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« Il faut essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple. » [Jacques Prévert]




Dis-moi qui te conseille...

Dans la droite ligne de l'article précédent, un papier de Laurent Mauduit, du journal Marianne, nous éclaire sur les collaborateurs de François Hollande.



Dis-moi qui te conseille...

Quand, en juillet dernier, François Hollande a porté Jean-Pierre Jouyet à la tête de la Caisse des dépôts et consignations, l’Elysée s’est appliqué à faire passer le message qu’il ne fallait pas voir dans cette nomination autre chose que ce qu’elle était vraiment : une affaire d’amitié et non le révélateur d’une politique économique droitière. Et, sur le moment, on pouvait être enclin à la croire.

Peut-être le nouveau chef de l’Etat a-t-il abusé des pouvoirs exorbitants que lui confère notre système de monarchie républicaine en portant un intime à ce poste stratégique pour la conduite des affaires financières du pays ; mais sans doute aurait-il été alors excessif de soupçonner dans la promotion de l’ancien secrétaire d’Etat de Nicolas Sarkozy l’indice d’une politique économique pas franchement ancrée à gauche...

Avec le recul, cette interprétation apparaît pourtant la bonne. Il suffit de dresser une liste des personnalités – un peu du même type – qui ont été cooptées dans certains cabinets ministériels ou qui ont été chargées de mission pour comprendre que l’adage fonctionne : dis-moi qui te conseille, je te dirai quelle politique économique tu conduis...
 

Au cœur de la machine élyséenne, il y a d’abord Emmanuel Macron qui, avec son titre de secrétaire général adjoint, supervise les questions économiques et sociales. Ex-associé gérant de la banque Rothschild, il a été, sous le quinquennat précédent, le principal collaborateur de Jacques Attali et a assuré le secrétariat de la commission du même nom, chargée par Nicolas Sarkozy de lui proposer de violentes mesures de déréglementation économiques et sociales. A ses heures perdues, Emmanuel Macron est aussi membre de l’association En temps réel, un club où se côtoient quelques survivants de l’ex-Fondation Saint-Simon et des figures du capitalisme parisien, avec à sa tête Stéphane Boujnah, un ancien du cabinet de Dominique Strauss-Kahn, aujourd’hui patron de la banque Santander France.
 

A l’Elysée toujours, il y a aussi le conseiller pour les médias et la communication, David Kessler, qui jusqu’en mai était le bras droit pour la presse du dirigeant français de la banque Lazard, Matthieu Pigasse, par ailleurs propriétaire des Inrocks et copropriétaire du Monde. A Bercy, le mélange des genres entre intérêt général et affaires privées est tout aussi frappant. Le mandat confié par Pierre Moscovici au même Matthieu Pigasse pour le conseiller dans le projet de création de la Banque publique d’investissement (BPI) en est une spectaculaire illustration.
 

Mais cette porosité entre vie publique et vie des affaires va au-delà. A preuve, le ministre des Finances a aussi confié une mission de conseil à Gilles Finchelstein, un ancien collaborateur de Dominique Strauss-Kahn, qui est aussi un proche du banquier Matthieu Pigasse. De son côté, le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, a enrôlé comme attachée de presse une personne qui auparavant occupait la même fonction auprès de la milliardaire Liliane Bettencourt et du même... Matthieu Pigasse. Lequel banquier a du même coup ses entrées à tous les étages de Bercy, et jusqu’à l’Elysée.
 

De nombreuses nominations à des postes économiques importants révèlent la même confusion entre vie publique et vie des affaires. De sensibilité de droite, le futur patron de la BPI, Nicolas Dufourcq, qui est lui aussi membre du club En temps réel, s’est illustré dans le passé en amenant Wanadoo, la première filiale Internet de France Télécom, vers la Bourse et... la bulle spéculative de l’époque !
 

Quant aux personnalités qui ont été chargées de missions de réflexion, elles sont toutes du même acabit. Après avoir bien servi Nicolas Sarkozy en confectionnant son rapport controversé, Jacques Attali a ainsi été gratifié par François Hollande d’une nouvelle mission sur « l’économie positive » – on peine à comprendre de quoi il s’agit, mais, l’important, c’est sûrement qu’il reste dans le jeu ! 

 

Administrateur d’Havas (groupe Bolloré) et de Lagardère, mais aussi de la société suisse Nagra, spécialisée dans les technologies de contrôle et de verrouillage sur Internet, Pierre Lescure n’en a pas moins accepté, lui, une mission sur Hadopi. Et, enfin, l’ancien patron d’EADS Louis Gallois, qui est de longue date proche des milieux patronaux et qui défend des thèses économiques pas très différentes de celles de l’UMP, a donc été chargé d’un rapport sur la question de la compétitivité.
 

Bref, entre conflits d’intérêts et jeux d’influence, c’est un drôle de petit monde qui contribue, de près ou de loin, à dessiner les décisions économiques du pays. Un petit monde dont ont été exclus de nombreux intellectuels, et notamment les plus désintéressés. Un seul exemple : voilà belle lurette que plus personne, en haut lieu, ne vient consulter l’économiste Thomas Piketty, le théoricien de la « révolution fiscale » que les socialistes, il y a peu, encensaient.
 

Il faut dire que les temps ont bien changé. Et que, de la « révolution fiscale », il n’est plus question. C’est en cela que cette comédie du pouvoir un peu balzacienne, cette farandole très parisienne où les conseillers ont d’autant plus d’influence qu’ils sont proches des milieux d’argent, en dit long sur la politique économique qui est actuellement suivie.

 

  • Article paru dans le numéro 810 du magazine Marianne, publié le 27 octobre 2012

Lundi 29 Octobre 2012

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