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Affaire Madoff : la malhonnêteté ordinaire, par Paul Jorion

« Combien de hedge funds, de fonds d’investissement spéculatifs, fonctionnent-ils sur un autre schéma que la cavalerie, que la fuite en avant ? Étendons la question : combien d’établissements financiers ? Deuxième question : combien de clients de Mr. Madoff ignoraient-ils que son fonds était une pyramide ?



Affaire Madoff : la malhonnêteté ordinaire, par Paul Jorion
16 décembre 2008

« Combien de hedge funds, de fonds d’investissement spéculatifs, fonctionnent-ils sur un autre schéma que la cavalerie, que la fuite en avant ? Étendons la question : combien d’établissements financiers ? Deuxième question : combien de clients de Mr. Madoff ignoraient-ils que son fonds était une pyramide ? »

Par Paul Jorion, 15 décembre 2008


La version officielle de l’affaire Madoff, est que l’ancien patron du NASDAQ avoua à ses fils que son entreprise n’était qu’une gigantesque pyramide, une cavalerie où l’on verse aux clients plus anciens les fonds qu’apportent les plus récents, et que ceux-ci - probablement subjugués par l’indignation - allèrent vendre la mèche à la police.

Il y a de nombreuses raisons de remettre en cause cette version officielle. D’abord le fait que ce soient ses fils qui aient contacté la police. Vous feriez ça à votre père, homme d’affaires à la stature colossale, parce qu’il a été malhonnête ? Ensuite, les fils Madoff sont non seulement financiers eux-mêmes, mais travaillant aussi dans l’affaire du papa (même si ce n’est pas dans le même département) : pas des enfants de chœur non plus donc et peu susceptibles de tomber à la renverse en apprenant qu’une affaire rentable l’est essentiellement parce qu’elle est une pyramide. Le chiffre de 50 milliards de dollars manquant dans la caisse a éventuellement pu les surprendre.

Je lis les journaux et je vois que ce que l’on essaie de nous vendre, c’est de la consternation : « Comment est-ce Dieu possible ? » C’est possible parce que la pyramide est le meilleur business plan que l’on puisse imaginer : la formule par défaut qu’ignorent seulement les gagne-petit qui - par manque de relations - sont obligés de vraiment vendre quelque chose.

Passons alors aux vraies questions. La première : combien de hedge funds, de fonds d’investissement spéculatifs, fonctionnent-ils sur un autre schéma que la cavalerie, que la fuite en avant ? Étendons la question : combien d’établissements financiers [1] ? Deuxième question : combien de clients de Mr. Madoff ignoraient-ils que son fonds était une pyramide ?

Ma réponse, à vue de nez, pour chacune de ces deux questions, est qu’on peut les compter sur les doigts d’une seule main.

Les lecteurs de mon blog - et apparemment de blogs apparentés - succombent souvent à la théorie du complot pour expliquer ce qui se passe en finance et je leur répète inlassablement : « Vous ne comprenez pas : en finance, les complots ne sont pas nécessaires ! »

Bien sûr, ceux des clients grugés de Mr. Bernard Madoff, dont la participation à son fonds était passée par l’intermédiaire d’une banque, vont se tourner vers celle-ci et glapir pour réclamer l’argent qu’ils ont perdu. C’est de bonne guerre : malheur aux vaincus ! Mais ignoraient-ils vraiment ce qui se tramait ? Un fonds qui fonctionnait comme un mouvement d’horlogerie et rapporta pendant vingt ans 1 % par mois, qu’il pleuve ou qu’il vente ? Un fonds dont les journaux rapportaient depuis 1999 qu’il était une pyramide, après qu’un certain Mr. Markopoulos avait alerté sans effet la SEC (Securities & Exchange Commission), le régulateur des marchés financiers ? Non : pour participer au fonds, il fallait être parrainé, et ce que votre parrain devait vous glisser dans le tuyau de l’oreille, c’était ceci : « C’est l’ancien patron du NASDAQ, personne n’ira jamais voir ! Et s’ils devaient jamais aller regarder : il siège dans tous les comités de surveillance ! »

Alors, pourquoi les fils ont-ils vendu la mèche ? Un commentateur sur mon blog avance l’hypothèse suivante : « Quelqu’un a dû lui dire qu’il allait lui faire la peau et les fils ont pensé qu’il valait mieux pour leur père d’être sous les verrous ». C’est bien possible mais - comme vous le savez - la maison ici ne fait pas dans la supputation.

Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008) et Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).

* Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.



Affaire Madoff : la malhonnêteté ordinaire, par Paul Jorion
NDLR

Encore une fois voila une preuve éclatante, s'il en était besoin, que les gouvernements et les médias se foutent intensément de notre gueule. En effet, si vous n'êtes pas banquier ou spéculateur (c'est la même chose) vous pouviez être surpris par l'énormité de l'arnaque Madoff. Et tous les médias furent tellement surpris. Même les banquiers, si on les écoute, n'en reviennent pas.

Paul Jorion est un des rares journalistes à mettre les pieds dans le plat.

Il n'y a vraiment aucune raison d'être surpris. Tout le monde savait qu'il s'agissait d'une pyramide, donc d'une escroquerie. A commencer par les clients, institutionnels ou pas, du sieur Madoff ! Quant aux banques qui drainaient les capitaux chez Madoff leur feinte surprise serait du dernier comique si un grand nombre de leurs clients n'avaient pas fait les frais de cette gigantesque embrouille. Tout le monde savait et tout le monde a profité largement pendant 20 ans de cette arnaque qui rapportait gentiment 12 % minimum par an.

Ce n'est donc pas l'escroquerie du siècle, comme le clament les journaux aux gogos, mais juste un avatar de plus de la "malhonnêteté ordinaire". Madoff va écoper de quelques centaines d'années de prison mais ce sont tous ses clients qui devraient lui tenir compagnie. Au lieu de cela il vont répéter inlassablement, jusqu'au prochain scandale, un clou chasse l'autre, qu'on les a trompés, qu'ils ont investi à l'insu de leur plein gré etc.

La presse, quant à elle, va nous faire pleurer sur le sort de quelques malheureux épargnants qui ont perdu dans cette histoire les économies de toute une vie (snif) en passant sous silence le sort enviable de tous ceux qui ont impunément profité du système pendant des années.

Au final Sarkozy va renflouer sans barguigner et avec nos sous, les banques françaises qui auront poussé le bouchon un peu trop loin, et "pi c'est tout" comme dit sur Canal.

Un milliard pour le Rsa, 500 millions pour les chaînes publiques, 400 millions pour renflouer les hopitaux de France, un milliard pour mettre fin à la "ghettoisation" des cités, 2 ou 3 milliards pour mettre fin à la misère en France, on ne sait pas où les trouver. Les caisses sont vides !

En revanche 10 milliards pour les banques françaises qui ont (mal) spéculé, 25 milliards pour la relance des entreprises françaises à qui on donne déjà 20 milliards par an depuis 20 ans, pas de problème, on les trouve dans l'instant.


Pauvre France !

Dimanche 21 Décembre 2008

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