Alors, un échec, ce débat ? « Sans doute, mais il faut être pragmatique.» Mais Sarkozy ne s'appesantit pas : l'immigration est un problème. « la machine à intégrer est en panne. (...) On n'a pas maîtrisé les flux migratoires, c'est important ce point d'analyse.» En quelques mots, Sarkozy recrache le discours quasi-séculaire de l'extrême droite française. Logiquement, Sarkozy enchaîne : « seul le ministre de l'intérieur a les moyens de réguler les flux migratoires. (...) Et ceux qui contestent cela, contestent la réalité...» Et hop, il re-cite Rocard. Aurait-il échoué à lutter contre l'immigration clandestine ? Ben non ! « Bien sur que l'immigration clandestine a diminué. (...) Mais moi je ne veux pas polémiquer. » Nicolas Sarkozy ne veut jamais polémiquer ... sur son propre bilan. Et il conclut : « j'ai renoncé à l'identité nationale comme mots, m-o-t-s, mais sur le fond je n'y ai pas renoncé.» Sans rire ?

Et hop, il glisse ensuite sur l'interdiction du port du voile intégral. Quel amalgame ! Sarkozy n'a pas changé, cette fois-ci : « nous voulons un islam de France mais pas d'islam en France. » Voulons nous un catholicisme de France ?

Le déni de retraites
Passés quelques commentaires sur le remaniement et l'éloge de la stabilité (sic !), Sarkozy enchaîne sur la réforme des retraites. Claire Chazal évoque la dureté du passage en force. Encore une fois, Sarkozy nie et botte en touche : « il n'y a pas eu de violence. (...) Nous avons fait cette réforme considérable des retraites sans violences. (...) Les Français peuvent être fiers, ils ont manifesté leur différence, leur inquiétude. » Les Français peuvent être fiers d'avoir été ignorés...

Sarkozy ressort l'impasse financière (« On ne pouvait plus payer les retraites »), lâche un chiffre faux (30 milliards d'euros de déficit) et loue au passage Eric Woerth, « à qui je veux rendre un hommage appuyé.» Mais Nicolas Sarkozy, dans son immense bonté, « comprend » les Français. Après tout, cette réforme était désagréable. Il ne fallait même pas que les syndicats l'assument. « c'est au gouvernement de le faire.» Couplet facile et prévisible... le sens du devoir, « l'intérêt national », « que chacun gagne en crédibilité ».

Cette réforme est-elle suffisante ? s'interroge Michel Denisot. Bien sûr ! Elle produit « un excédent jusqu'en 2020 ». C'est faux, complètement et archi-faux. Aucun journaliste ne relance. La réforme laisse 15 milliards d'euros de déficit annuel en 2018, sur des hypothèses économiques fantaisistes (4,5% de chômage en 2020). Sarkozy insiste : « cette réforme rapporte 42 milliards d'euros par an.» L'évaluation est à nouveau fantaisiste. Les mesures d'âge, par ailleurs injustes, ne génèrent que 20 milliards.

Sarko devient prof d'économie : « le travail ne se partage pas.» Il lâche un lapsus : il faut « augmenter la durée de vie au travail. » La durée de vie au travail ?

L'auto-remaniement
David Pujadas ose l'interroger sur l'antisarkozysme ambiant, la cristallisation des oppositions sur la propre personne du Monarque élyséen. Sarkozy fronce le sourcil, le regard reste fuyant : « mais bien sur, mais je ne suis pas un homme qui fuit ses responsabilités. » Il bat sa coulpe, contraint et forcé. « Vous savez, si je devais réagir à chaque outrance...» Il se compare à Barack Obama ou Angela Merkel. Cette impopularité, « c'est normal en période de crise ». Sarkozy est impopulaire depuis ... octobre 2007. Pujadas insiste : « ce n'est que la crise ? » Sarkozy le foudroie du regard : « non, mais on a compris.» Premier dérapage à peine contrôlé.

Sarkozy joue la carte du sacrifice : « la question des retraites n'était pas une affaire de popularité.» Il accepte presque l'idée qu'il se doit se remanier lui-même : « bien sur, c'est que je fais ». Il poursuit la contrition, pour s'expliquer sur son nouvel avion : il vendra deux Airbus A319 pour financer l'A330. C'est tout ? Deux cent millions d'euros pour ça ?

