WEB SIDE STORIES

« Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal » Edward A. Murphy Jr




La nouvelle ruée vers l'or

Un article intéressant de l'excellent site "Arretsur Images.net " (3 euros par mois seulement) sur le nouveau pétrole que constituent nos données personnelles.



La nouvelle ruée vers l'or

Comment j'ai laissé des traces dans l'espace numérique...

en lisant simplement mon journal local
Nos données personnelles sont-elles le nouveau pétrole ? se demandait l’éconaute hier. Sans aucun doute, selon le dossier spécial du supplément mensuel Enjeux Les Echos vendu avec l’édition du quotidien de cette fin de semaine. Intitulé Data, la nouvelle ruée vers l’or, ce dossier passe en revue ce nouveau "big business" puis évoque la position de l’Europe, vilain régulateur dressé contre les Etats-Unis, sans préciser la fronde ouverte par le gouvernement français sur le sujet de la protection des données. Au passage, le supplément a appris à l'éconaute à repérer les précieuses données qu'elle sème à tout vent dans l'espace numérique.

Ce ne sont que des chiffres mais qui feront scintiller les yeux des lecteurs des Enjeux Les Echos . Selon une étude du cabinet de conseil Boston Consulting Group cité en introduction du dossier consacré à la donnée (data en anglais), "la vie personnelle d'un Européen «vaudrait» aujourd'hui plus de 600 euros (services gratuits, impact sur l'économie). Et trois fois plus en 2020". Le citoyen, nouvelle poule aux œufs d’or. Et qui en profite ? Les géants du Net – aussi nommés les Big four (les quatre gros) ou encore Gafa pour Google Apple Facebook Amazon. En effet, chiffres toujours évalués par le cabinet de conseil, "à raison de 5 milliards de dollars de revenus pour 1 milliard de profils, Facebook tire en moyenne 5 dollars par profil".
 
Selon Enjeux, cette manne serait valorisée par le commerce de produits ou de services pour Apple et Amazon ou par la publicité pour Facebook et Google. Ces géants ont accaparé le business tout en se prévalant de toutes démarches mercantiles. Récemment, Mark Zuckerberg, patron de Facebook, disait de son réseau social qu’il n’avait pas été "créé pour être une entreprise mais pour remplir une mission sociale : rendre le monde plus ouvert et connecté." De la même manière, Google fait valoir la gratuité de ses outils et de ses services. Mais comme il est communément admis dans le marketing, si c’est gratuit c’est que vous êtes le produit. Ou encore, pour reprendre la formule lue dans nos forums : "le seul fromage gratuit, c'est celui des pièges à souris."

Peut-être peut-on ici nuancer la réalité de ce nouvel eldorado. Il y a beaucoup de mythes sur la capacité des géants du web à exploiter substantiellement nos données, comme le soulignent les deux exemples glissés dans le dossier : la tentative d'Instagram de récupérer la propriété commerciale des photos postées a fait perdre des millions d’abonnés, et Facebook a dû supprimer un outil qui publiait sur les pages des abonnés les achats effectués sur d'autres sites, tout ça sous la pression d’un recours collectif des usagers. Comme quoi, la publicité ciblée à partir de nos données rencontre encore quelques hostilités. Cela dit, comme l’estime Nicolas Colin, auteur du rapport sur la fiscalité du numérique et cuisiné par mes soins, Facebook cherche moins à tirer des recettes publicitaires qu’à créer un environnement autonome supplantant au passage les activités économiques classiques, par exemple en devenant une banque à part entière.

Souriez vous êtes pistés

Du business, il y en a, surtout quand on acquiert "l'art de transformer les data en revenu". Mais avant de les transformer, faut-il encore les collecter. Ce peut être via le classique formulaire qu’on remplit soi-même, sur papier ou en ligne, mais aussi via ces cookies qui nous pistent sur Internet. Enjeux nous apprend que seulement 2% des internautes gèrent régulièrement leurs cookies. Et de donner un bon tuyau : en téléchargeant le logiciel Collusion de Mozilla, on visualise graphiquement le parcours de nos données de site en site, dont certains collectent à notre insu. L’outil avait fait l’objet d’un article publié cet été dans Le Monde science et techno : "sur votre graphique Collusion, chaque site visité est représenté par une pastille entourée d'un halo. Puis apparaissent des flèches reliant le site de départ à d'autres pastilles, sans halo : des sites que vous n'avez pas visités et dont vous n'avez sans doute jamais entendu parler, mais qui vont recevoir vos données personnelles sans votre consentement." Ah bon ? Vous me connaissez, j'ai eu envie de tester. Une fois le module chargé, j'ai donc cliqué sur l'icône en bas à droite de mon écran et qu'ai-je vu ?Ça :




