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« La force du collectif c’est qu’on n’est pas déprimé en même temps » [Geneviève Fontaine]




Mais qu’est ce que je fous là?

Un excellent article deJean-Luc Porquet « Le Canard enchaîné du 12 novembre 2008 sur le spleen des cadres que l'on ne parvient plus à motiver.



Mais qu’est ce que je fous là?
On ne sait plus quoi faire pour les motiver. Ou pour qu’ils aient l’air motivé.

Voilà quelques années, ils devaient marcher pieds nus sur la braise. Aujourd’hui, on organise pour les cadres des trucs encore plus idiots : construire une yourte et y dormir tous ensemble (afin de «se découvrir autrement ‘ ») déjeuner à 50 mètres de hauteur, suspendus par une grue (pour « renforcer l’esprit d’équipe ») conduire un 4 x 4 à l’aveugle, uniquement guidé par les indications du copilote (pour apprendre à « communiquer efficacement »

Chaque fois que la convocation à notre convention annuelle arrive, j’ai envie de démissionner, raconte un cadre d’Orange dans Capital (11/2008). La dernière fois, il a dû enfiler un costume gonflable de sumo et, ainsi déguisé, affronter deux de ses collègues sur le tapis... Quand les relations entre les gens sont entièrement détruites par la hiérarchie, l’absurdité des tâches, le stress, l’infantilisation, l’entreprise essaie désespérément de les reconstruire, ces relations. C’est un désastre, évidemment.

D’après l’institut de sondage de l’Institut Gallup, l’heure est grave : en France, seulement 5 0% des employés se sentiraient “engagés» dans l’entreprise. Et plus ils sont diplômés et haut placés, plus ils s’en battent les flancs. Les désengagés actifs représenteraient pas moins de 20% des bac + 5 (Le Nouvel Economiste 2/10).

L’élite, c’était eux. Les forces vives de l’entreprise. Ils la faisaient tourner. Ils y gagnaient gros. Ils y faisaient carrière. Ils s’y dévouaient. Elle leur était loyale. C’est fini. On les met à la retraite anticipée. On les jette. Leur travail n’a plus guère de finalité. Ils rêvent de s’engager dans l’humanitaire. De faire quelque chose d’utile, pour une fois.

Dans un livre récent, deux auteurs notent le nombre croissant de cadres qui se rebellent, se demandent soudain « Qu’est-ce que je fous la », dénoncent « l’univers carcéral de leur entreprise et la pression insatiable du management » . Ces rébellions sont plus souvent le fait de cadres dits à haut potentiel, qui viennent d’atteindre la trentaine. Les rebelles sont souvent des hyperconformistes, partisans de l’entreprise et salariés soumis cités en mode les qui brusquement disent non à leur direction, à propos d’un fait mineur et très circonstancié, mais qui agit comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Ce ne sont pas des foules, le symptôme reste marginal. On peut régler le problème facilement. Il suffit d’acheter encore plus de costumes gonflables de sumo.

Jean-Luc Porquet
« Le Canard enchaîné »— mercredi 12 novembre 2008



Dimanche 7 Décembre 2008

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