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Etienne Drouard, avocat : "Les annonces d'Instagram sur les photos ne changent rien"

Business : Instagram s'est attiré les foudres des utilisateurs en modifiant ses CGU hier. Mais pour l'avocat spécialisé, celles-ci ne changent rien et l'affaire montre surtout notre naïveté.



Je bouffe, donc je suis...
Je bouffe, donc je suis...
La nouvelle est partie hier soir des Etats-Unis et a fait se pâmer d'émoi toute la webosphère des deux côtés de l'Atlantique. Instagram, charmante startup qui semblait s'être donné pour but d'égayer nos vies de ses filtres rétro pour photographes sur-connectés, devenait après son rachat par Facebook le symbole d'un Grand Capital honni.

Comme ça, d'un claquement de doigt, puisque tout s'est passé en quelques lignes. Un billet de blog, publié ce lundi aux Etats-Unis par Instagram, et qui annonce le changement des conditions générales d'utilisation du réseau social.
Au coeur de la polémique, les photos publiées par les utilisateurs pourront être monnayées, notamment à des fins publicitaires, et ce sans contrepartie ni accord de l’auteur.

Surprise sur prise
Reprise partout, justice nulle part, puisque selon l'avocat Etienne Drouard, associé chez K&L Gates LLP interrogé par ZDnet.fr, "il n'y a rien de nouveau. Que Facebook soit actionnaire ou partenaire, cela ne change rien : les utilisateurs ont permis dès le départ à Instagram d'exploiter leurs contenus."

La surprise est réelle - elle l'est à chaque fois - mais la situation n'est pas neuve. En ouvrant un compte sur Instagram, les utilisateurs ont approuvé la cession de la licence d'exploitation des contenus qu'ils produisent au service. Depuis le début, lorsque Instagram était encore vue comme une startup plus sympa qu'un routier.

Et d'ailleurs, les nouvelles conditions d'utilisations d'Instagram, comme les anciennes, sont conformes à ce qui se pratique ailleurs : Facebook, Twitter, Flickr pour ne citer que des services proches ou connus.

"Pour financer des services du web 2.0, en proposant aux utilisateurs de livrer leurs contenus, ces services imposent quelque chose qui parait évident : les utilisateurs ne vont pas être revendeurs ou auteurs initiaux des contenus. Ils seront juste des contributeurs et la société fera commerce de ces contenus parce que leur vente est intéressante ou qu'elle espère générer du trafic. Cela peut être à titre gratuit ou payant, mais dans tous les cas, cela reste de l'exploitation."

Juridiquement, rien de nouveau, donc, sous le soleil d'Instagram. Les droits d'usage échappaient aux utilisateurs dès les débuts du service. Ce qui pose une question : qu'est-ce qui a pu choquer à ce point dans la communication d'Instagram ? La phrase "vente de photos" peut-être...
Communication de marché
"La communication boursière rend les résumés de plus en plus violents pour les utilisateurs, explique Etienne Drouard. Mais on est là dans un discours à destination du marché : il s'agit pour Instagram de dire qu'il a de la valeur, ce qui justifie le rachat par Facebook. C'était depuis le début dans les actifs d'Instagram, même si c'est dit de manière un peu brutale."

Que cela ne change rien pour les utilisateurs ne change justement rien : les messages se multiplient dans les commentaires d'articles et sur les réseaux sociaux pour dénoncer la "nouvelle" politique commerciale d'Instagram, et menacer de quitter le service.

Sauf que pour Etienne Drouard, cela pourrait n'avoir qu'un impact très limité. La raison est simple : on ne va pas sur les réseaux sociaux par considération pour les contenus. Il n'y a d'ailleurs qu'à voir le peu de succès de "Facebook-killers" alternatifs et respectueux des utilisateurs...
"On va sur un réseau social pour les autres. Si les utilisateurs trouvent une gratuité à l'échange, le fournisseur de services se finance sur le contenu." La déception est peut-être réelle chez les utilisateurs d'Instagram, mais elle est un brin ignorante des réalités économiques des services web 2.0.

"C'est présenté comme une révolution culturelle, mais il faut se demander comment c'est financé. Evidemment, ils se présentent comme le lieu d'un échange de savoir. Mais on ne finance pas ces services par le bonheur d'être ensemble, mais avec la valeur produite par la donnée. Je ne dis pas ça en pensant que c'est bien, mais c'est à l'occasion de l'absorption d'une entreprise qu'on peut avoir la radiographie de ce qui compose son capital : les contenus des utilisateurs."

Transition "intelligente"
Pour Instagram, cela signifie pouvoir échanger les données avec Facebook et autres partenaires. Utile pour profiler les utilisateurs et cibler un peu mieux la publicité sur le réseau social. D'ailleurs, la transition est plutôt intelligente selon Etienne Drouard, puisque Instagram permet à ses utilisateurs de clore leur compte avant le 16 janvier, quand tous les contenus seront basculés sur Facebook.

"Ils ont prévu une transition. Instagram avait le droit d'exploitation, mais envisage désormais d'industrialiser ça sur Facebook. Mais il laisse aux personnes le droit au repentir. Cela peut choquer, mais il suffit d'exercer ce droit. Si on n'avait pas su lire les conditions la première fois, on peut quand même être informé la seconde."

Pour la startup, cela permet d'anticiper sur d'éventuels recours en justice ensuite : ils "jouent la carte de la diplomatie" estime Etienne Drouard, apurant à l'avance ce qui pourrait faire l'objet de contestations. "Une saine gestion de la transition pour éviter des class actions ou autre procès par la suite." Plutôt malin, si l'on excepte le bad buzz...

N.D.L.R

Les utilisateurs des réseaux sociaux viennent de découvrir que leurs données personnelles, notamment leurs photos, peuvent être exploitées par les dits réseaux !

Il serait peut être temps de comprendre que lorsque c'est gratuit, le produit c'est vous !

De nos jours, effectivement, la protection des données privées, ça n'existe plus par défaut. C'est une option, et encore pas toujours, cachée dans les conditions générales d'utilisation.

En tout état de cause, si on tient à sa vie privée, il vaut mieux éviter les réseaux sociaux !

Ça va s'en dire, mais ça va mieux en le disant.

Jeudi 20 Décembre 2012

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