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« La force du collectif c’est qu’on n’est pas déprimé en même temps » [Geneviève Fontaine]




Après la pluie

Au mois de mai, il a pu faire 15°C sur le Sud-Ouest avec des pluies entrecoupées d'averses, tandis que c'était canicule et grand ciel bleu en Alsace. Entre les deux, grosso modo à la frontière du climat océanique et du climat continental, de très violents orages ont éclaté au-dessus de la Lorraine, naturellement.

Imaginez un peu à quoi ressemblera la météo si ce genre de contrastes se trouve démultiplié, à mesure que le réchauffement global de l'atmosphère s'intensifiera.

Un article du Blog Oil Man de Matthieu Auzanneau. Merci à Patrick pour ce lien



Après la pluie
Ça s'est drôlement rafraîchi aujourd'hui. La pluie ne va sûrement plus tarder. Mais il a fait bien chaud ces derniers jours. Pourvu qu'on se paye pas une grosse drache comme au mois de mai (ouais, comme vache qui pisse, dis-donc !), et surtout qu'on ait pas un été pourri comme l'an dernier (la vacherie.)

Bin quoi ? On m'a dit : un blog, ça sert à lancer une conversation. Alors je lance. Et vu à quoi en est réduit le débat sur le climat (mais si, vous savez : "Bof, on y peut pas grand chose, et puis claude allègre a bien dit que c'était n'importe quoi leurs prévisions, en plus c'est la faute des Chinois et des 'Ricains, surtout maintenant c'est bon, on va avoir la voiture électriiique"), autant discuter du temps qu'il fait.

Draches sacrées le mois dernier, donc. Maman jardine, alors elle était contente. Mois de mai pluvieux, laboureur heureux.

A chaque fois qu'aux temps chauds, il flotte comme ça, je repense à l'explication fournie par Hervé Le Treut, l'un des plus éminents climatologues français, au cours d'un débat auquel je l'avais invité durant un précédent été particulièrement pluvieux :

"Globalement, un climat plus chaud est un climat plus humide (...). Le fait d'avoir une situation plus humide en Europe du Nord n'est effectivement pas incompatible avec un climat plus chaud, et correspond à une situation qui peut être favorisée statistiquement dans le cadre d'un réchauffement global de la planète."

Hé oui, c'est évident. La France se situe sous le vent de l'océan Atlantique, alors plus la chaleur est intense au large, plus l'évaporation y est importante, plus il y a de nuages et d'averses par ici.

Au mois de mai, il a pu faire 15°C sur le Sud-Ouest avec des pluies entrecoupées d'averses, tandis que c'était canicule et grand ciel bleu en Alsace. Entre les deux, grosso modo à la frontière du climat océanique et du climat continental, de très violents orages ont éclaté au-dessus de la Lorraine, naturellement.

Imaginez un peu à quoi ressemblera la météo si ce genre de contrastes se trouve démultiplié, à mesure que le réchauffement global de l'atmosphère s'intensifiera.

Mensonges par omissions. C'est par niaise complaisance que nous assumons une telle potentialité, pour nous, et pour tous ceux qui viendront après nous.

Deux mois avant les pluies de mai, ma mère a dû s'esbigner de sa plage favorite, en Gironde. Il y faisait beaucoup, beaucoup trop chaud : plus de 30°C, à la mi-mars ! Grâce à cet épisode d'intense chaleur précoce, un plancton végétal toxique a pu proliférer dans les eaux du bassin d'Arcachon, obligeant l'Ifremer à faire interdire la vente des huîtres pendant les vacances de Pâques. Cette mésaventure, récurrente ces dernières années, met les ostréiculteurs du Bassin en panique. Certains depuis s'empaillent, avec d'un côté ceux qui sont convaincus qu'ils font face aux premières conséquences du réchauffement, et de l'autre ceux, largement majoritaires, qui croient que c'est la faute à pas de chance, que les scientifiques de l'Ifremer ne sont que des enquiquineurs.

Personnellement, je crois savoir à quoi m'en tenir, depuis que j'ai pu observer il y a dix ans quelques graves conséquences très directes du changement climatique, là où ces conséquences sont évidentes.