Son explication sur le sort d'Eric Woerth fut son second dérapage. Après avoir (évidemment) rappeler toute son amitié, le courage et la dignité de l'ex-trésorier du premier cercle, Sarkozy réécrit l'histoire comme un dignitaire de Corée du Nord : « lui même m'a dit qu'il serait plus facile pour lui de se défendre s'il n'était plus ministre. » Sans blague ? Le même Eric Woerth rappelait encore dimanche qu'il souhaitait rester au gouvernement. Sarkozy complète : « Et par ailleurs, je lui ai fait valoir qu'il serait plus facile pour nous de ne pas avoir à gérer ses rendez vous judiciaires.» Paf ! La phrase est lâchée, la vérité qui s'impose au mensonge. Woerth était un boulet.

C'est la faute aux médias !
David Pujadas enchaîne sur la chasse aux Roms de l'été. Sarkozy sort de sa contrition. Il tâcle un à un les trois journalistes, les médias en général. « Quelle drôle de façon de réécrire l'histoire ! Regardons le journal télévisé qui est le vôtre ! » Il rappelle la couverture médiatique donnée aux incidents de Grenoble («Vous ne l'avez pas fait un soir, vous l'avez fait toute la semaine ! ») pour mieux s'exonérer de toute responsabilité, de tout écart :

« Dans le discours de Grenoble, il n'y a pas une outrance.»
« Le problème n'est pas les Roms (...) il n'y a pas eu de stigmatisation. » Sarkozy réécrit l'histoire, comme d'autres hier et ailleurs en Europe. L'homme ne voit plus la même réalité que ses concitoyens.
« Regardez comment les choses sont transformées »
L'Europe s'indigne-t-elle ? « Une dame a fait des comparaisons honteuses et blessantes » réplique-t-il, incapable de prononcer son nom - Viviane Reding - au risque de perdre tout contrôle. Les trois journalistes n'insistent pas. Viviane Reding, la « dame », n'était pas seule, à critiquer la France : la presse étrangère, le conseil de l'Europe, l'ONU. « Qu'a dit la commission ? Qu'il n'y avait pas lieu à enquête.» Sarkozy prend une Claire Chazal tétanisée à témoin. « Mieux, j'ai vu le pape.» ajoute-t-il. Il a un boulevard.

Sarkozy se chiraquise
Michel Denisot attaque enfin sur les écoutes et l'affaire Bettencourt. On attendait la formule sarkozyenne du moment. En son temps, confronté à son tour aux affaires et notamment les mallettes de billets de Jean-Claude Méry, Jacques Chirac avait eu une expression fameuse : abracadabrantesque. Sarkozy, lui, est moins doué. Il interpelle Denisot : « vous me prêter une intelligence a minima moyenne, n'est-ce pas ? » Et d'ajouter : « quel est l'intérêt d'écouter tous les jours un journaliste qui écrit tous les jours ? (...) Il n'y a qu'un seul cas dans l'histoire de la République... et il est de gauche. »

Sarkozy botte en touche.

Pujadas tente une question sur les vols de portables dans 3 rédactions : « Et vous voulez qu'en tant de chef de l'Etat je m'occupe des vols de portables ? » Il insiste : «Vous m'accusez de les avoir volés ?» Imaginez un journaliste accuser le chef de l'Etat de vol, alors que ce dernier est pénalement ... inattaquable.

Sarkozy souffle
On passe aux otages, un sujet sur-mesure car consensuel et sérieux. Sarkozy se détend : « ce sont des sujets extremement difficiles. » Sans blague ?

Il est 21h09, on change de thème, on quitte l'actualité. Sarkozy est enfin soulagé. On passe aux sujets faciles, ses chantiers pour la fin de son mandat. La promesse tant attendue arrive enfin : la dépendance, le « cinquième risque » qu'il veut inscrire dans le périmètre de la Sécurité sociale, « après avoir réformé les retraites. » Sarkozy annonce une grande consultation pendant 6 mois avec les conseils généraux, les syndicats et les associations : « les décisions seront prises à l'été 2011. Je n'annoncerai pas les solutions maintenant. »

Puis Sarkozy glisse, dérape, sort de route : « c'est pas raisonnable pour moi de m'occuper d'un sujet comme ça.» C'est un sujet pour premier ministre, pas pour un président ! Sarkozy se voulait tellement concerné par sa tâche... qu'il en devient consternant. Le Monarque rate son thème, une problématique en or, à cause d'une éruption narcissique.