Collusion
 
J'apprends ainsi qu'à partir de ma consultation de La Nouvelle république, des sites aux noms exotiques ont imprimé ma visite : ligatus.com, leader européen des réseaux de marketing, sdv.fr, hébergeur et concepteur de site web qui compte par ses clients des régies de pub, ezakus.net, solution de qualification et de ciblage d’audience digitale de la régie de M6, mais aussi facebook, twitter, etc. En tout, quinze sites du genre. Collusion a-t-il pour ambition de lutter contre les sites fantômes et détrousseurs ? Pas forcément, estime le journaliste du Monde : [Mozilla] a annoncé la création, en collaboration avec la Fondation Ford, d'une «base de données mondiale des données de traçage sur le Web», qui sera alimentée par les utilisateurs de Collusion, avec leur accord : «Nous combinerons ces informations, et les mettrons à disposition des chercheurs, des journalistes et d'autres acteurs, pour qu'ils analysent et expliquent comment les données sont pistées sur le Web.»" Et de conclure : "un métafichier, en quelque sorte, pour la bonne cause..." Autrement dit, des données sur nos données dont on ne sait pas à qui elles ont été données.

Mis à part ces cookies qui nous tracent et font de nous des milliards de petits Poucets, le dossier d’Enjeux s’enthousiasme sur la publicité géolocalisée – représentant potentiellement 4,9 milliards de chiffre d’affaires dans trois ans – mais aussi sur "les objets du quotidien qui seront bientôt équipés de capteurs reliés à des ordinateurs qui stockeront des informations sur leurs utilisateurs". Exemple : des pèse-personnes connectés à des coachs. C’est vrai, ça fait rêver.

Plus parlant : "l'arrivée de la télé connectée va immanquablement favoriser le développement de la publicité ciblée. Les fabricants sont en train de tester l'intégration de capteurs qui permettraient à terme d'analyser les réactions (postures, trajets des yeux) des téléspectateurs au programme." Flippant non ?




En attendant...




Balance




 
Et le politique dans tout ça ?
Si le dossier est dévolu à l'économie et au business, l’Europe a cependant attiré l’attention d'Enjeux. Mais pas forcément en bien, puisque cette dernière a "la main sur le frein : face à la domination des géants américains du Web, Bruxelles contre-attaque en plaçant la protection de la vie privée au cœur de l’économie numérique au risque de ralentir la croissance des champions européens". Ah ces Européens, des malades de la régulation. En effet, un projet de règlement (à consulter ici au format PDF ) prévoit la mise en place d’un guichet unique, équivalent d’une Cnil européenne, afin de menacer et sanctionner financièrement les sociétés qui ne respectent pas la protection des données. La directive prévoit également de renforcer le consentement de l’utilisateur, un droit à l’oubli et un droit à la portabilité des données. Rien de bon pour le business en somme, et les Anglo-saxons, qui préfèrent l’autorégulation, sont vent debout contre ce projet. Mais ils ne sont pas les seuls… La France est également partie en guerre contre ce règlement, mais pas pour les mêmes raisons.
Dans son interview donnée à 20 minutes, Arnaud Montebourg dit tout le mal qu’il pense de ce guichet unique qui prévoit, en effet, que "le droit applicable à la protection des données personnelles serait celui du pays choisi par le collecteur des données (Google, Facebook, Twitter, etc.) et non pas celui du lieu de résidence des citoyens." Concrètement, cela signifie que la Cnil irlandaise – pays dans lequel est installé Google – superviserait la protection des données collectées par Google partout en Europe. Le droit irlandais s’imposerait alors en France. Bonjour la souveraineté ! Vous me direz : normal que Montebourg se braque sur cette question. Mais il n’est pas le seul : Christiane Taubira, en charge d’un projet de loi sur la protection des droits et des libertés numériques, a mis au programme le renforcement des pouvoirs de la Cnil. Selon les infos du Lab, "Matignon assume totalement mener, sur ce point, une fronde ouverte contre Bruxelles et son règlement européen sur la protection des données".
Et c'est parti pour la conquête de l'espace numérique. Sauf que ce ne sont pas les étoiles, la lune ou les extraterrestres qui sont visés mais nos données, c'est-à-dire des bouts de nos vies.






 


N.D.L.R

Rappelons une nouvelle fois que "Lorsque c'est gratuit, c'est vous qui êtes le produit !"

Lundi 11 Mars 2013

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