J'entends déjà la cohorte chétive des climatosceptiques (sponsorisés ou non) s'échiner à dire que tout ça, c'est des menteries. C'est pour eux un réflexe dès qu'ici ou ailleurs, il est question de l'apparition d'indices plausibles du changement climatique. Qu'ils viennent.

Depuis une décennie que je suis le débat sur le climat, ce sont toujours les mêmes qui prennent mille précautions afin d'expliquer que dix années consécutives de records de températures moyennes mondiales n'indiquent sans doute pas un arrêt du réchauffement, et toujours les mêmes qui galèjent sans vergogne... (Rappel : lorsque son best seller a été réimprimé, "l'excellent" claude allègre, dixit Sarkozy, ci-devant médaille d'or du CNRS, n'a pas jugé utile de corriger la moindre des erreurs grossières qu'il y avait inscrites).

A cause de la mauvaise foi des uns et de la pusillanimité des autres, nous voilà pris collectivement, en tant que société, dans un indolent déni que je trouve pour ma part aussi inquiétant qu'inexcusable.

Lors du débat entre Hollande et Sarkozy, l'expression "réchauffement climatique" a été prononcée une seule et unique fois (par le nouveau président), au fin fond d'une interminable périphrase.

En 2007, Sarkozy démarrait presque son premier discours à l'Onu par la question du climat. C'était quelques mois avant l'affligeant Grenelle de l'environnement, et le non-moins consternant sommet de Copenhague, sommet d'hystérie béni-oui-ouiste inconsistant.

Il y a deux semaines, l'Agence internationale de l'énergie a signalé qu'un nouveau record d'émissions mondiales de CO2 a sans surprise été battu en 2011, prévenant une fois de plus que l'humanité se dirige tout droit vers un réchauffement de... 6°C... d'ici à la fin du siècle.

Qui a entendu parler de cette nouvelle alerte au cataclysme ? Etourdis...

On sait déjà, ou on devrait savoir qu'à moins d'une révolution, l'humanité n'a désormais plus la moindre chance d'éviter un réchauffement supérieur à 2°C d'ici à 2100, et supérieur à 3°C à plus long terme.

Irréversible, nom d'un (temps de) chien !

De nouvelles négociations sur le climat se sont achevées fin mai à Bonn dans l'indifférence générale, toujours sans le début du commencement d'un accord.

Les marchés mondiaux du carbone, aujourd'hui à peu près les seuls outils de lutte contre le réchauffement, ont atteint le volume record de 176 milliards de dollars en 2011. Très impressionnant : c'est un peu moins que le chiffre d'affaires annuel du groupe français Total, puissance pétrolière de deuxième ordre.

Plusieurs stations météo du pôle Nord viennent de flasher le CO2 à plus de 400 ppm, bien au-delà du seuil de sécurité de 350 ppm défini par les climatologues du Giec. A l'échelle planétaire, la concentration de gaz carbonique se situe désormais en moyenne aux alentours de 395 ppm.

Au sein de l'Union européenne, on se donne bonne conscience en prétendant que nos émissions à nous sont en baisse. Baliverne.

Cette prétendue baisse est due pour l'essentiel aux délocalisations de ces vingt dernières années. En même temps que, grâce à la modicité du prix du fioul des diesels marins, nos banquiers et nos industriels ont pu reconstruire nos usines à l'autre bout de la planète, ils ont sous-traité aux pays moins riches nos émissions de gaz à effet de serre. Si les Français avaient l'honnêteté intellectuelle de reconnaître cette dette carbone contractée auprès des Chinois ou des Pakistanais afin qu'ils fabriquent nos trucs et nos bidules, il nous faudrait admettre que nos émissions de CO2 ont en réalité augmenté d'un quart depuis 1990.

Miséricorde. Nos petits-enfants, et toutes les générations qui viendront après eux risquent de se demander pendant fort longtemps où diable leurs ancêtres avaient la tête durant les premières années du deuxième millénaire.

Après nous le déluge, en somme ? Beurk

Source : Blog Oil Man / Matthieu Auzanneau

Vendredi 8 Juin 2012

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