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« Le meilleur moyen de vivre ses rêves, c'est de se réveiller. » [Paul Valéry]




Le commandant ne sait pas piloter, seulement communiquer

Le pilote de l'Airbus gouvernemental s'adressait aux passagers, jeudi soir, sur France 2. Si vous avez manqué cette annonce à cause des turbulences de l'appareil ou parce que le son était devenu inaudible, vous n'avez pas perdu grand-chose. A vrai dire, vous n'avez rien perdu du tout.

C'est curieux, tout de même, cette façon de marteler à tout bout de champ qu'il y a bien un pilote dans l'avion et que c'est lui, et pas Sarkozy. Cela en devient même carrément affolant.



Le commandant ne sait pas piloter, seulement communiquer

Ce pilote n'arrête pas de vanter les mérites du copilote (lequel n'en fait qu'à sa tête) et ne cesse de répéter qu'il est le seul maître à bord, après Dieu qui lui donne en permanence des instructions dans son casque à partir de la tour de contrôle de l'Elysée. Vous avez déjà voyagé sur un vol comme ça ? Cela commence à faire charter à prix cassé, sur une compagnie exotique spécialisée dans le tourisme de masse, avec un commandant de bord qui brasse de l'air mais n'a jamais su tenir un manche.

On se moque ? On s'inquiète plutôt pour l'atterrissage. Et puis, question langage, c'est la chute libre. Les retraites et la santé sont "les grandes impasses de la société française dont il faut libérer le pays". Essayez donc de vous libérer d'une impasse ! C'est un peu comme de vouloir jeter le commandant de bord, en plein vol, par la fenêtre du cockpit, à 800 kilomètres à l'heure. Enfin, on anticipe peut-être sur la suite du scénario catastrophe. Et si le copilote s'en chargeait lui-même ? Ou nous autres passagers ? Avant même que Dieu, de l'Elysée, ait intimé au pilote l'ordre d'atterrir au plus vite, et n'importe où.

Après les européennes ? A la rentrée de septembre ? "Il n'y a pas écrit "entêté" ici", nous dit-il. Et pourtant ! Cette manie qu'il a de toujours faire des phrases en forme de slogans publicitaires. "Mieux dépenser pour une meilleure santé" (pour les malades), "une logique de parcours et non une logique de parking" (pour les chômeurs). Tout cela est affligeant.

On sait que c'est mal de tirer sur une ambulance. Mais tirer sur un bonimenteur ? Un de ceux qui parlent à la sono, dans les supermarchés en vous promettant le yaourt le plus maigre, le slip le plus aéré, la chaussette la moins chère, la salade la plus fraîche ? Allez, on va conclure à sa manière. Ce premier ministre qui ressemble à un pélican est seulement un communicant.

dominique dhombres
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU MONDE DU 08.05.04

Mardi 11 Mai 2004

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LE MONDE

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