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« La force du collectif c’est qu’on n’est pas déprimé en même temps » [Geneviève Fontaine]




L’effet Nespresso

On entend souvent dire que le monde moderne ne propose plus d’aventure, que tout a été découvert, qu’il ne subsiste plus grand-chose capable de procurer un frisson… Alors voilà : le week-end prochain, faites une expérience extrême : rendez-vous dans la boutique la plus proche et plongez dans l'univers Nespresso. Une belle analyse du ridicule encapsulé du site CulturalGang Bang que je dois, encore une fois, à mon ami Guy, à qui rien n'échappe. Merci Guy !



Mêêêêêêêêêêêêêê ! Y a pas de mais !
Mêêêêêêêêêêêêêê ! Y a pas de mais !
Heureux détenteur d’une machine Nespresso qu’on m’a offerte il y a deux ans, j’en étais pleinement satisfait jusqu’au jour où, la réserve de capsules épuisée, j’ai dû me rendre en magasin pour la renouveler. Avant d’y mettre les pieds, je pensais qu’une boutique Nespresso était un endroit où on achetait du café. En réalité, la « boutique » n’est pas faite pour ça. Impossible d’empoigner un paquet et de payer en caisse. Tout ce qui peut s’acheter a été mis hors de portée. En termes d’agencement, Nespresso n’est pas une boutique mais un hall de banque d’affaires. Vigiles à l’entrée. Matériaux nobles et éclairage étudié. Produits exposés sous verre. On ne vous laisse pas toucher au café sans passer par un conseiller. C’est que jusqu’à présent, nous buvions notre café sans réaliser qu’il s’agit d’un produit raffiné qui exige l’éducation du goût. Alors Nespresso a concocté un parcours client.

D’abord on choisit sa file d’attente. Les conseillers, au fond derrière un comptoir luxueux, gardent les berlingots de café. On fait la queue. A la musique d’ambiance se mêle un doux brouhaha de cocktail. Comme vous soufflez, une hôtesse vous porte à déguster un café de la nouvelle collection édition limitée sur un plateau. Il convient de plonger langoureusement son nez dans le gobelet et de le retirer avec une mine pensive, jusqu’à ce que son tour arrive. C’est à vous. L’expert conseiller vous accueille en tailleur et gants blancs. On ne parle pas « café » tout de suite. Il s’agit avant tout de vous connaître afin de vous apporter un conseil personnalisé. Votre nom. Votre prénom. Votre numéro de membre (oui, parce que vous êtes « membre »). Le nom de votre modèle de machine et sa couleur. Vous ne savez pas ? Vos coordonnées. Souhaitez-vous profiter de privilèges ? A présent, il est temps de comprendre quel genre de buveur de café vous êtes. Les arômes sur lesquels vous êtes porté. Si vous aimez les touches plus ou moins corsées de la collection spéciale. Voulez-vous qu’on vous les fasse déguster, voulez-vous…

HéHOOOO ! JE VEUX SIMPLEMENT QUE VOUS ME PASSIEZ LA BOITE DE CAFÉ DERRIERE VOUS ESPECE DE MALADE !

Non mais ça va oui ? Cinq minutes que vous êtes pris en charge et vous n’avez toujours pas vu la couleur d’un paquet de café ! J’imagine qu’il se trouve des amateurs pour apprécier ce simulacre d’esprit VIP, admirer la « salle du coffre », prendre le temps de savourer les « touches » et les « arômes » et se demander en son âme et conscience si l’on est plutôt Dulsao de Brazil ou Volluto di Roma... Mais que fait-on des autres ? Ceux qui sont juste venus acheter du café ? Qui ne veulent pas profiter de « privilèges ». Qui ne connaissent d'arômes que : avec ou sans sucre ?

