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« Il faut essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple. » [Jacques Prévert]




A l'ombre des marronniers

Un excellent et roboratif article de Bakchich sur les marronniers de l'été. Comme disait Audiard " Quand on a rien à dire on ferme sa gueule !" Sauf que si ce principe était vraiment appliqué il ne nous resterait pas grand chose à lire.



A l'ombre des marronniers
Chaque année, c’est pareil : l’été, c’est un sac d’embrouilles. Petit inventaire des emmerdeurs et des emmerdements estivaux.

Un « marronnier », c’est, en jargon de presse, un sujet d’article qui revient systématiquement pour boucher les trous des pages des journaux (y compris les infos de la radio et de la télé !) quand il ne se passe pas grand chose. L’été, l’actualité de l’hémisphère nord se met en veilleuse, celle de l’hémisphère sud n’intéresse pas grand monde et on ne peut même pas compter sur un tsunami (le dernier que l’on a annoncé, il y a quelques jours, n’a même pas eu lieu). Que dire ? Que faire ? Il y a bien la solution de la « dépêche qui tue », qui consiste à monter en épingle un évènement plus ou moins tragique, mais absolument sans importance, qui se passe à l’autre bout du monde, du genre : « Un homme de trente-quatre ans se plante accidentellement un clou dans le pied à Kuala Lumpur (Indonésie) ». Grossière stratégie. Les vacances de Sarko ? Ce n’est plus ce que cela fut et le malaise vagal a fait long feu. Heureusement, l’été fournit, de lui-même, une belle collection de marronniers. Quelques exemples.


A l’ombre des marronniers
© Baroug
BISON PAS FUTÉ

« Bison Futé avait vu juste ». C’est le marronnier « chassé-croisé », un grand classique, valable pour cinq week-ends. Franchement, si le bison en question n’est pas foutu de voir que les routes seront saturées dans la vallée du Rhône le 15 août, il n’y a plus qu’à l’abattre. Un bison de moins. D’autant plus qu’on ne voit pas l’intérêt de compter les kilomètres de bouchons et d’en proclamer le total en vue d’établir un record. Pour celui qui est dans un bouchon, la nouvelle est désespérante et il préfèrerait qu’on lui dise comment éviter le bouchon ou le dissoudre par une frappe chirurgicale (mais ça, Bison Futé sait pas faire). Les autres s’en foutent.

« Pour les hôteliers-restaurateurs du Finistère, juillet a été médiocre en raison d’une météo capricieuse ». Effectivement, il pleut toujours en Bretagne pendant les vacances. Un peu, beaucoup, énormément, à verse, mais : toujours. La solution se cache peut-être dans l’évolution climatique. En attendant, il est vain d’espérer que la température de l’eau dépasse 18 ° : les touristes le savent, les restaurateurs aussi, alors pourquoi, chaque année, ces soupirs ?

LES PRODUCTEURS N’ONT PAS LA PÊCHE

Autres lamentations inévitables, celles de nos amis les jardiniers de la nature, belle métaphore qui rappelle qu’un mauvais jardinier, c’est un assassin en herbe (Prévert). Chaque année, une production agricole cruciale est en crise. Le marronnier, c’est l’interview d’un producteur « endetté par des investissements », puis d’un responsable de la FNSEA, puis d’un gus du ministère où l’on « engage la concertation ». Trois degrés de lamentations, donc. Cet été, c’est les pêches. L’an dernier, la récolte était mauvaise, donc crise. Cette année, il y en a trop, recrise. Et on réclame des « aides ». Ce ne sont plus des « aides », ce sont des primes à l’imprévoyance. Car ces agriculteurs ont choisi de planter des hectares et des hectares de variétés de pêchers hyperproductives, ce qui évidemment porte en soi le risque de saturer le marché et de faire baisser les cours (le premier con venu le comprend). Comme, en plus, ces pêches sont insipides, voire carrément mauvaises, il s’en vend de moins en moins. Il devient arrogant, pour un consommateur, d’exiger des pêches mûres : celles qu’on lui propose sont dures comme des boules de pétanque. Il paraît (c’est l’excuse habituelle) que cela répond aux vœux des clients soucieux d’avoir des fruits sains, pas tripotés, qu’il peut entasser dans son frigo. Foutaise, évidemment. Pendant un siècle, on a acheté des pêches mûres, pourquoi voudrait-on, depuis cinq ou six ans, se casser les dents sur des boules de béton ? Et pourquoi paierait-on, en sus, des compensations pour des pêches que l’on n’a pas mangées parce qu’elles étaient immangeables, qui ne se sont pas vendues parce qu’elles s’avéraient invendables et qui ne se vendront pas mieux l’an prochain ? Est-ce que l’économie de marché ne s’applique pas aux marchés ?

MARCHÉS NOYÉS DE BIO

Les marchés, parlons-en. Un des marronniers, c’est l’enquête sur les activités de la Répression des fraudes. Ses agents, paraît-il, sont hyperactifs l’été (donc, pas un seul agent de ce service ne doit prendre ses congés en été ?). Sur les marchés, ils mesurent la température des vitrines réfrigérées, puis ils tombent à bras raccourcis sur un pépé qui vend des limaçons et du fenouil. Dieu merci, ils ne sont pas choqués de voir s’étaler des Ray Ban à 10 balles, des caleçons Calvin Klein à 1 euro et des tonnes de savon d’Alep dûment estampillé (suite à un reportage vu à la télé, c’est un must de la contrefaçon cet été). Mais il y a pire. Un peu partout surgissent des vendeurs « bio » aux étranges manières, puisqu’ils vendent du miel de châtaignier récolté à Martigues (qui est à cent kilomètres du plus proche châtaignier) et conservé dans un bocal de verre dont la contenance est indiquée en polonais. J’ai personnellement vu des « petits exploitants locaux » vendre des figues « de leur jardin » le 3 juillet, soit avec un bon mois d’avance sur la première figue possible dans la région. Elles avaient l’air d’avoir été récupérées dans les poubelles, mais, au prix considérable de 6 euros le kilo, qui accréditait leur origine « bio », elles trouvaient preneur sous l’œil des autorités. Bof, de toute façon, l’inévitable vendeur de « charcuterie corse » élaborée avec des cochons importés surgelés d’Espagne ou de Bulgarie n’est pas davantage soupçonné de tromper son monde : à 39 euros le kilo, la coppa ou le lonzo sont forcément bons, ou, en tout cas, typiques…

Restent les noyés. Le vrai marronnier de l’été, c’est les petits enfants tombés dans les piscines. A ce jour, j’entends qu’il y a eu 217 noyades depuis le 1er juin. Dont seulement une dizaine d’enfants. Mauvaise saison ? Comme d’habitude, un quelconque ministre des piscines se charge de faire diffuser par son cabinet l’annonce d’une règlementation renforcée de ces trous d’eau meurtriers, on aura peut-être une enquête parlementaire pour analyser la baisse d’attractivité des piscines pour les moins de cinq ans. Parce qu’il faut bien qu’à l’ombre des marronniers de l’été, le gouvernement fasse quelque chose…

N.B

On pourrait dire aussi qu'un article sur les marronniers en pleine saison de marronniers c'est aussi...un marronnier. Mais celui-ci a le grand mérite d'être amusant.

Lundi 17 Août 2009

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