Le boulet fiscal
Puis vint le bouclier fiscal. Quel revirement ! « Je voudrais bien rappeler le contexte. » Il vaut mieux : « je ne peux pas accepter les déficits de compétitivité avec notre principal client et notre principal fournisseur, l'Allemagne.» Sarko s'embourbe, il ressort les éléments de langages servis en juillet sur la convergence fiscale franco-allemande. « Les socialistes allemands ont supprimé il y a quelques années l'impôt sur la fortune. Ils ont été imités par qui ? les socialistes espagnols ! » Sarkozy manque une occasion de se taire. Les socialistes espagnols viennent de le rétablir pour cause de crise. Il insiste : « je ne veux plus de délocalisations vers l'Allemagne. » A cause de l'ISF ???

Il annonce la couleur : on supprimera le bouclier fiscal (600 millions d'euros) mais aussi l'impôt de solidarité sur la fortune (4 milliards d'euros). Après tant de revirements, il reste un soupçon de convictions chez Sarkozy : pas touche au patrimoine, à l'héritage des plus riches : « il vaut mieux taxer les revenus du patrimoine et les plus-values du patrimoine.»

« J'ai bien conscience de l'aspiration des Français à la justice ». Mais « la justice, c'est que nous ayons un système fiscal qui permette de récompenser ceux qui travaillent. La justice, ce n'est pas l'égalitarisme.» Voici la trahison décomplexée : Pujadas insiste sur ce tabou - le bouclier - qui saute. « Mais j'disais aussi que je ne toucherai pas à l'ISF » s'excuse Sarkozy, sans gêne. Donnant-donnant... pour les riches !

Un dernier mensonge pour la route
Le naturel reprend le dessus : « Il n'y aura pas d'augmentation d'impot. Il y aura des réductions de dépenses publiques. » Pensez-vous ! 135 000 postes de fonctionnaires (enseignants, policiers, etc) supprimés ! Et vous avez noté : « la France a créé près de 50 000 emplois au troisième trimestre ». Ah bon ? Le chiffre exact est de 44 600 postes, un niveau jugé faible par les analystes financiers, mais le chômage continue d'augmenter. « Le chômage reculera l'année prochaine. » Grosse promesse, déjà livrée ... le 25 janvier dernier. « On peut s'en sortir, il n'y a pas de fatalité ! »

Et le G20 ? « La question, c'est d'obtenir des résultats. » Sarkozy n'a pas compris : la question, c'est de ne pas promettre n'importe quoi. Surtout quand on reste moins d'une dizaine d'heures à Séoul...

On approche de la fin. David Pujadas se lance sur Liu Xiaobo. Sarkozy lui fait une leçon de real-politik, une autre trahison décomplexée. Il évoque Aung San Suu Kyi : la Chine est intervenue sur la Birmanie, « parce que je ne lui en ai parlé ». Donc inutile de lui parler de ce dissident chinois et d'agacer notre « partenaire.» Mais qui proclamait, le 6 mai 2007 au soir, que les droits de l'homme seraient le nouveau paradigme de la diplomatie française ? Les journalistes ne relèvent pas.

Sarkozy sera-t-il candidat ? Il prendra sa décision « quelque part à l'automne de l'année 2011. » Il se moque du monde, la décision est prise. Il ne se passe pas une semaine, depuis mars dernier, sans que des confidences hors caméras confirment l'intention sarkozyenne. Ce mardi, il évite de parler de DSK, qu'il rencontre ce mercredi.

« J'ai tellement conscience du ridicule de mon propre intérêt par rapport aux attentes des gens qui sortent à peine de la crise. Les gens attendent que je travaille jusqu'à la dernière minute.» A en croire les sondages, les gens attendent que Nicolas Sarkozy ... se casse.

Avant de rendre l'antenne, le Monarque évoque encore deux sujets qui lui tiennent à coeur, une réforme de la justice pour la « rapprocher des citoyens », avec jurys populaires et tout le toutim, et une simplification du droit de l'urbanisme et du droit du logement.

La conclusion se veut personnelle : avez vous changé ? Ecoutez-vous davantage ? Les questions inutiles se succèdent. « Quand on a la chance d'être marié avec une femme qui a une grande intelligence, ce serait dommage de ne pas écouter... » Ou encore : « sur les grands sujets, je deviens moins influençable (...). Le pouvoir change votre vision des choses. »

Le sens du devoir, toujours le sens du devoir... quel sacrifice !
« Merci, monsieur le président. »

« C'est moi qui vous remercie.»

Il est 21h42, Sarkozy n'a pas débordé.

Source : Sarkofrance
Une lecture que je vous recommande particulièrement.

Mercredi 17 Novembre 2010

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