Je veux croire que nous sommes une majorité dans ce cas : à sortir de là en courant pour retrouver l’air frais. A ne plus y refoutre les pieds. Une majorité à suffoquer dans ces endroits propres et sinistres, où toute trace d’humanité a disparu à force d’avoir mis « l’écoute et le dialogue au cœur de la démarche ». Une majorité à être effarés par ce conseiller qui assène ses questions comme un robot, et par cette machinerie infernale qui nous entraîne d’un innocent achat de café à un « club » avec des « privilèges » et un « numéro »… Mécanique infernale qui peu après ma visite, m’envoyait par e-mail une enquête. Première question : êtes-vous l’un des décisionnaires en matière d’achat de capsules de café ? « Décisionnaire en matière d’achat de capsules de café » : pensez-vous qu’un humain parlerait comme ça ?

Je veux croire que nous sommes une majorité, mais le succès de Nespresso laisse plutôt penser que le concept peut faire des émules, se généraliser à d’autres produits et façons de commercialiser. Cette tendance de raffiner le produit à l’excès, d’inventer, sur le modèle du vin et de l’œnologie, un cérémonial, un « bon goût », une expertise, des choses à savoir et des gens qui savent - des connaisseurs… Attacher une qualité et une culture à des choses qu’on consommait jusqu’alors sans y prêter attention, comme le café, le chocolat, la bière... Car désormais il y a une « culture de la bière », des « bières du monde », un goût pour la bière - pour les bières devra-t-on bientôt dire… Un goût qui nécessite d’être éduqué, sans quoi on passerait à côté de quelque chose, n’est-ce pas.

Alors que ces messieurs du marketing se le disent : nous sommes nombreux, nous sommes dangereux ; les fourrés, les maquis, sont plein de ces gens, clandestins, déserteurs, qui fuient toutes vos initiatives, qui sont prêts à boire du café trop fort, trop mou, trop sucré, du café de merde, du café simple, du moment que vous leur fichez la paix. Prêts à payer cher pour être tranquilles et qu'on ne leur adresse aucune démarche de qualité de service ou de satisfaction client. Merci pour eux.

Source : http://www.culturalgangbang.com/

N.D.L.R

J'ai eu, lorsque j'étais à la Réunion, une machine à café Nespresso. Les capsules coûtaient près de 50 centimes d'euros pièce. A trois cafés par jour (je vis seul) sur 30 jours ça faisait quand même 45 euros par mois. Si vous êtes deux, 90 euros. Si vous êtes encore plus nombreux il faut prendre un crédit. Juste pour boire du café !

Depuis que je suis en Thaïlande je voulais une machine à café Expresso, celle de La Réunion étant restée à la Réunion. Un excellent ami à moi m'en a acheté une en France lors de l'un de ses récents séjours. Un autre ami me l'a apportée en Thaïlande. Elle est de marque Silver Crest, achetée ....horreur... chez les Clooney's brothers...chez Lidl ! Le magasin où Clooney n'ira jamais.

Prix : 50 euros ! Georges, pourquoi tu tousses ?

Elle accepte les capsules (de supermarché) mais aussi le café moulu (c'est moins cher et c'est meilleur) J'utilise du café de Thaïlande, de marque Bon Café (pas cher du tout donc et néanmoins excellent)

Ma machine "from Lidl" me fait des Expresso délicieux. A prix d'amie...

Bien sûr, les Nespresso's addicts vont ricaner mais, je ne sais pourquoi, ça m'en touche une sans faire bouger l'autre.






Lundi 14 Février 2011

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1.Posté par catanese yann le 07/04/2011 06:41
J'ai cru revivre ma quête de capsules nespresso en hollande, quand je voulais absolument remplacer les capsules utilisées chez nos amis qui nous hébergeaient......
J'ai mis 2 jours pour localiser LE magasin Nespresso de la ville, puis j'ai enchainé par le rituel si bien décrit d'attente, de dégustation dans la file , du service collé monté pour enfin toucher du doigt le saint graal du marketing :

Réussir à faire payer le consommateur un café plus cher chez lui que celui qu'on lui sert dans le premier troquet du coin.

Ah, c'est beau d'être dans les rangs des moutons de la consommation moderne.

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